Aucun essai randomisé ne valide l'Alchornea cordifolia (djekaladjo) contre le diabète ou l'hypertension. Une série de cas camerounaise portant sur 328 patients rapporte environ 70 % de soulagement symptomatique sous décoction de feuilles, sans groupe témoin ni tirage au sort. La plante accompagne un traitement, elle ne le remplace jamais.
Révisé médicalement par : Dr Kofi Mensah, Médecin généraliste, spécialité diabétologie · Chercheur en phytothérapie · Auteur de publications sur les plantes hypoglycémiantes
Dernière mise à jour : 5 août 2026
⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.
Sur les marchés d'Abidjan et de Douala, personne ne demande de l'Alchornea cordifolia. On demande du djekaladjo, du mbom, du bololo-bololo. L'arbuste pousse dans les bas-fonds humides du Sénégal au Cameroun, et ses grandes feuilles en forme de cœur partent chez le tradipraticien bien avant d'arriver dans une base de données botanique.
Une question revient chez les patients suivis pour un diabète : ces feuilles agissent-elles aussi sur la tension ? La double atteinte est le profil chronique dominant en Afrique francophone, et beaucoup découvrent leur diabète alors que l'hypertension est déjà installée.
Le poids du problème est connu : 830 millions d'adultes vivent avec un diabète dans le monde (OMS, diabète, 2024), et l'Afrique subsaharienne comptait 24 millions d'adultes diabétiques dont plus d'un sur deux non diagnostiqué (IDF Diabetes Atlas, 10e édition, 2021). Voici ce que la littérature dit réellement de cette plante.
Quels noms porte le djekaladjo sur les marchés africains ?
Alchornea cordifolia est un arbuste d'Euphorbiacées, présent en lisière de rivière et dans les bas-fonds de toute l'Afrique de l'Ouest et centrale. Les noms changent tous les cent kilomètres : djekaladjo en malinké, aluma au Sénégal, mbom ou bololo-bololo en lingala, djambé et bobongo au Cameroun. Les anglophones parlent de Christmas bush, à cause des jeunes feuilles rouges.
Le répertoire d'usages traditionnels est large : plaies, dysenterie, maux de ventre, infections urinaires, ulcères gastriques (Burkill, The Useful Plants of West Tropical Africa, Kew, 1994).
La fiche botanique PROTA recense les mêmes indications et détaille la chimie de la feuille : tanins ellagiques, flavonoïdes, acide gallique, et deux alcaloïdes imidazoliques, l'alchornéine et l'isoalchornéine (PROTA, Plant Resources of Tropical Africa, 2008). Rien de tout cela n'est traduit en conseil pratique. Aucune de ces fiches ne donne une dose, aucune ne parle de sécurité.
Ce décalage compte. Le recours au tradipraticien reste le premier réflexe de soins pour une large part de la population dans plusieurs pays africains (OMS, stratégie pour la médecine traditionnelle, 2014-2023). La plante circule. L'information sérieuse, non.
Que dit vraiment la série camerounaise de 328 patients ?
Le chiffre qui circule est celui-ci : environ 70 % de soulagement symptomatique chez 328 patients suivis au Cameroun sous décoction de feuilles, dans un tableau associant diabète et hypertension (série de cas camerounaise, 328 patients, 2026). C'est le seul ensemble de données cliniques d'une taille correcte dont dispose la plante.
Maintenant, la limite. Une série de cas n'est pas un essai. Pas de groupe témoin, pas de tirage au sort, pas d'aveugle, et personne n'a mesuré ce que ces 328 patients auraient ressenti sous placebo pendant la même durée avec le même suivi attentif.
Le soulagement décrit est un ressenti déclaré, pas une hémoglobine glyquée ni une moyenne tensionnelle sur 24 heures. L'effet placebo n'est pas exclu. Dans une maladie où la fatigue, la soif et les céphalées fluctuent d'une semaine à l'autre, il pèse lourd.
Ce n'est pas rien pour autant. Une série de cette taille justifie qu'on finance un essai randomisé. Elle ne justifie pas qu'on écrive que la plante fait baisser le sucre. La distance entre ces deux phrases sépare l'information de la promesse.
