Les essais cliniques sur la cannelle (qerfa) et la glycémie ont utilisé 1 à 6 g par jour, soit une demi à une cuillère à café. La méta-analyse d'Allen et al. (Annals of Family Medicine, 2013) note une baisse modeste de la glycémie à jeun, sans remplacer le traitement.
Révisé médicalement par : Dr Kofi Mensah, Médecin généraliste, spécialité diabétologie, Chercheur en phytothérapie, Auteur de publications sur les plantes hypoglycémiantes
Dernière mise à jour : 7 juin 2026
⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.
La cannelle (qerfa, قرفة) revient dans toutes les conversations sur le diabète au Maroc. On la dit capable de « casser » le sucre. La vérité est plus subtile que le bouche-à-oreille du souk, et surtout : la quantité compte autant que la plante elle-même. Trop peu ne fait rien ; trop, avec la mauvaise variété, fatigue le foie.
Ce guide répond à la question que tout le monde pose vraiment : combien de qerfa par jour, sous quelle forme, et avec quels garde-fous quand on est déjà sous traitement.
Combien de cannelle (qerfa) faut-il prendre par jour ?
Les études cliniques ont testé une fourchette large : de 1 à 6 grammes de cannelle par jour. En cuisine marocaine, cela correspond à une demi-cuillère à café (environ 1 à 1,5 g) jusqu'à une cuillère à café bien remplie (environ 3 g).
La méta-analyse d'Allen et collègues, publiée dans Annals of Family Medicine en 2013, a regroupé dix essais et observé une baisse de la glycémie à jeun de l'ordre de 0,2 à 0,5 g/L chez des diabétiques de type 2.
Modeste. C'est le mot juste. Cet effet n'a rien d'un médicament.
Pour un usage quotidien sur plusieurs semaines, une demi-cuillère à café (1 à 2 g) est un point de départ raisonnable. Inutile de viser la dose haute des études : au-delà de 2 g de Cassia par jour, le risque hépatique lié à la coumarine devient le vrai sujet, comme nous le voyons plus bas.
La qerfa accompagne une alimentation à index glycémique maîtrisé et le traitement prescrit ; elle ne s'y substitue jamais. C'est exactement la logique appliquée à la helba (fenugrec) et au diabète, autre pilier de la pharmacopée marocaine.
Pourquoi la différence Cassia / Ceylan change-t-elle la dose sûre ?
Voici le point que presque aucun article ne précise pour le lecteur marocain. Toutes les cannelles ne se valent pas.
La qerfa vendue en vrac chez l'attar ou au souk est, dans la quasi-totalité des cas, de la cannelle de Cassia (Cinnamomum cassia), la moins chère et la plus parfumée. Elle contient de la coumarine, une molécule qui, à forte dose et sur une longue durée, peut être toxique pour le foie. La cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum), plus claire, plus friable, plus douce, n'en contient que des traces.
L'évaluation du risque d'Abraham et collègues (Molecular Nutrition & Food Research, 2010) a établi une dose journalière tolérable de coumarine d'environ 0,1 mg par kilo de poids corporel. Pour une personne de 60 kg, cela revient à environ 6 mg de coumarine par jour.
Selon la teneur de la Cassia, ce seuil peut être atteint avec seulement 1 à 2 cuillères à café. C'est pour cette raison que la dose sûre de qerfa Cassia tourne autour de 2 g par jour en usage prolongé, alors que la Ceylan offre une marge bien plus large.
| Critère | Cassia (qerfa du souk) | Ceylan (qerfa hadiqa) |
|---|---|---|
| Nom latin | Cinnamomum cassia | Cinnamomum verum |
| Coumarine | Élevée (risque hépatique à forte dose prolongée) | Très faible (traces) |
| Aspect | Écorce épaisse, rouge-brun, dure | Bâton clair, fin, friable, multicouche |
| Dose quotidienne prudente | ≤ 2 g (env. ½ c. à café) | Jusqu'à 4 g sans souci hépatique |
| Prix / disponibilité | Bon marché, partout chez l'attar | Plus rare, plus chère |
En pratique : si vous comptez prendre de la qerfa tous les jours pendant des mois, demandez de la Ceylan à votre attar, ou tenez-vous à une demi-cuillère à café de Cassia. La nuance n'est pas théorique. Elle protège votre foie.
La cannelle fait-elle vraiment baisser la glycémie ?
