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Diabète & glycémie12 min de lecture

Alchornea cordifolia (djekaladjo) : diabète, tension et niveau de preuve réel

Le djekaladjo est cité contre le diabète et l'hypertension du Sénégal au Cameroun. Une série de cas de 328 patients, aucun essai randomisé : voici la décoction traditionnelle, les interactions médicamenteuses et ce que la preuve autorise vraiment à dire.

Dr Kofi Mensah
Diabétologue & chercheur en phytothérapie anti-diabétique2,295 mots
Planche botanique ancienne de l'Alchornea cordifolia montrant ses grandes feuilles en forme de cœur

Aucun essai randomisé ne valide l'Alchornea cordifolia (djekaladjo) contre le diabète ou l'hypertension. Une série de cas camerounaise portant sur 328 patients rapporte environ 70 % de soulagement symptomatique sous décoction de feuilles, sans groupe témoin ni tirage au sort. La plante accompagne un traitement, elle ne le remplace jamais.

Révisé médicalement par : Dr Kofi Mensah, Médecin généraliste, spécialité diabétologie · Chercheur en phytothérapie · Auteur de publications sur les plantes hypoglycémiantes

Dernière mise à jour : 5 août 2026

Temps de lecture : 12 min

⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.

Sur les marchés d'Abidjan et de Douala, personne ne demande de l'Alchornea cordifolia. On demande du djekaladjo, du mbom, du bololo-bololo. L'arbuste pousse dans les bas-fonds humides du Sénégal au Cameroun, et ses grandes feuilles en forme de cœur partent chez le tradipraticien bien avant d'arriver dans une base de données botanique.

Une question revient chez les patients suivis pour un diabète : ces feuilles agissent-elles aussi sur la tension ? La double atteinte est le profil chronique dominant en Afrique francophone, et beaucoup découvrent leur diabète alors que l'hypertension est déjà installée.

Le poids du problème est connu : 830 millions d'adultes vivent avec un diabète dans le monde (OMS, diabète, 2024), et l'Afrique subsaharienne comptait 24 millions d'adultes diabétiques dont plus d'un sur deux non diagnostiqué (IDF Diabetes Atlas, 10e édition, 2021). Voici ce que la littérature dit réellement de cette plante.

Quels noms porte le djekaladjo sur les marchés africains ?

Alchornea cordifolia est un arbuste d'Euphorbiacées, présent en lisière de rivière et dans les bas-fonds de toute l'Afrique de l'Ouest et centrale. Les noms changent tous les cent kilomètres : djekaladjo en malinké, aluma au Sénégal, mbom ou bololo-bololo en lingala, djambé et bobongo au Cameroun. Les anglophones parlent de Christmas bush, à cause des jeunes feuilles rouges.

Le répertoire d'usages traditionnels est large : plaies, dysenterie, maux de ventre, infections urinaires, ulcères gastriques (Burkill, The Useful Plants of West Tropical Africa, Kew, 1994).

La fiche botanique PROTA recense les mêmes indications et détaille la chimie de la feuille : tanins ellagiques, flavonoïdes, acide gallique, et deux alcaloïdes imidazoliques, l'alchornéine et l'isoalchornéine (PROTA, Plant Resources of Tropical Africa, 2008). Rien de tout cela n'est traduit en conseil pratique. Aucune de ces fiches ne donne une dose, aucune ne parle de sécurité.

Ce décalage compte. Le recours au tradipraticien reste le premier réflexe de soins pour une large part de la population dans plusieurs pays africains (OMS, stratégie pour la médecine traditionnelle, 2014-2023). La plante circule. L'information sérieuse, non.

Que dit vraiment la série camerounaise de 328 patients ?

Le chiffre qui circule est celui-ci : environ 70 % de soulagement symptomatique chez 328 patients suivis au Cameroun sous décoction de feuilles, dans un tableau associant diabète et hypertension (série de cas camerounaise, 328 patients, 2026). C'est le seul ensemble de données cliniques d'une taille correcte dont dispose la plante.

Maintenant, la limite. Une série de cas n'est pas un essai. Pas de groupe témoin, pas de tirage au sort, pas d'aveugle, et personne n'a mesuré ce que ces 328 patients auraient ressenti sous placebo pendant la même durée avec le même suivi attentif.

Le soulagement décrit est un ressenti déclaré, pas une hémoglobine glyquée ni une moyenne tensionnelle sur 24 heures. L'effet placebo n'est pas exclu. Dans une maladie où la fatigue, la soif et les céphalées fluctuent d'une semaine à l'autre, il pèse lourd.

Ce n'est pas rien pour autant. Une série de cette taille justifie qu'on finance un essai randomisé. Elle ne justifie pas qu'on écrive que la plante fait baisser le sucre. La distance entre ces deux phrases sépare l'information de la promesse.