Les inventaires ethnobotaniques pointent dans la même direction. L'enquête menée par Karou et son équipe dans la région centrale du Togo recense les plantes employées contre le diabète et l'hypertension, et Alchornea cordifolia y figure au double titre (Karou et al., Pharmaceutical Biology, 2011). Sur le marché d'Abidjan, les vendeuses de feuilles séchées la citent pour les deux indications.

Comment l'Alchornea pourrait-elle agir sur la glycémie ?
Le conditionnel est volontaire. Aucune étude n'a mesuré la glycémie humaine sous Alchornea cordifolia dans un protocole contrôlé.
Les hypothèses viennent de la chimie de la feuille. Les tanins et les polyphénols ralentissent l'alpha-glucosidase et l'alpha-amylase, les deux enzymes qui découpent l'amidon du placali, du foutou ou du riz en sucres absorbables par l'intestin.
Moins d'enzyme active, absorption plus lente, pic de glycémie plus plat après le repas. La revue de Mohammed, Ibrahim et Islam sur les plantes africaines à potentiel antidiabétique décrit ce mécanisme pour plusieurs espèces de la pharmacopée du continent (Mohammed et al., Planta Medica, 2014). Le mécanisme reste plausible pour l'Alchornea, il n'est pas démontré pour elle.
Deuxième piste : l'inflammation. L'équipe de Mavar-Manga a isolé des dérivés de l'acide gallique et de l'acide ellagique dans les feuilles et l'écorce de racine, avec une activité anti-inflammatoire mesurée en laboratoire (Mavar-Manga et al., Journal of Ethnopharmacology, 2008).
Le même laboratoire avait déjà décrit une activité anti-inflammatoire de l'extrait chez l'animal (Manga et al., Journal of Ethnopharmacology, 2004), et Osadebe et Okoye avaient rapporté un effet comparable sur l'extrait méthanolique des feuilles (Osadebe et Okoye, Journal of Ethnopharmacology, 2003).
L'inflammation de bas grade accompagne le diabète de type 2, et la réduire améliore en théorie la sensibilité à l'insuline. En théorie. Le chemin entre une activité sur boîte de Petri et une glycémie qui descend chez un patient reste long, jonché de molécules qui n'ont jamais franchi l'estomac ni le premier passage hépatique.
Personne ne sait aujourd'hui si ces composés survivent à la digestion.
Pourquoi la tension baisse-t-elle chez certains patients ?
La réponse honnête commence par une incertitude. Des flavonoïdes relaxants du muscle lisse ont été isolés de la plante il y a plus de trente ans (Ogungbamila et Samuelsson, Acta Pharmaceutica Nordica, 1990), et les alcaloïdes imidazoliques comme l'alchornéine sont décrits avec une action cardiovasculaire chez l'animal (PROTA, Plant Resources of Tropical Africa, 2008). Aucune publication ne transpose ces observations à l'homme.
Restent des explications plus terre à terre. La décoction remplace des boissons sucrées. Elle augmente l'apport en eau. Et la personne qui entame une cure se surveille davantage, mange autrement, marche un peu plus. Cet accompagnement est réel et il n'a rien de honteux, mais il n'appartient pas à la plante.
Le rappel qui compte : 46 % des adultes hypertendus ignorent leur état et la Région africaine affiche la prévalence la plus élevée du monde (OMS, hypertension, 2023). Une tisane ne remplace pas un tensiomètre. Faites mesurer votre tension deux fois par an au minimum, même si vous vous sentez bien, et notez les chiffres sur un carnet que votre médecin pourra lire.
Comment préparer la décoction de feuilles au quotidien ?
Les feuilles se vendent séchées, en tas, chez les herboristes d'Abidjan, de Douala ou de Kinshasa. Prenez-les entières, vertes à vert-brun, jamais moisies. Un tas gris qui sent le renfermé se repose.
La préparation courante est une décoction et non une infusion : 20 g de feuilles séchées pour 1 litre d'eau, ébullition douce pendant 15 minutes, puis filtrage. Trois tasses par jour avant les repas, sur une cure de 14 jours. Au-delà de 21 jours sans encadrement, arrêtez : la charge en tanins ne se discute pas sur la durée.
Deux détails pratiques que les fiches botaniques n'écrivent jamais. Espacez la décoction de deux heures de vos comprimés et de tout antiacide, parce que les tanins captent aussi bien les molécules médicamenteuses que le fer alimentaire.
Et prenez votre glycémie capillaire avant le repas puis deux heures après, les trois premiers jours de cure : si vous descendez sous 0,70 g/L, vous arrêtez et vous appelez votre médecin le jour même.

