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Énergie & fatigue11 min de lecture

Ashwagandha et thyroïde : ce que disent les études et les vrais risques

L'ashwagandha fait monter les hormones thyroïdiennes : ce que disent les études, pourquoi c'est un risque en cas d'hyperthyroïdie ou sous lévothyroxine, les signes d'alerte et les alternatives contre le stress et la fatigue.

Mariama Baldé
Rédactrice santé — énergie & plantes adaptogènes2,415 mots
Rameau d'ashwagandha (Withania somnifera) avec ses calices secs et baies orange, plante qui peut stimuler la thyroïde
Table des matières (8)
  1. Pourquoi l'ashwagandha agit-elle sur la thyroïde ?
  2. Que montrent les études chez l'humain ?
  3. Pourquoi est-ce un risque en cas d'hyperthyroïdie ?
  4. Que risque-t-on en associant ashwagandha et lévothyroxine ?
  5. Quels signes d'alerte doivent faire arrêter la cure ?
  6. Qui devrait éviter l'ashwagandha ?
  7. Quand faire doser sa TSH avant ou pendant une cure ?
  8. Quelles alternatives pour le stress et la fatigue chez la femme ?

L'ashwagandha n'est pas neutre pour la thyroïde. Dans un essai contre placebo chez 50 adultes en hypothyroïdie fruste, 600 mg d'extrait de racine par jour pendant 8 semaines ont fait baisser la TSH et monter la T3 et la T4 (Sharma et al., 2018). En cas d'hyperthyroïdie ou sous lévothyroxine, consultez avant toute cure.

Rédigé et relu en interne par la rédaction SantéSource. Ce contenu n'a pas été revu par un professionnel de santé et ne remplace pas un avis médical.

⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.

Réponse directe : oui, l'ashwagandha peut modifier le fonctionnement de la thyroïde. Elle tend à faire monter les hormones thyroïdiennes (Sharma et al., 2018 ; Gannon et al., 2014). Pour une thyroïde qui tourne un peu au ralenti, c'est un effet étudié, pas encore une indication. Pour une personne en hyperthyroïdie, ou déjà soignée par lévothyroxine, c'est un risque réel, qu'on découvre souvent après coup, le jour où le cœur s'emballe.

Le sujet est très concret. En Afrique francophone, l'ashwagandha se vend en gélules en pharmacie et sur les réseaux sociaux, présentée comme « anti-stress » ou « booster d'énergie », et on l'achète couramment sans avis médical. Les étiquettes parlent du cortisol et du sommeil. Elles parlent rarement de la thyroïde. C'est ce versant-là que nous examinons ici.

Pourquoi l'ashwagandha agit-elle sur la thyroïde ?

La thyroïde produit deux hormones : la T4 (thyroxine) et la T3, sa forme active. Le cerveau règle leur production grâce à la TSH. Quand les hormones manquent, la TSH monte ; quand elles sont en excès, elle s'effondre. Une plante qui stimule la glande fait donc baisser la TSH et monter T3 et T4. C'est le profil observé avec l'ashwagandha (Withania somnifera).

Le premier signal est venu de l'animal. Chez des souris mâles recevant 1,4 g d'extrait de racine par kilo de poids pendant 20 jours, les taux sanguins de T3 et de T4 ont augmenté (Panda et Kar, 1998) [2]. Les auteurs concluaient que l'extrait stimule l'activité thyroïdienne. Le mécanisme reste flou : l'enzyme du foie qui convertit la T4 en T3 n'a pas bougé dans cette expérience.

Une autre piste passe par le stress. L'ashwagandha fait baisser le cortisol : chez 64 adultes stressés, 300 mg d'extrait deux fois par jour pendant 60 jours ont réduit le cortisol sanguin par rapport au placebo (Chandrasekhar et al., 2012) [8]. Un cortisol élevé freine l'axe thyroïdien, et le relâcher pourrait libérer la glande. C'est une hypothèse, pas un mécanisme établi.

Que montrent les études chez l'humain ?

L'essai le plus cité a porté sur 50 adultes de 18 à 50 ans avec une hypothyroïdie fruste, c'est-à-dire une TSH un peu haute (entre 4,5 et 10 µUI/mL) sans symptôme net. La moitié a reçu 600 mg d'extrait de racine par jour, l'autre moitié un placebo d'amidon, pendant 8 semaines (Sharma et al., 2018) [1].