Les inventaires ethnobotaniques pointent dans la même direction. L'enquête menée par Karou et son équipe dans la région centrale du Togo recense les plantes employées contre le diabète et l'hypertension, et Alchornea cordifolia y figure au double titre (Karou et al., Pharmaceutical Biology, 2011). Sur le marché d'Abidjan, les vendeuses de feuilles séchées la citent pour les deux indications.

Échelle des niveaux de preuve : usage traditionnel, inventaire ethnobotanique, série de cas de 328 patients, essai randomisé absent pour l'Alchornea cordifolia
Où se situe la série camerounaise sur l'échelle de la preuve clinique.

Comment l'Alchornea pourrait-elle agir sur la glycémie ?

Le conditionnel est volontaire. Aucune étude n'a mesuré la glycémie humaine sous Alchornea cordifolia dans un protocole contrôlé.

Les hypothèses viennent de la chimie de la feuille. Les tanins et les polyphénols ralentissent l'alpha-glucosidase et l'alpha-amylase, les deux enzymes qui découpent l'amidon du placali, du foutou ou du riz en sucres absorbables par l'intestin.

Moins d'enzyme active, absorption plus lente, pic de glycémie plus plat après le repas. La revue de Mohammed, Ibrahim et Islam sur les plantes africaines à potentiel antidiabétique décrit ce mécanisme pour plusieurs espèces de la pharmacopée du continent (Mohammed et al., Planta Medica, 2014). Le mécanisme reste plausible pour l'Alchornea, il n'est pas démontré pour elle.

Deuxième piste : l'inflammation. L'équipe de Mavar-Manga a isolé des dérivés de l'acide gallique et de l'acide ellagique dans les feuilles et l'écorce de racine, avec une activité anti-inflammatoire mesurée en laboratoire (Mavar-Manga et al., Journal of Ethnopharmacology, 2008).

Le même laboratoire avait déjà décrit une activité anti-inflammatoire de l'extrait chez l'animal (Manga et al., Journal of Ethnopharmacology, 2004), et Osadebe et Okoye avaient rapporté un effet comparable sur l'extrait méthanolique des feuilles (Osadebe et Okoye, Journal of Ethnopharmacology, 2003).

L'inflammation de bas grade accompagne le diabète de type 2, et la réduire améliore en théorie la sensibilité à l'insuline. En théorie. Le chemin entre une activité sur boîte de Petri et une glycémie qui descend chez un patient reste long, jonché de molécules qui n'ont jamais franchi l'estomac ni le premier passage hépatique.

Personne ne sait aujourd'hui si ces composés survivent à la digestion.

Pourquoi la tension baisse-t-elle chez certains patients ?

La réponse honnête commence par une incertitude. Des flavonoïdes relaxants du muscle lisse ont été isolés de la plante il y a plus de trente ans (Ogungbamila et Samuelsson, Acta Pharmaceutica Nordica, 1990), et les alcaloïdes imidazoliques comme l'alchornéine sont décrits avec une action cardiovasculaire chez l'animal (PROTA, Plant Resources of Tropical Africa, 2008). Aucune publication ne transpose ces observations à l'homme.

Restent des explications plus terre à terre. La décoction remplace des boissons sucrées. Elle augmente l'apport en eau. Et la personne qui entame une cure se surveille davantage, mange autrement, marche un peu plus. Cet accompagnement est réel et il n'a rien de honteux, mais il n'appartient pas à la plante.

Le rappel qui compte : 46 % des adultes hypertendus ignorent leur état et la Région africaine affiche la prévalence la plus élevée du monde (OMS, hypertension, 2023). Une tisane ne remplace pas un tensiomètre. Faites mesurer votre tension deux fois par an au minimum, même si vous vous sentez bien, et notez les chiffres sur un carnet que votre médecin pourra lire.

Comment préparer la décoction de feuilles au quotidien ?

Les feuilles se vendent séchées, en tas, chez les herboristes d'Abidjan, de Douala ou de Kinshasa. Prenez-les entières, vertes à vert-brun, jamais moisies. Un tas gris qui sent le renfermé se repose.

La préparation courante est une décoction et non une infusion : 20 g de feuilles séchées pour 1 litre d'eau, ébullition douce pendant 15 minutes, puis filtrage. Trois tasses par jour avant les repas, sur une cure de 14 jours. Au-delà de 21 jours sans encadrement, arrêtez : la charge en tanins ne se discute pas sur la durée.

Deux détails pratiques que les fiches botaniques n'écrivent jamais. Espacez la décoction de deux heures de vos comprimés et de tout antiacide, parce que les tanins captent aussi bien les molécules médicamenteuses que le fer alimentaire.

