Aller au contenu
Tension artérielle10 min de lecture

Bissap et tension artérielle : la quantité exacte, et qui ne doit pas en boire

Dans les essais cliniques, le bissap a abaissé la systolique d'environ 7,6 mmHg en moyenne, à condition d'être non sucré et dosé. Voici la quantité utilisée dans ces essais, ce que vaut le duo bissap-kinkéliba du soir, et les quatre situations où il faut s'abstenir.

Aminata Diallo
Rédactrice santé — tension artérielle & pharmacopée ouest-africaine1,909 mots
Calice rouge d'Hibiscus sabdariffa sur sa tige, la partie séchée puis infusée pour le bissap contre la tension artérielle
Table des matières (7)
  1. Le bissap fait-il vraiment baisser la tension artérielle ?
  2. Quelle quantité de bissap faut-il boire pour faire baisser la tension ?
  3. Pourquoi un bissap sucré annule-t-il le bénéfice ?
  4. Le duo bissap-kinkéliba du soir tient-il la route ?
  5. Qui ne doit pas boire du bissap ?
  6. Comment savoir si le bissap marche chez vous ?
  7. Avertissement médical

Trois tasses par jour d'infusion de bissap, préparées avec 1,25 g de calices séchés dans 240 ml d'eau, ont abaissé la pression systolique de 7,2 mmHg en six semaines chez des adultes pré-hypertendus ou légèrement hypertendus, contre 1,3 mmHg sous placebo (McKay et al., Journal of Nutrition, 2010). Sucré comme celui de la rue, il perd cet avantage.

Rédigé et relu en interne par la rédaction SantéSource. Ce contenu n'a pas été revu par un professionnel de santé et ne remplace pas un avis médical.

Avis médical : article informatif. Le bissap peut abaisser la pression artérielle, ce qui le rend risqué en cumul avec un antihypertenseur ou un diurétique. Il est écarté pendant la grossesse et l'allaitement. Ne modifiez jamais une ordonnance sans votre médecin. Détails en fin d'article.

Le bissap fait-il vraiment baisser la tension artérielle ?

Oui, modérément, et c'est mesuré. Une méta-analyse d'essais randomisés situe la baisse moyenne à 7,58 mmHg sur la systolique et 3,53 mmHg sur la diastolique (Serban et al., Journal of Hypertension, 2015). Pour quelqu'un à 150/95, cela ramène autour de 142/91. Un déplacement utile, pas une normalisation.

L'essai le plus cité oppose directement la plante à un médicament. Soixante-quinze patients hypertendus ont reçu soit un extrait standardisé d'Hibiscus sabdariffa, soit du captopril à 25 mg deux fois par jour pendant quatre semaines, et les deux groupes ont vu leur tension baisser sans différence statistiquement significative (Herrera-Arellano et al., Phytomedicine, 2004).

Le mécanisme n'a rien de mystérieux. Les anthocyanes du calice, delphinidine-3-sambubioside et cyanidine-3-sambubioside, inhibent l'enzyme de conversion de l'angiotensine in vitro, c'est-à-dire la cible exacte des médicaments en « -pril » (Ojeda et al., Journal of Ethnopharmacology, 2010). La plante et la molécule pourraient donc viser la même cible, mais ce résultat vient du laboratoire.

Un point que les boutiques de thé ne mentionnent jamais : le second essai, mieux dimensionné, est moins flatteur. Sur 171 patients, l'extrait d'hibiscus a fait chuter la systolique d'environ 17 mmHg, avec des baisses et une efficacité thérapeutique inférieures à celles du lisinopril à 10 mg (Herrera-Arellano et al., Planta Medica, 2007). Le bissap agit, mais la baisse était plus faible que sous lisinopril, un antihypertenseur correctement dosé.

Chez soixante diabétiques de type 2, deux prises quotidiennes d'infusion pendant un mois ont abaissé la pression systolique par rapport à un thé noir témoin (Mozaffari-Khosravi et al., Journal of Human Hypertension, 2009). L'enjeu dépasse la curiosité : 1,28 milliard d'adultes de 30 à 79 ans vivent avec une hypertension et quatre sur cinq ne sont pas correctement pris en charge (OMS, Rapport mondial sur l'hypertension, 2023).

Quelle quantité de bissap faut-il boire pour faire baisser la tension ?

Voici le chiffre que personne ne donne. Dans l'essai de référence, chaque tasse contenait 1,25 g de calices séchés infusés dans 240 ml d'eau bouillante pendant six minutes, à raison de trois tasses par jour, pendant six semaines (McKay et al., Journal of Nutrition, 2010).

