Le caïlcédrat (Kuka en mooré, Dyala en dioula), ou Khaya senegalensis, est un arbre sahélien dont l'écorce amère fait baisser le sucre dans le sang sur modèles animaux (Kolawole et al., 2011). Au Burkina Faso, l'IRSS le recense parmi plus de 2 500 espèces médicinales, mais son usage dépasse rarement sept jours.
Révisé médicalement par : Dr Kofi Mensah, Médecin généraliste (diabétologie) · Chercheur en phytothérapie anti-diabétique
Dernière mise à jour : 29 juin 2026
⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants, antipaludéens). Détails en fin d'article.
Comment s'appelle le caïlcédrat en mooré et en dioula ?
À Ouagadougou, on dit Kuka. À Bobo-Dioulasso, c'est Dyala (parfois écrit Dial). Le caïlcédrat, ou Khaya senegalensis, est le même grand arbre. Les Français l'appellent aussi acajou du Sénégal.
Beaucoup de personnes tapent simplement « caïlcédrat en mooré » ou « cailcedrat en dioula » pour retrouver le nom du remède de la grand-mère. C'est normal : à la maison, on parle mooré ou dioula, mais on lit le français. L'arbre dépasse souvent 15 mètres et borde les cours d'école et les marchés du Sahel.
Son écorce épaisse et très amère est la partie utilisée. Les herboristes des marchés de Ouagadougou la vendent en morceaux séchés, à faire bouillir.

Quels sont les bienfaits de l'écorce de caïlcédrat ?
L'écorce du caïlcédrat est riche en limonoïdes et en tanins, deux familles de molécules amères. Cette amertume signe son action de tonique de convalescence, reconnue par les anciens.
Dans la pharmacopée traditionnelle du Burkina Faso, l'écorce sert d'abord contre le paludisme, la fièvre et l'excès de sucre dans le sang. Le pays recense plus de 2 500 espèces médicinales selon la pharmacopée nationale relayée par l'IRSS de Ouagadougou. Le caïlcédrat figure parmi les plus citées au Sahel, aux côtés des conseils sur les féculents comme l'attiéké et la glycémie.
Trois usages reviennent le plus souvent chez les tradipraticiens :
- Fièvre et accès palustres : décoction d'écorce amère, en appoint.
- Sucre dans le sang élevé : effet hypoglycémiant recherché par les familles touchées par le diabète.
- Fatigue et convalescence : amertume tonique après une maladie.
Le caïlcédrat fait-il vraiment baisser la glycémie ?
La science commence à le confirmer, mais sur l'animal. Une étude de Kolawole et collègues (Asian Pacific Journal of Tropical Medicine, 2011) a montré que l'extrait d'écorce de Khaya senegalensis abaissait la glycémie chez des rats rendus diabétiques. Des travaux ouest-africains antérieurs (Diarra et al., IRD Mali, 2008) avaient déjà décrit cet effet hypoglycémiant lié aux limonoïdes.
Soyons clairs sur la limite : il n'existe pas encore d'essai clinique solide chez l'humain pour le caïlcédrat seul. On ignore la dose sûre et la durée idéale. C'est une piste, pas une preuve.
Le contexte burkinabè rend la question importante. Le diabète urbain touche entre 7,6 et 10,74 % des adultes selon les estimations locales (IRSS, 2018), et il reste largement sous-diagnostiqué. L'hypertension frappe 29 à 31 % des adultes, souvent associée au diabète. Beaucoup cherchent donc une plante pour baisser le sucre, première requête santé en Afrique francophone.
Pourquoi associe-t-on le caïlcédrat au kinkéliba ?
Dans les tisanes burkinabè, le caïlcédrat voyage rarement seul. Son compagnon le plus fréquent est le kinkéliba (Combretum micranthum, Dibilèn en dioula), véritable plante nationale du diabète.
Le kinkéliba a un avantage : son effet hypoglycémiant a été observé en essai clinique chez l'humain (Phytomedicine, 2012, travaux de l'IRD), ce qui est plus rare pour une plante sahélienne. On l'utilise en décoction de feuilles séchées, et les familles combinent souvent les deux écorces et feuilles dans une même tisane du matin. Une autre plante sahélienne, le soumpe (Balanites aegyptiaca), est étudiée pour le même objectif.
Cette combinaison n'a rien de magique. Elle reflète un savoir transmis, où chaque plante apporte son amertume. Pour un cadrage halal, aucune de ces préparations n'utilise d'alcool : on parle de simples décoctions à l'eau.
Comment prépare-t-on la décoction d'écorce au Burkina Faso ?
La préparation traditionnelle est sobre. On fait bouillir une petite quantité d'écorce séchée dans l'eau, puis on boit le liquide amer refroidi, en cure très courte.
Voici les repères de prudence que rappellent les tradipraticiens sérieux et l'IRSS :
- Durée maximale : ne jamais dépasser sept jours d'affilée.
- Source de l'écorce : refuser l'écorce sauvage anonyme des marchés.
- Filière durable : Khaya senegalensis est classé vulnérable sur la Liste rouge de l'UICN (IUCN, 2020), d'où l'importance des plants agroforestiers.
- Surveillance : contrôler sa glycémie si l'on suit déjà un traitement.
Et si l'amertume vous rebute ? C'est plutôt bon signe de prudence. Une plante amère reste un médicament potentiel, pas une boisson de tous les jours.

Quels sont les dangers du caïlcédrat ?
Le principal danger est le foie. L'écorce de caïlcédrat est hépatotoxique à dose élevée ou prolongée : au-delà de sept jours, le risque pour le foie devient réel. Ce n'est pas un avertissement de politesse, c'est une limite documentée.
Deux règles de sécurité ne se négocient pas. D'abord, le caïlcédrat ne remplace jamais un traitement antipaludéen moderne (les ACT, combinaisons à base d'artémisinine recommandées par l'OMS depuis 2006). Ensuite, il ne remplace aucun antidiabétique prescrit.
Si vous prenez de l'insuline ou un comprimé contre le diabète, ajouter une plante hypoglycémiante peut faire chuter la glycémie trop bas. Femmes enceintes, mères allaitantes et enfants doivent s'abstenir. Le suivi d'un tradipraticien reconnu ou d'un professionnel de santé reste indispensable.
Que retenir sur le caïlcédrat et le diabète ?
Le caïlcédrat (Kuka, Dyala) est un trésor de la pharmacopée sahélienne. Son écorce amère a un effet hypoglycémiant réel sur l'animal, confirmé par Kolawole et al. (2011) et décrit dès l'enquête ethnobotanique de Diarra et al. (IRD Mali, 2008). Le kinkéliba, lui, dispose d'un essai chez l'humain (Phytomedicine, 2012).
Mais ce n'est pas un médicament autorisé contre le diabète humain. Voyez-le comme un soutien possible, jamais comme un remplacement. Pour gérer durablement le sucre dans le sang, l'alimentation reste le geste le plus concret, comme le montrent les céréales locales à index glycémique bas et la liste des aliments africains à index glycémique bas.