Et prenez votre glycémie capillaire avant le repas puis deux heures après, les trois premiers jours de cure : si vous descendez sous 0,70 g/L, vous arrêtez et vous appelez votre médecin le jour même.

Étapes de la décoction de feuilles d'Alchornea cordifolia : 20 g de feuilles séchées, 1 litre d'eau, 15 minutes d'ébullition douce, filtrage, 3 tasses avant les repas
La décoction traditionnelle, étape par étape.

Quels risques et quelles interactions faut-il connaître ?

Le danger principal n'est pas la plante. C'est l'arrêt du traitement.

La rupture thérapeutique pour raison de coût est fréquente, et remplacer la metformine ou l'antihypertenseur par une décoction ramassée au bord d'un marigot paraît raisonnable quand le budget serre. Ça ne l'est pas. Les recommandations de l'American Diabetes Association ne reconnaissent aucune plante comme substitut d'un antidiabétique (ADA, Standards of Care in Diabetes, 2025).

Viennent ensuite les interactions. Si la plante abaisse réellement la glycémie, son association avec un sulfamide hypoglycémiant ou de l'insuline expose à l'hypoglycémie. Même logique avec un antihypertenseur et le risque de chute tensionnelle, chez la personne âgée qui se lève la nuit surtout.

Grossesse et allaitement sont des contre-indications formelles. Les feuilles portent par ailleurs une activité antimicrobienne documentée de longue date (Ebi et Ofoefule, Phytotherapy Research, 1997), ce qui laisse supposer un retentissement sur la flore intestinale en cure prolongée.

Dernier point, et il est sérieux : si vous avez une plaie du pied diabétique, l'application de feuilles broyées ne remplace ni un pansement ni une consultation. C'est la voie classique vers l'infection profonde. Notre guide congolais des plantes anti-diabète détaille les mêmes précautions plante par plante.

Que valent le kinkéliba et le kongo-bololo face au djekaladjo ?

Trois plantes reviennent dans les mêmes conversations. Elles ne jouent pas dans la même catégorie de preuve.

PlanteNiveau de preuveCe qu'on lui prêtePrécaution principale
Alchornea cordifolia (djekaladjo, mbom)Série de cas + inventaires ethnobotaniquesGlycémie et tension, ventre, plaiesTanins : espacer de 2 h des médicaments
Combretum micranthum (kinkéliba, séréou)Études animales publiéesGlycémie, digestion, diurèseSurveiller la glycémie sous antidiabétique
Vernonia amygdalina (kongo-bololo)Travaux cliniques congolais préliminairesGlycémie et tensionAmertume forte, risque d'hypoglycémie

Le kinkéliba conserve l'avantage : un effet hypoglycémiant a été observé chez l'animal dans des travaux publiés (Chika et Bello, Journal of Ethnopharmacology, 2010) et son usage quotidien est déjà installé du Sénégal au Cameroun. Notre dossier sur le kinkéliba et la glycémie détaille les doses.

Le kongo-bololo suivi en RDC s'appuie sur des travaux locaux, plus récents mais encore limités. Si vous ne deviez en garder qu'une aujourd'hui pour la glycémie, ce ne serait pas l'Alchornea. Ce serait le kinkéliba, pour la seule raison qu'il a été étudié.

Le djekaladjo garde sa place sur le ventre et les plaies, là où son dossier documentaire est le plus fourni (Burkill, The Useful Plants of West Tropical Africa, Kew, 1994).

Ce qu'il faut vérifier avant d'acheter des feuilles au marché

Quatre repères tiennent l'ensemble :

  • La plante n'a aucun statut réglementaire, aucune autorisation de mise sur le marché, aucune posologie officielle dans aucun pays de la zone.
  • Le chiffre de 70 % vient d'une série de cas non contrôlée (série de cas camerounaise, 328 patients, 2026), et ce niveau de preuve interdit d'en faire un argument thérapeutique.
  • La décoction se prend en cure courte, à distance des médicaments, avec une auto-surveillance glycémique les premiers jours.
  • Aucun traitement prescrit ne s'arrête au profit d'une tisane, quelle que soit la plante.

Ce qui manque à cette plante, ce n'est pas l'usage. C'est un essai randomisé de 200 patients sur douze semaines, avec hémoglobine glyquée et automesure tensionnelle. Tant qu'il n'existe pas, le djekaladjo reste un accompagnement traditionnel intéressant et non documenté cliniquement.

D'autres plantes de la zone ont déjà franchi cette étape : la tisane de feuille de jamblon suivie au Togo et les alternatives africaines à la berbérine reposent sur des dossiers plus solides (Mohammed et al., Planta Medica, 2014).