Sous ashwagandha, la TSH a baissé, et la T3 comme la T4 ont augmenté de façon significative par rapport au placebo. Les effets indésirables sont restés rares et légers. Les limites sont nettes : un seul centre, huit semaines de suivi, quatre abandons, des participants sans maladie franche. Les auteurs parlent eux-mêmes d'une étude pilote (Sharma et al., 2018) [1].

Une seconde observation va dans le même sens. Dans un essai de 8 semaines chez des personnes atteintes de trouble bipolaire, les bilans thyroïdiens servaient à surveiller la sécurité. Les trois patients sous ashwagandha au bilan anormal ont vu leur T4 monter de 7 %, 12 % et 24 %, alors que six des sept patients sous placebo ont vu la leur baisser (Gannon et al., 2014) [3]. Les auteurs invitent à surveiller le risque d'hyperthyroïdie.

ÉtudeQui a été suiviDose et duréeEffet sur la thyroïde
Panda et Kar, 1998 [2]Souris mâles adultes1,4 g/kg par jour, 20 joursHausse de la T3 et de la T4
Sharma et al., 2018 [1]50 adultes en hypothyroïdie fruste600 mg par jour, 8 semainesBaisse de la TSH, hausse de la T3 et de la T4
Gannon et al., 2014 [3]Adultes atteints de trouble bipolaireExtrait de racine, 8 semainesHausse de la T4 chez les trois patients traités au bilan anormal
Cas publiés, 2005 à 2024 [4] [5] [6]Trois adultes, dont deux femmesGélules, de quelques semaines à deux ansThyrotoxicose, résolue à l'arrêt

Ce tableau ne dit pas que l'ashwagandha soigne la thyroïde. Il montre qu'elle la stimule, avec assez de régularité pour qu'on en tienne compte avant toute cure.

Pourquoi est-ce un risque en cas d'hyperthyroïdie ?

Si la glande fabrique déjà trop d'hormones, comme dans la maladie de Basedow ou un nodule toxique, ajouter une plante qui la pousse dans le même sens n'a aucune logique. Trois observations publiées (van der Hooft et al., 2005 ; Kamal et al., 2022 ; Hayashi et al., 2024) décrivent des thyrotoxicoses, c'est-à-dire des excès d'hormones thyroïdiennes, apparues sous ashwagandha chez des personnes sans trouble connu.

La première concerne une femme de 32 ans en bonne santé, qui prenait des gélules pour une fatigue chronique. Les symptômes sont apparus après une hausse de la dose et ont disparu à l'arrêt, les analyses se normalisant ensuite (van der Hooft et al., 2005) [4]. Le scénario est familier : on prend la plante pour la fatigue, puis on augmente parce que l'effet tarde.

La deuxième touche une femme de 73 ans qui s'auto-traitait depuis deux ans pour une hypothyroïdie. Elle est arrivée avec une tachycardie supraventriculaire, des signes d'hyperthyroïdie et une TSH effondrée ; tout est rentré dans l'ordre après l'arrêt du complément (Kamal et al., 2022) [5].

La troisième décrit un homme de 47 ans, sans antécédent, qui a développé une thyroïdite indolore deux mois après le début de sa prise. Fatigue, fièvre le soir, amaigrissement et diarrhée ont reculé à l'arrêt de la plante (Hayashi et al., 2024) [6].

Trois cas ne font pas une fréquence. Ils montrent un mécanisme plausible, cohérent avec les essais (Sharma et al., 2018 ; Gannon et al., 2014), et une issue favorable quand on arrête à temps. En cas d'hyperthyroïdie actuelle ou passée, l'ashwagandha est à éviter sans avis spécialisé.

Que risque-t-on en associant ashwagandha et lévothyroxine ?

La lévothyroxine apporte de la T4 de synthèse, à une dose ajustée sur la TSH. Si une plante pousse en plus la thyroïde à produire, le total peut dépasser la cible. La patiente de 73 ans citée plus haut prenait justement l'ashwagandha pour une thyroïde paresseuse, et elle a fini en hyperthyroïdie (Kamal et al., 2022) [5]. Aucun essai n'a encore mesuré cette association de façon contrôlée.