Traduit en cuisine, cela donne un peu moins d'une cuillerée à soupe de fleurs séchées pour un grand verre, trois fois dans la journée ; une balance de cuisine est plus fiable, le volume variant selon les calices.

Sur vingt-quatre heures, environ 4 g de bissap sec pour 720 ml d'eau. Une poignée jetée dans une bassine de trois litres, comme on le fait pour un baptême ou une rupture de jeûne, n'a rien à voir avec ce geste : la dose y est diluée au hasard.

La cure a une durée. Six semaines, puis on évalue au tensiomètre, avec votre médecin si vous êtes suivi, au lieu de poursuivre par habitude. Les revues toxicologiques rappellent que des doses élevées et prolongées d'extrait ont provoqué des atteintes hépatiques chez l'animal (Ali et al., Phytotherapy Research, 2005). Boire davantage ne fait pas baisser davantage.

Chaud ou froid : aucune donnée ne suggère que la température change l'effet, et la revue de Hopkins recense des préparations variées dans la littérature clinique (Hopkins et al., Fitoterapia, 2013). Ce qui change tout se joue ailleurs, dans le sucrier.

Étapes de préparation d'une infusion de bissap non sucrée selon le protocole de l'essai McKay 2010, avec pesée des calices, infusion, absence de sucre et évaluation au tensiomètre
Le protocole de l'essai McKay (2010), traduit en gestes de cuisine.

Pourquoi un bissap sucré annule-t-il le bénéfice ?

Parce que le sucre pousse la tension dans l'autre sens. Une méta-analyse de cohortes prospectives associe la consommation de boissons sucrées à une incidence accrue d'hypertension (Jayalath et al., American Journal of Clinical Nutrition, 2015). Or la quantité de sucre d'un sachet de bissap de rue n'est pas indiquée et varie d'un vendeur à l'autre : le préparer soi-même reste le seul moyen de la connaître.

L'OMS recommande de limiter les sucres libres sous 10 % de l'apport énergétique, et idéalement sous 5 %, soit environ 25 g par jour chez l'adulte (OMS, Directive sur l'apport en sucres, 2015). Un seul sachet très sucré peut suffire à atteindre ce plafond. Vous buvez alors une boisson qui donne d'une main et reprend de l'autre.

Forme de bissapSucre ajoutéDose de calicesIntérêt pour la tension
Infusion maison non sucréeAucun1,25 g par tasse, 3 fois par jourLa forme testée dans l'essai de McKay
Sachet de rue ou de marchéÉlevé, non déclaréVariable, non mesurableBénéfice annulé par le sucre
Jus industriel en bouteilleÉlevé, plus arômesSouvent très diluéeAucun intérêt démontré
Extrait standardisé en gélulesAucun250 mg d'anthocyanes par jourForme utilisée dans les essais mexicains

Le correctif est simple et il ne coûte pas un franc. Faites infuser vos fleurs, laissez refroidir, ne sucrez pas, acceptez l'acidité. Beaucoup ajoutent de la menthe fraîche, une gousse de vanille ou une tranche de gingembre pour adoucir sans sucre. Si l'acidité reste difficile à tenir, diluez davantage plutôt que d'ajouter une cuillerée.

Comparaison de quatre formes de bissap, infusion maison non sucrée, sachet de rue, jus industriel et extrait en gélules, selon le sucre ajouté et l'intérêt pour la tension
Le même calice, des boissons opposées : le sucre décide du résultat.

Le duo bissap-kinkéliba du soir tient-il la route ?

La question revient souvent, et la réponse demande de la prudence. Le kinkéliba (Combretum micranthum), le séréou au Sénégal, est employé de longue date comme diurétique et dépuratif dans la pharmacopée ouest-africaine (Kerharo et Adam, La pharmacopée sénégalaise traditionnelle, Vigot Frères, 1974). Nous n'avons pas trouvé d'essai randomisé humain ayant mesuré son effet sur la pression artérielle. C'est une lacune, pas une preuve.

Additionner deux plantes qui font baisser la tension, dont une non évaluée, revient à additionner deux inconnues. Si vous prenez déjà un antihypertenseur, ce cumul expose à une chute tensionnelle avec vertiges au lever et fatigue en fin de journée. Un modèle animal a montré que l'extrait d'hibiscus modifiait la pharmacocinétique de l'hydrochlorothiazide, un diurétique très prescrit (Ndu et al., Journal of Medicinal Food, 2011).