Oui, un peu. Et seulement chez certaines personnes.
Le mécanisme étudié tient à la sensibilité à l'insuline : certains composés de la cannelle, dont le cinnamaldéhyde, semblent rendre les cellules plus réceptives à l'insuline et ralentir la vidange de l'estomac, ce qui aplatit le pic de sucre après le repas. La revue de Rao et Gan (Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2014) décrit ces effets sur les enzymes digestives et le transport du glucose.
Mais les résultats sont inconstants. Les essais menés chez des personnes dont le diabète est déjà bien équilibré montrent souvent peu ou pas d'effet. Le bénéfice se concentre chez les diabétiques de type 2 mal contrôlés ou en pré-diabète.
Au Maroc, ce groupe est immense : selon l'enquête nationale STEPS du Ministère de la Santé (2017-2018), 10,6 % des adultes sont diabétiques et 10,4 % supplémentaires sont en situation de pré-diabète. Près d'un adulte sur cinq est donc concerné par la régulation du sucre.
Une honnêteté s'impose : la qerfa ne « guérit » rien et n'efface pas un repas trop sucré. C'est un coup de pouce métabolique, pas un traitement. Quiconque vous vend la cannelle comme une alternative aux médicaments vous trompe.
Comment intégrer la qerfa dans l'alimentation marocaine ?
La force de la cannelle au Maroc, c'est qu'elle est déjà dans la cuisine. Pas besoin de gélules importées. Voici des gestes simples, halal, qui ne demandent ni alcool ni produit transformé.
- Dans le thé : un demi-bâton de qerfa infusé remplace une partie du sucre par du parfum. Le piège classique : sucrer le thé comme d'habitude annule tout. Réduisez le sucre en même temps, sinon l'exercice n'a aucun sens.
- Tisane qerfa-skinjbir : cannelle et gingembre frais en décoction. Boisson chaude du matin, sans sucre, qui réchauffe et accompagne le contrôle glycémique.
- Saupoudrée : une demi-cuillère à café sur un yaourt nature, des flocons d'avoine ou des fruits à index glycémique modéré. C'est la forme la plus facile à doser au quotidien.
Attention au revers culturel : la qerfa parfume aussi les msemen, la rfissa sucrée et beaucoup de pâtisseries. Là, elle voyage avec du sucre et du miel. Sa présence dans un gâteau ne lui donne aucune vertu anti-diabète. Pour aller plus loin sur le sujet du sucre dans l'assiette, voyez notre comparatif des fruits modernes et ancestraux et la glycémie au Maroc.
Quels sont les garde-fous avant de commencer une cure de qerfa ?
La cannelle est un aliment, pas un médicament anodin. Trois précautions méritent votre attention.
Effet additif avec les antidiabétiques. Si vous prenez de la metformine, un sulfamide ou de l'insuline, la qerfa peut renforcer la baisse du sucre. Le risque n'est pas la cannelle seule, mais l'addition : une hypoglycémie. Surveillez votre glycémie au lecteur quand vous démarrez, et parlez-en à votre médecin avant d'installer une habitude quotidienne.
Foie et coumarine. En cas de maladie hépatique connue, ou si vous prenez déjà des médicaments lourds pour le foie, la Cassia à forte dose est à éviter. Tenez-vous à la Ceylan ou à de petites quantités.
Grossesse, allaitement, chirurgie. En usage culinaire, la qerfa ne pose pas de problème. En cure dosée, mieux vaut s'abstenir pendant la grossesse et l'allaitement, et l'arrêter une à deux semaines avant une opération à cause de son effet possible sur la glycémie et la coagulation. Pendant le Ramadan, où le sucre fait l'objet de variations brutales, la prudence est encore plus de mise : nos repères pour le diabète et le Ramadan avec les plantes locales détaillent les seuils sahour-iftar.

Que retenir sur la qerfa et la glycémie ?
La cannelle marocaine peut donner un petit coup de pouce à la glycémie, surtout en pré-diabète ou en diabète mal équilibré. La dose utile tourne autour d'une demi-cuillère à café par jour. Le vrai arbitrage n'est pas « combien » mais « laquelle » : la Cassia du souk se limite à 2 g par jour pour ménager le foie, la Ceylan offre plus de marge.
Le reste se joue dans l'assiette et avec votre médecin. Pour la vue d'ensemble francophone, voyez aussi notre dossier cannelle et glycémie en Afrique.
