L'uvaria chamae (assouèhin en fon, akoyèdè en yoruba) est une liane employée par les tradipraticiens béninois contre le diabète. À l'Université d'Abomey-Calavi, l'extrait de racine a réduit la glycémie post-prandiale de 22 % sur modèle rat (Sezan, 2025). Un soutien possible, jamais un substitut à votre traitement.
Révisé médicalement par : Dr Kofi Mensah, Médecin généraliste, spécialité diabétologie, Chercheur en phytothérapie, Auteur de publications sur les plantes hypoglycémiantes
Dernière mise à jour : 19 juin 2026
⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.
Au marché Dantokpa, à Cotonou, une botte de racines sombres voisine avec les feuilles de moringa et les écorces de kinkéliba. Les herboristes l'appellent assouèhin. Les diabétiques béninois qui cherchent à comprendre cette plante ne trouvent presque rien en français : le contenu existant est en anglais, académique, sans dosage ni usage réel des tradipraticiens. Cet article comble ce vide.
L'uvaria chamae est une liane d'Afrique de l'Ouest dont les racines et les feuilles entrent dans la pharmacopée du sud du Bénin. Elle intéresse aujourd'hui les chercheurs de l'Université d'Abomey-Calavi (UAC) pour son effet sur la glycémie. Voici ce que l'on sait, ce que l'on ignore, et comment l'utiliser avec prudence quand on vit avec un diabète de type 2.

Qu'est-ce que l'uvaria chamae (assouèhin) ?
L'uvaria chamae appartient à la famille des Annonacées, comme le corossol. C'est une liane buissonnante aux fleurs jaunes et aux petits fruits en grappes. Au Bénin, on la nomme assouèhin en fon et akoyèdè en yoruba. La partie recherchée pour le diabète, c'est la racine ; la feuille sert pour les infusions douces et les soins de la peau.
Cette plante n'a rien d'exotique pour un Béninois du Sud. Elle pousse dans les jachères et les lisières de forêt, du plateau d'Abomey jusqu'à la région d'Ouidah. Les tradipraticiens la récoltent, séchent la racine, puis la débitent en morceaux.
Sur le plan chimique, les racines sont riches en alcaloïdes, en flavonoïdes et en composés polyphénoliques. Une analyse phytochimique publiée dans l'African Journal of Traditional, Complementary and Alternative Medicines (Okwu & Iroabuchi, 2009) a confirmé la présence de ces familles de molécules, connues pour leur action sur le métabolisme du sucre.
Des travaux nigérians publiés dans le Journal of Medicinal Plants Research (Emordi et al., 2016) ont par ailleurs documenté une activité antidiabétique de l'extrait de racine sur modèle animal. Ce profil chimique explique pourquoi la plante revient si souvent dans les usages traditionnels du Sud-Bénin.
Pourquoi les tradipraticiens béninois utilisent-ils l'assouèhin contre le diabète ?
Au Bénin, berceau du Vodoun, le tradipraticien n'est pas un recours marginal. Il fait partie du premier cercle de soins, à côté du pharmacien et du médecin. Les plantes du marché sont l'approche de première ligne, pas une médecine « alternative ».
L'usage de l'assouèhin contre le « sucre » s'est transmis de génération en génération à Abomey et à Ouidah, deux foyers historiques de la médecine traditionnelle béninoise. Le tradipraticien prépare la décoction de racine, ajuste la quantité selon la personne, et suit son patient dans la durée.
L'étude ethnobotanique Moove/ARES Bénin 2025-2026, menée auprès des tradipraticiens de Cotonou et de Porto-Novo, a recensé les plantes les plus citées contre le diabète. L'uvaria chamae figure dans le top 5 de ces plantes antidiabétiques traditionnelles (Moove/ARES, 2025). Ce classement n'est pas une preuve d'efficacité, mais il dit une chose : ce savoir est cohérent, partagé, et mérite d'être étudié plutôt que balayé.
Que dit l'étude de l'Université d'Abomey-Calavi ?
Le laboratoire de pharmacognosie de l'Université d'Abomey-Calavi, dirigé par le Prof. A. Sezan, a testé l'extrait de racine sur un modèle animal de diabète. La méthode est classique : on rend des rats diabétiques par injection de streptozotocine, qui détruit les cellules du pancréas, puis on observe l'effet de la plante sur leur glycémie.
Le résultat est net. L'extrait de racine a fait baisser la glycémie post-prandiale de 22 % chez ces rats diabétiques (Sezan, UAC, 2025). C'est un signal fort, cohérent avec d'autres travaux ouest-africains sur des extraits d'uvaria chamae à activité hypoglycémiante sur modèle streptozotocine (Oyedemi et al., Journal of Ethnopharmacology, 2011).