Notre position : gardez les deux plantes, mais pas dans la même tasse. Le bissap au réveil, le kinkéliba de temps en temps le soir, et un tensiomètre pour arbitrer. Le kinkéliba pourrait aussi interférer avec les antidiabétiques oraux, ce qui concerne une large part des hypertendus. Le détail figure dans notre fiche sur les effets secondaires et interactions du kinkéliba.

Qui ne doit pas boire du bissap ?

Quatre situations imposent de s'abstenir ou de demander un avis avant la première tasse.

  • Grossesse et allaitement. Les revues pharmacologiques rapportent des effets utérins et des données de reproduction défavorables chez l'animal, insuffisantes pour rassurer (Ali et al., Phytotherapy Research, 2005).
  • Traitement antihypertenseur en cours. L'effet s'additionne, une hypotension avec vertiges devient possible, et l'interaction avec l'hydrochlorothiazide est documentée en modèle animal (Ndu et al., Journal of Medicinal Food, 2011).
  • Tension habituellement basse. Une systolique qui tourne sous 110 mmHg n'a rien à gagner ici, et le risque de malaise au lever augmente.
  • Paracétamol régulier. Dans un petit essai de six volontaires, une boisson sucrée au bissap a légèrement accéléré l'élimination du paracétamol (Kolawole et Maduenyi, European Journal of Drug Metabolism and Pharmacokinetics, 2004). La portée clinique est inconnue : demandez conseil à un pharmacien.

Un cinquième cas mérite d'être nommé, même s'il n'est pas médical. Celui qui remplace ses comprimés par des tisanes. L'arrêt d'un antihypertenseur sans avis médical reste le vrai danger de ce sujet, bien avant la plante elle-même.

Quant à la rumeur d'un bissap interdit en France, elle confond la plante avec des rappels ponctuels de lots importés : nous l'avons démêlée à part.

Comment savoir si le bissap marche chez vous ?

En mesurant, pas en devinant. L'hypertension ne se sent pas, et c'est ce qui la rend dangereuse. En Afrique, le taux de contrôle tensionnel figure parmi les plus bas du monde alors que la prévalence y est parmi les plus élevées (OMS, Rapport mondial sur l'hypertension, 2023). Nos chiffres de l'hypertension en Afrique de l'Ouest détaillent cet écart. Une tisane ne remplacera jamais un tensiomètre de bras, vendu quelques milliers de francs CFA en pharmacie.

Le protocole tient en trois lignes. Notez votre tension le matin avant le premier verre puis le soir, deux mesures à une minute d'intervalle, pendant sept jours avant de commencer. Reprenez la même série après six semaines de bissap quotidien non sucré. Comparez les moyennes, jamais les pics isolés.

Si la moyenne n'a pas bougé, le bissap ne fonctionne pas pour vous, et ce constat vaut mieux qu'une conviction. S'il descend trop pendant que vous êtes traité, parlez-en avant de toucher à votre ordonnance. Le bissap reste un geste parmi d'autres, après le sel, l'activité physique et le poids : notre guide pour réduire sa tension naturellement les classe par ordre d'effet.

Récapitulatif du bissap contre l'hypertension : effet moyen modeste, infusion non sucrée quotidienne puis évaluation au tensiomètre, situations où s'abstenir ou demander un avis
Ce qu'il faut retenir avant votre prochaine infusion.

Avertissement médical

Avertissement. Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation. Le bissap est une boisson alimentaire courante ; les quantités décrites ici relèvent d'un usage de cure, limité dans le temps et évalué au tensiomètre.

Contre-indications : grossesse et allaitement ; hypotension artérielle ; insuffisance hépatique connue, les revues toxicologiques décrivant des atteintes hépatiques à doses élevées chez l'animal (Ali et al., Phytotherapy Research, 2005) ; allergie connue à l'hibiscus.

Interactions et précautions : effet hypotenseur additif avec tout antihypertenseur, y compris les inhibiteurs de l'enzyme de conversion dont le bissap pourrait partager le mécanisme in vitro (Ojeda et al., Journal of Ethnopharmacology, 2010).

Autres interactions documentées : modification de la pharmacocinétique de l'hydrochlorothiazide en modèle animal (Ndu et al., Journal of Medicinal Food, 2011) ; élimination légèrement accélérée du paracétamol chez six volontaires (Kolawole et Maduenyi, European Journal of Drug Metabolism and Pharmacokinetics, 2004) ; prudence supplémentaire si le kinkéliba est associé, cette plante pouvant interférer avec les antidiabétiques oraux.

N'arrêtez jamais un traitement antihypertenseur de votre propre initiative. Consultez sans délai en cas de céphalées intenses, de troubles visuels, de douleur thoracique, d'essoufflement inhabituel ou d'une mesure dépassant 180/110 mmHg.

