Au Burkina Faso, l'inventaire ethnobotanique LECAMES de l'Université Joseph Ki-Zerbo a recensé 49 plantes médicinales, dont 26,5% utilisées contre la tension. Le foléré (bissap), le kinkéliba et le Rauwolfia dominent la pratique des tradipraticiens. Ces plantes accompagnent un traitement prescrit ; elles ne le remplacent jamais.
Révisé médicalement par : Dr Aminata Diallo, Phytothérapie clinique (Université Cheikh Anta Diop) · Spécialiste tension artérielle · Médecine traditionnelle africaine
Dernière mise à jour : 20 juin 2026
⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antihypertenseurs, anticoagulants). Détails en fin d'article.
Au Burkina Faso, près d'un adulte sur trois vit avec une tension trop haute. La prévalence atteint 29 à 31% selon l'enquête nationale STEPS (Ministère de la Santé du Burkina Faso / OMS, STEPS 2013), le chiffre le plus élevé du Sahel francophone. Et avant la pharmacie, 85% des Burkinabè poussent d'abord la porte d'un tradipraticien.
Ce réflexe n'est pas un folklore. Les plantes que nos anciens utilisent depuis des générations ont fait l'objet d'un travail scientifique sérieux à Ouagadougou. L'inventaire LECAMES, mené par l'Université Joseph Ki-Zerbo, a recensé 49 plantes médicinales burkinabè : 26,5% d'entre elles servent à faire baisser la tension. C'est cette liste, croisée avec les essais cliniques disponibles, qui structure le classement ci-dessous.

Pourquoi le Burkina Faso a-t-il la tension la plus élevée du Sahel ?
Le sel et le cube. Voilà le moteur que personne ne nomme. Dans la sauce gombo, dans le tô, dans presque chaque plat, le cube Maggi ou Jumbo concentre une dose de sodium qui pousse la tension vers le haut, jour après jour. C'est un facteur burkinabè précis, largement sous-traité dans les consultations.
À cela s'ajoute un accès inégal au traitement. Beaucoup d'hypertendus à Ouagadougou ou Bobo-Dioulasso interrompent leur traitement faute de moyens, puis se tournent vers les plantes du marché. Le commerce annuel de plantes médicinales pèse environ 5,37 millions de dollars dans le pays (données de filière, IRSS Ouagadougou). La phytothérapie n'est donc pas marginale : c'est la première ligne de soin pour la majorité.
Le rôle de cet article est de clarifier. Quelles plantes ont une base scientifique réelle ? Lesquelles exigent une prudence absolue ? Et comment les utiliser sans abandonner un traitement qui sauve des vies ?
Quel est le tableau comparatif des plantes antihypertensives burkinabè ?
Voici la synthèse pratique. Chaque plante figure dans l'usage traditionnel recensé par LECAMES ; le niveau de preuve clinique varie fortement de l'une à l'autre.
| Plante (nom local) | Usage contre la tension | Préparation traditionnelle |
|---|---|---|
| Foléré / bissap (Hibiscus sabdariffa) | Effet antihypertenseur documenté en essai randomisé | Infusion des calices séchés, sans sucre, 2 fois/jour |
| Kinkéliba / Dibilèn (Combretum micranthum) | Soutien cardio-métabolique, diurétique léger | Décoction des feuilles, infusion post-repas |
| Rauwolfia (Rauwolfia vomitoria) | Source historique de la réserpine, puissant | Décoction de racine, jamais en auto-médication |
| Raisinier (Lannea spp.) | Usage traditionnel recensé, preuve limitée | Décoction d'écorces ou de feuilles |
| Ail (Allium sativum) | Effet vasodilatateur modéré (allicine) | Cru, écrasé, ajouté aux sauces |
26,5% — c'est la part des 49 plantes médicinales de l'inventaire LECAMES (Université Joseph Ki-Zerbo, Ouagadougou) qui sont employées spécifiquement contre l'hypertension. Aucun autre groupe d'indications n'occupe une place aussi visible dans la pharmacopée burkinabè recensée.

Pourquoi le foléré (bissap) arrive-t-il en tête ?