En pratique, si vous êtes sous lévothyroxine, ne commencez pas une cure seule. Parlez-en à votre médecin ou à votre endocrinologue, qui pourra prévoir un dosage de TSH quelques semaines après le début. Ne réduisez jamais votre comprimé en pensant que la plante prend le relais : une hypothyroïdie mal compensée fatigue, fait prendre du poids et pèse sur le cœur.

Même logique sous antithyroïdiens (carbimazole, thiamazole, propylthiouracile) : la plante irait à contre-courant du traitement. Et si vous prenez d'autres médicaments au long cours, signalez la cure à votre pharmacien avant de l'entamer.

Quels signes d'alerte doivent faire arrêter la cure ?

Les signes d'un excès d'hormones thyroïdiennes ressemblent à ceux du stress, ce qui retarde le diagnostic. Arrêtez l'ashwagandha et consultez si vous remarquez :

  • des palpitations, ou un cœur qui bat vite au repos ;
  • des tremblements des mains, une nervosité ou une insomnie nouvelles ;
  • une perte de poids sans changement d'alimentation ;
  • une chaleur mal supportée et des sueurs ;
  • des selles plus fréquentes ou une diarrhée ;
  • une fatigue qui s'aggrave, avec de la fièvre le soir.

Un autre signal n'a rien à voir avec la thyroïde mais impose l'arrêt immédiat : une jaunisse, des urines foncées ou des démangeaisons diffuses. Cinq cas d'atteinte du foie attribuée à des compléments à base d'ashwagandha ont été décrits, apparus après 2 à 12 semaines de prise ; tous ont guéri, parfois au bout de plusieurs mois (Björnsson et al., 2020) [7].

Si les palpitations s'accompagnent d'une douleur dans la poitrine, d'un malaise ou d'un essoufflement, n'attendez pas. En cas d'urgence médicale, appelez immédiatement le numéro d'urgence de votre pays ou rendez-vous aux urgences les plus proches.

Arbre de décision : quels signes sous ashwagandha imposent d'arrêter la cure, de faire doser la TSH ou d'aller aux urgences
Palpitations, amaigrissement, jaunisse : que faire selon le signe observé sous ashwagandha.

Qui devrait éviter l'ashwagandha ?

  • Les personnes en hyperthyroïdie, avec une maladie de Basedow, un nodule toxique ou une thyroïdite.
  • Les personnes sous lévothyroxine ou sous antithyroïdiens, sauf accord de leur médecin.
  • Les femmes enceintes ou qui allaitent, faute de données de sécurité suffisantes.
  • Les personnes qui ont une maladie du foie ou qui ont déjà fait une jaunisse sous complément (Björnsson et al., 2020).
  • Les personnes atteintes d'une thyroïdite de Hashimoto, dont le bilan peut fluctuer.

Pour les autres, une cure reste un choix à discuter, pas un réflexe. Les doses étudiées vont de 300 à 600 mg d'extrait de racine par jour, sur huit semaines environ (Chandrasekhar et al., 2012 ; Sharma et al., 2018) [8] [1]. Vérifiez l'étiquette : le type d'extrait et la quantité réelle par gélule n'y figurent pas toujours.

Quand faire doser sa TSH avant ou pendant une cure ?

Fatigue qui dure, frilosité, prise de poids, cheveux qui tombent : ce sont aussi des signes d'hypothyroïdie. Avant de traiter ces symptômes avec une plante, un dosage de TSH dit si la glande est en cause. Chez la femme, les troubles de la thyroïde sont fréquents, surtout après une grossesse et autour de la ménopause. Une prise de sang simple évite de masquer un vrai problème.

Si vous avez déjà un trouble thyroïdien et que votre médecin accepte une cure, un contrôle de TSH quatre à huit semaines après le début est une précaution raisonnable. C'est la durée sur laquelle les essais ont vu les hormones bouger (Sharma et al., 2018 ; Gannon et al., 2014) [1] [3]. Un résultat hors de la cible impose l'arrêt.

Quelles alternatives pour le stress et la fatigue chez la femme ?

Si votre thyroïde exclut l'ashwagandha, ou si vous préférez ne pas la stimuler, d'autres pistes existent. La plupart passent par l'assiette et par l'hygiène de vie, plutôt que par une gélule.

Si votre bilan est normal et que vous cherchez surtout un effet sur le stress, notre article sur l'ashwagandha contre le stress détaille les essais et les types d'extraits. Pour la fatigue, cherchez d'abord une cause : après un accès palustre, la fatigue après le paludisme peut durer des semaines et se traite autrement.