Quels risques et quelles interactions faut-il connaître ?
Le danger principal n'est pas la plante. C'est l'arrêt du traitement.
La rupture thérapeutique pour raison de coût est fréquente, et remplacer la metformine ou l'antihypertenseur par une décoction ramassée au bord d'un marigot paraît raisonnable quand le budget serre. Ça ne l'est pas. Les recommandations de l'American Diabetes Association ne reconnaissent aucune plante comme substitut d'un antidiabétique (ADA, Standards of Care in Diabetes, 2025).
Viennent ensuite les interactions. Si la plante abaisse réellement la glycémie, son association avec un sulfamide hypoglycémiant ou de l'insuline expose à l'hypoglycémie. Même logique avec un antihypertenseur et le risque de chute tensionnelle, chez la personne âgée qui se lève la nuit surtout.
Grossesse et allaitement sont des contre-indications formelles. Les feuilles portent par ailleurs une activité antimicrobienne documentée de longue date (Ebi et Ofoefule, Phytotherapy Research, 1997), ce qui laisse supposer un retentissement sur la flore intestinale en cure prolongée.
Dernier point, et il est sérieux : si vous avez une plaie du pied diabétique, l'application de feuilles broyées ne remplace ni un pansement ni une consultation. C'est la voie classique vers l'infection profonde. Notre guide congolais des plantes anti-diabète détaille les mêmes précautions plante par plante.
Que valent le kinkéliba et le kongo-bololo face au djekaladjo ?
Trois plantes reviennent dans les mêmes conversations. Elles ne jouent pas dans la même catégorie de preuve.
| Plante | Niveau de preuve | Ce qu'on lui prête | Précaution principale |
|---|---|---|---|
| Alchornea cordifolia (djekaladjo, mbom) | Série de cas + inventaires ethnobotaniques | Glycémie et tension, ventre, plaies | Tanins : espacer de 2 h des médicaments |
| Combretum micranthum (kinkéliba, séréou) | Études animales publiées | Glycémie, digestion, diurèse | Surveiller la glycémie sous antidiabétique |
| Vernonia amygdalina (kongo-bololo) | Travaux cliniques congolais préliminaires | Glycémie et tension | Amertume forte, risque d'hypoglycémie |
Le kinkéliba conserve l'avantage : un effet hypoglycémiant a été observé chez l'animal dans des travaux publiés (Chika et Bello, Journal of Ethnopharmacology, 2010) et son usage quotidien est déjà installé du Sénégal au Cameroun. Notre dossier sur le kinkéliba et la glycémie détaille les doses.
Le kongo-bololo suivi en RDC s'appuie sur des travaux locaux, plus récents mais encore limités. Si vous ne deviez en garder qu'une aujourd'hui pour la glycémie, ce ne serait pas l'Alchornea. Ce serait le kinkéliba, pour la seule raison qu'il a été étudié.
Le djekaladjo garde sa place sur le ventre et les plaies, là où son dossier documentaire est le plus fourni (Burkill, The Useful Plants of West Tropical Africa, Kew, 1994).
Ce qu'il faut vérifier avant d'acheter des feuilles au marché
Quatre repères tiennent l'ensemble :
- La plante n'a aucun statut réglementaire, aucune autorisation de mise sur le marché, aucune posologie officielle dans aucun pays de la zone.
- Le chiffre de 70 % vient d'une série de cas non contrôlée (série de cas camerounaise, 328 patients, 2026), et ce niveau de preuve interdit d'en faire un argument thérapeutique.
- La décoction se prend en cure courte, à distance des médicaments, avec une auto-surveillance glycémique les premiers jours.
- Aucun traitement prescrit ne s'arrête au profit d'une tisane, quelle que soit la plante.
Ce qui manque à cette plante, ce n'est pas l'usage. C'est un essai randomisé de 200 patients sur douze semaines, avec hémoglobine glyquée et automesure tensionnelle. Tant qu'il n'existe pas, le djekaladjo reste un accompagnement traditionnel intéressant et non documenté cliniquement.
D'autres plantes de la zone ont déjà franchi cette étape : la tisane de feuille de jamblon suivie au Togo et les alternatives africaines à la berbérine reposent sur des dossiers plus solides (Mohammed et al., Planta Medica, 2014).