Sources

  1. Effect of sour tea (Hibiscus sabdariffa L.) on arterial hypertension: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials— Serban C, Sahebkar A, Ursoniu S et al. · Journal of Hypertension · 2015
  2. Effectiveness and tolerability of a standardized extract from Hibiscus sabdariffa in patients with mild to moderate hypertension: a controlled and randomized clinical trial— Herrera-Arellano A, Flores-Romero S, Chávez-Soto MA et al. · Phytomedicine · 2004
  3. Clinical effects produced by a standardized herbal medicinal product of Hibiscus sabdariffa on patients with hypertension. A randomized, double-blind, lisinopril-controlled clinical trial— Herrera-Arellano A, Miranda-Sánchez J, Avila-Castro P et al. · Planta Medica · 2007
  4. Hibiscus sabdariffa L. tea (tisane) lowers blood pressure in prehypertensive and mildly hypertensive adults— McKay DL, Chen CY, Saltzman E, Blumberg JB · The Journal of Nutrition · 2010
  5. Inhibition of angiotensin convertin enzyme (ACE) activity by the anthocyanins delphinidin- and cyanidin-3-O-sambubiosides from Hibiscus sabdariffa— Ojeda D, Jiménez-Ferrer E, Zamilpa A et al. · Journal of Ethnopharmacology · 2010
  6. Hibiscus sabdariffa L. in the treatment of hypertension and hyperlipidemia: a comprehensive review of animal and human studies— Hopkins AL, Lamm MG, Funk JL, Ritenbaugh C · Fitoterapia · 2013
  7. Phytochemical, pharmacological and toxicological aspects of Hibiscus sabdariffa L.: a review— Ali BH, Al Wabel N, Blunden G · Phytotherapy Research · 2005
  8. The effects of sour tea (Hibiscus sabdariffa) on hypertension in patients with type II diabetes— Mozaffari-Khosravi H, Jalali-Khanabadi BA, Afkhami-Ardekani M et al. · Journal of Human Hypertension · 2009
  9. Herb-drug interaction between the extract of Hibiscus sabdariffa L. and hydrochlorothiazide in experimental animals— Ndu OO, Nworu CS, Ehiemere CO et al. · Journal of Medicinal Food · 2011
  10. Effect of zobo drink (Hibiscus sabdariffa water extract) on the pharmacokinetics of acetaminophen in human volunteers— Kolawole JA, Maduenyi A · European Journal of Drug Metabolism and Pharmacokinetics · 2004
  11. Sugar-sweetened beverage consumption and incident hypertension: a systematic review and meta-analysis of prospective cohorts— Jayalath VH, de Souza RJ, Ha V et al. · The American Journal of Clinical Nutrition · 2015
  12. Global report on hypertension: the race against a silent killer— OMS · Organisation mondiale de la Santé · 2023
  13. Guideline: Sugars intake for adults and children— OMS · Organisation mondiale de la Santé · 2015

Questions fréquentes

Est-ce que le bissap est bon pour l'hypertension ?

Oui, comme appoint. Une méta-analyse d'essais randomisés attribue à l'hibiscus une baisse moyenne de 7,58 mmHg sur la systolique et de 3,53 mmHg sur la diastolique (Serban et al., Journal of Hypertension, 2015). C'est réel, c'est modeste, et cela ne remplace ni un traitement prescrit ni la mesure de votre tension.

Qui ne doit pas boire du bissap ?

Les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes déjà sous antihypertenseur ou diurétique sans avis médical, celles dont la tension est basse, et, par précaution, les patients sous paracétamol régulier, dont l'élimination a été légèrement accélérée dans un petit essai (Kolawole et Maduenyi, 2004). Demandez conseil avant toute cure.

Quelle est la meilleure boisson du matin contre l'hypertension artérielle ?

L'eau reste la base de la journée. Parmi les infusions, le bissap non sucré est la mieux documentée. Trois tasses quotidiennes ont abaissé la systolique de 7,2 mmHg en six semaines, contre 1,3 sous placebo (McKay et al., Journal of Nutrition, 2010). Le café n'est pas interdit, mais aucune donnée ne lui prête d'effet hypotenseur.

Combien de temps faut-il pour voir un effet du bissap sur la tension ?

Comptez quatre à six semaines de prise quotidienne. Les essais cliniques mesurent leurs résultats à quatre semaines (Herrera-Arellano et al., Phytomedicine, 2004) et à six semaines (McKay et al., Journal of Nutrition, 2010). Une tasse isolée ne change rien. Notez vos chiffres chaque matin pour juger sur des données, pas sur une impression.