Soyons honnêtes sur ce que cela veut dire. Un effet chez le rat n'est pas un effet prouvé chez l'humain. Aucun essai clinique béninois sur des patients diabétiques n'a encore été publié. La dose efficace, la durée du traitement, la sécurité à long terme : tout reste à établir. L'assouèhin est une piste sérieuse, pas un médicament validé.
Comment préparer et doser l'uvaria chamae ?
Les tradipraticiens d'Abomey et d'Ouidah utilisent deux formes principales, qu'il faut bien distinguer.
La décoction de racine est la préparation la plus concentrée. On fait bouillir un petit morceau de racine séchée, de la taille d'un doigt, dans un demi-litre d'eau pendant dix à quinze minutes. On laisse refroidir, on filtre, et on boit une petite tasse. Jamais d'alcool dans la préparation : la tradition béninoise et la sécurité du diabétique l'interdisent.
L'infusion de feuilles est plus douce. On verse de l'eau chaude sur une poignée de feuilles séchées, on laisse infuser quelques minutes, on filtre. Cette forme convient à ceux qui débutent.
Le principe de base est la progression. On commence petit : une tasse par jour, le matin. On surveille sa glycémie au lecteur, avant et deux heures après. Jamais d'arrêt brutal de la metformine ou de l'insuline pour les remplacer par la plante. Le risque, c'est l'hypoglycémie si l'on cumule sans surveillance, ou l'hyperglycémie si l'on abandonne son traitement.
Comment se compare l'uvaria chamae aux autres plantes du diabète au Bénin ?
L'assouèhin n'est pas la seule plante du diabète au Bénin. Pour situer son niveau de preuve, voici un comparatif avec deux plantes très utilisées dans la région.
| Plante | Nom local (Bénin) | Partie utilisée | Niveau de preuve |
|---|---|---|---|
| Uvaria chamae | Assouèhin (fon), akoyèdè (yoruba) | Racine, feuille | Modèle animal (UAC, 2025) ; pas d'essai humain |
| Kinkéliba (Combretum micranthum) | Kinkéliba | Feuille | Essai clinique publié (Phytomedicine, 2012) |
| Vernonia amygdalina (aloman) | Aloman, ewuro | Feuille | Études cliniques ouest-africaines (Yaoundé) |
Le kinkéliba reste la plante la mieux documentée du diabète en Afrique de l'Ouest : un essai dans Phytomedicine (2012) a confirmé son effet hypoglycémiant chez l'humain. L'uvaria chamae, elle, est en avance sur le terrain culturel béninois mais en retard sur la preuve clinique. Pour approfondir, lisez notre guide sur le kinkéliba et la glycémie au Sénégal et notre dossier sur le Vernonia amygdalina (ndolé) au Cameroun.
Où acheter l'assouèhin et à quel prix au Bénin ?
Au Bénin, on trouve l'uvaria chamae chez les herboristes du marché Dantokpa, le plus grand marché de Cotonou. La racine se vend en bottes, à 1 500 à 3 000 FCFA la botte selon la saison et la qualité. Un budget modeste comparé au coût d'un traitement importé.
La vente de ces racines n'est pas réglementée comme un médicament. L'ANSSEAA, l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire des Aliments et de l'Environnement, la tolère sans la contrôler. La qualité varie donc d'un vendeur à l'autre. Demandez une racine propre, bien séchée, sans moisissure, de préférence chez un vendeur recommandé par votre tradipraticien.
Un point d'attention pour le diabétique béninois : la plante se discute toujours dans le cadre d'une alimentation maîtrisée. Igname, pâte rouge, riz local, attiéké et maïs pèsent lourd sur la glycémie. Aucune racine ne compense un repas trop chargé en glucides. Voyez notre article sur l'attiéké et la glycémie.

Quelles précautions avant d'essayer l'uvaria chamae ?
La règle d'or est simple. L'uvaria chamae peut accompagner votre suivi du diabète, en complément de votre médecin ou de votre tradipraticien, mais elle ne remplace ni la metformine, ni l'insuline, ni un suivi régulier de la glycémie.
Quelques situations imposent une vigilance particulière. En cas de grossesse ou d'allaitement, on ne l'utilise pas sans avis médical, faute de données de sécurité. Si vous prenez déjà des antidiabétiques, l'ajout d'une plante hypoglycémiante peut faire chuter le sucre trop bas : surveillez les signes d'hypoglycémie (tremblements, sueurs, vertiges). Sous anticoagulant, signalez toute prise de plante à votre médecin. Au moindre doute, on arrête et on consulte.