Côté aliments, la pulpe de baobab, riche en vitamine C et en fibres, est une option alimentaire avec peu d'effets secondaires décrits aux doses habituelles. Le moringa contre la fatigue apporte du fer et de la vitamine C en poudre ; il est à éviter pendant la grossesse.

Le sommeil, une activité physique régulière et l'allègement de la charge mentale restent la base contre le stress chronique. Aucun de ces gestes ne touche la thyroïde, et aucun ne demande de bilan préalable.

Récapitulatif ashwagandha et thyroïde : effet sur la TSH, la T3 et la T4, personnes à risque, signes d'alerte et alternatives
L'essentiel sur l'ashwagandha et la thyroïde en un coup d'œil.

Sources

  1. Efficacy and Safety of Ashwagandha Root Extract in Subclinical Hypothyroid Patients: A Double-Blind, Randomized Placebo-Controlled Trial.— Sharma AK, Basu I, Singh S · Journal of Alternative and Complementary Medicine · 2018
  2. Changes in thyroid hormone concentrations after administration of ashwagandha root extract to adult male mice.— Panda S, Kar A · Journal of Pharmacy and Pharmacology · 1998
  3. Subtle changes in thyroid indices during a placebo-controlled study of an extract of Withania somnifera in persons with bipolar disorder.— Gannon JM, Forrest PE, Roy Chengappa KN · Journal of Ayurveda and Integrative Medicine · 2014
  4. [Thyrotoxicosis following the use of ashwagandha].— van der Hooft CS, Hoekstra A, Winter A et al. · Nederlands Tijdschrift voor Geneeskunde · 2005
  5. Ashwagandha as a Unique Cause of Thyrotoxicosis Presenting With Supraventricular Tachycardia.— Kamal HI, Patel K, Brdak A et al. · Cureus · 2022
  6. Painless Thyroiditis by Withania somnifera (Ashwagandha).— Hayashi M, Hamada H, Azuma SI et al. · Cureus · 2024
  7. Ashwagandha-induced liver injury: A case series from Iceland and the US Drug-Induced Liver Injury Network.— Björnsson HK, Björnsson ES, Avula B et al. · Liver International · 2020
  8. A prospective, randomized double-blind, placebo-controlled study of safety and efficacy of a high-concentration full-spectrum extract of ashwagandha root in reducing stress and anxiety in adults.— Chandrasekhar K, Kapoor J, Anishetty S · Indian Journal of Psychological Medicine · 2012

Questions fréquentes

L'ashwagandha peut-elle causer des palpitations cardiaques ?

Oui, c'est possible, surtout quand elle pousse la thyroïde vers l'excès. Une femme de 73 ans qui en prenait depuis deux ans a présenté une tachycardie avec une TSH effondrée, rentrée dans l'ordre à l'arrêt du complément. Des palpitations nouvelles sous ashwagandha imposent d'arrêter la cure et de faire contrôler sa thyroïde rapidement.

L'ashwagandha peut-elle entraîner une prise de poids ?

La prise de poids n'est pas un effet décrit dans les essais sur la thyroïde. Le risque observé va plutôt dans l'autre sens : une glande trop stimulée fait maigrir sans raison. Si vous grossissez pendant une cure, faites vérifier votre TSH, car une hypothyroïdie passée inaperçue peut aussi en être la cause.

Quels sont les bienfaits et les dangers de l'ashwagandha ?

Les essais lui attribuent une baisse du stress et du cortisol, et une normalisation de la TSH dans l'hypothyroïdie fruste. Les dangers décrits touchent surtout la thyroïde, avec des cas de thyrotoxicose, et le foie, avec de rares atteintes cholestatiques. Elle est déconseillée en cas d'hyperthyroïdie, de grossesse ou de maladie du foie.

L'ashwagandha peut-elle remplacer la lévothyroxine ?

Non. Le seul essai disponible a porté sur 50 adultes en hypothyroïdie fruste, pendant huit semaines, sans comparaison avec le traitement habituel. Une hypothyroïdie avérée se traite par lévothyroxine ajustée sur la TSH. Arrêter son comprimé au profit d'une plante expose à une rechute, avec fatigue, prise de poids et troubles du rythme cardiaque.