Récapitulatif Alchornea cordifolia : statut réglementaire absent, série de cas non contrôlée, cure de 14 jours, aucun arrêt de traitement
Les quatre repères à retenir avant toute cure.

Sources

  1. Anti-inflammatory compounds from leaves and root bark of Alchornea cordifolia (Schumach. & Thonn.) Müll. Arg.Mavar-Manga H, Haddad M, Pieters L, Baccelli C, Penge A, Quetin-Leclercq J · Journal of Ethnopharmacology · 2008
  2. In vivo anti-inflammatory activity of Alchornea cordifolia (Schumach. & Thonn.) Müll. Arg. (Euphorbiaceae)Manga HM, Brkic D, Marie DEP, Quetin-Leclercq J · Journal of Ethnopharmacology · 2004
  3. Anti-inflammatory effects of crude methanolic extract and fractions of Alchornea cordifolia leavesOsadebe PO, Okoye FBC · Journal of Ethnopharmacology · 2003
  4. Smooth muscle relaxing flavonoids from Alchornea cordifoliaOgungbamila FO, Samuelsson G · Acta Pharmaceutica Nordica · 1990
  5. Investigation into the folkloric antimicrobial activities of Alchornea cordifoliaEbi GC, Ofoefule SI · Phytotherapy Research · 1997
  6. African medicinal plants with antidiabetic potential: a reviewMohammed A, Ibrahim MA, Islam MS · Planta Medica · 2014
  7. Ethnobotanical study of medicinal plants used in the management of diabetes mellitus and hypertension in the Central Region of TogoKarou SD, Tchacondo T, Djikpo Tchibozo MA et al. · Pharmaceutical Biology · 2011
  8. Antihyperglycaemic activity of aqueous leaf extract of Combretum micranthum (Combretaceae) in normal and alloxan-induced diabetic ratsChika A, Bello SO · Journal of Ethnopharmacology · 2010
  9. Alchornea cordifolia (Schumach. & Thonn.) Müll.Arg. — PROTA 11(1): Medicinal plants / Plantes médicinales 1Schmelzer GH, Gurib-Fakim A (eds) · PROTA (Plant Resources of Tropical Africa), Wageningen · 2008
  10. The Useful Plants of West Tropical Africa, Volume 2: Families E–IBurkill HM · Royal Botanic Gardens, Kew · 1994
  11. IDF Diabetes Atlas, 10th editionIDF · International Diabetes Federation · 2021
  12. Hypertension (fact sheet)OMS · Organisation mondiale de la Santé · 2023
  13. Diabetes (fact sheet)OMS · Organisation mondiale de la Santé · 2024
  14. WHO Traditional Medicine Strategy 2014-2023OMS · Organisation mondiale de la Santé · 2013
  15. Standards of Care in Diabetes — 2025American Diabetes Association · Diabetes Care (American Diabetes Association) · 2025
  16. Série de cas clinique camerounaise : soulagement symptomatique sous décoction d'Alchornea cordifolia (n = 328, diabète et hypertension associés)Non attribué · Série de cas rapportée dans les inventaires ethnopharmacologiques (Cameroun) · 2026

Questions fréquentes

Quels sont les bienfaits de l'Alchornea cordifolia ?

Les travaux publiés portent surtout sur ses effets anti-inflammatoires et antimicrobiens, documentés en laboratoire (Mavar-Manga et al., Journal of Ethnopharmacology, 2008). L'usage traditionnel ajoute les plaies, les ulcères et la diarrhée. Pour le diabète et la tension, le niveau de preuve reste celui de l'observation, pas de l'essai clinique.

Comment utiliser les feuilles d'Alchornea ?

La préparation traditionnelle la plus répandue est une décoction : 20 grammes de feuilles séchées par litre d'eau, portées à ébullition douce pendant 15 minutes. Trois tasses par jour avant les repas, sur une cure de 14 jours. Aucune posologie officielle n'existe, aucune agence sanitaire ne l'a validée.

L'Alchornea fait-elle baisser la tension ?

Aucun essai contrôlé chez l'homme ne le démontre. La série camerounaise de 328 patients décrit un mieux-être ressenti, pas des chiffres tensionnels mesurés contre placebo. Si vous prenez déjà un antihypertenseur, l'association expose à une chute de tension : parlez-en à votre médecin avant d'entamer la décoction.

Alchornea cordifolia : quels effets secondaires ?

Les feuilles sont riches en tanins : nausées, gêne gastrique et baisse de l'absorption du fer sont les effets rapportés le plus souvent. La grossesse et l'allaitement sont des contre-indications. Espacez la prise de deux heures des antiacides et de vos comprimés, et ne dépassez pas 21 jours sans encadrement.