C'est le remède que vous buvez déjà. Le foléré (Hibiscus sabdariffa), appelé Dah en dioula dans l'ouest du pays, se boit dans tous les foyers. Au Mali voisin, le protocole bissap contre l'hypertension repose sur les mêmes calices. Sa force, ici, c'est la science qui l'accompagne.
Un essai clinique randomisé publié dans le Journal of Ethnopharmacology (Herrera-Arellano et al., 2007) a comparé l'extrait d'hibiscus au captopril, un antihypertenseur de référence. Les deux ont produit une baisse de tension comparable chez des patients en hypertension légère à modérée. Une étude antérieure du même groupe (Herrera-Arellano et al., Phytomedicine, 2004) avait déjà mesuré une chute systolique d'environ 11%.
Une méta-analyse parue dans le Journal of Hypertension (Serban et al., 2015, n=390) a ensuite confirmé une réduction moyenne de la pression systolique et diastolique avec l'Hibiscus sabdariffa. Les anthocyanes des calices agissent comme diurétique léger et soutiennent la souplesse des vaisseaux. Le détail des trois études et de la posologie validée du bissap complète ces données.
En pratique : deux infusions par jour, calices séchés, sans sucre. Le sucre annule l'intérêt. Attention si vous prenez déjà un antihypertenseur, l'effet peut s'additionner et faire chuter la tension trop bas. Parlez-en à votre médecin avant d'installer la cure.
Le kinkéliba est-il vraiment utile pour la tension ?
Le kinkéliba (Combretum micranthum), le Dibilèn des marchés de l'ouest, est l'infusion post-repas nationale. Son intérêt cardio-métabolique a été étudié par l'IRD : un article paru dans Phytomedicine (Welch et al., 2012) décrit ses effets diurétiques et hypoglycémiants, deux mécanismes indirects sur la tension.
Concrètement, éliminer l'eau en excès et mieux gérer la glycémie allègent la charge sur le cœur. Une revue de Combretum micranthum (Journal of Ethnopharmacology, 2018) confirme l'ancrage de ces usages en Afrique de l'Ouest.
Son action sur la tension reste plus modeste que celle du foléré. Le kinkéliba se positionne comme un soutien quotidien, un geste de fond, pas comme un traitement de choc. Décoction de feuilles après le repas, une à deux fois par jour. C'est aussi une infusion digestive nationale, ce qui aide à l'adopter sans changer les habitudes. Le cas sénégalais du kinkeliba-bissap et de la tension documente la même association.
Le Rauwolfia est-il dangereux contre l'hypertension ?
Oui, et c'est important de le dire clairement. Le Rauwolfia vomitoria est la source botanique de la réserpine, un antihypertenseur de synthèse utilisé dès les années 1950. Sa puissance est réelle. C'est précisément ce qui le rend risqué en auto-médication.
Ses alcaloïdes peuvent provoquer une chute de tension brutale, une dépression, une bradycardie, et interagir avec de nombreux médicaments. La réserpine isolée du genre Rauwolfia fut l'un des premiers antihypertenseurs modernes (Vakil, British Heart Journal, 1949). Recensé par les tradithérapeutes burkinabè, il ne doit jamais être pris sans encadrement. Si un tradipraticien vous propose une décoction de racine de Rauwolfia, exigez de connaître la dose et signalez tout traitement en cours. La prudence n'est pas une option ici.
Que valent le Lannea et l'ail dans la pratique ?
Le raisinier (Lannea spp.) figure dans l'inventaire ethnobotanique burkinabè, en décoction d'écorces ou de feuilles. Son usage traditionnel est réel, mais les données cliniques restent rares : on manque d'essais pour quantifier son effet. À considérer comme un complément traditionnel, pas comme une preuve établie.
L'ail (Allium sativum), lui, est universel et déjà dans toutes les cuisines. Son allicine a un effet vasodilatateur modéré, confirmé par une méta-analyse parue dans le Journal of Nutrition (Ried et al., 2016) qui a noté une baisse moyenne de la tension systolique chez les hypertendus supplémentés. Un essai contrôlé australien (Ried et al., Maturitas, 2010) avait déjà chiffré une baisse systolique d'environ 8 mmHg avec un extrait standardisé.
L'avantage de l'ail : il est gratuit, présent dans chaque sauce, sans changement d'habitude. La précaution : si vous prenez un anticoagulant, l'ail majore le risque de saignement. Le guide complet de l'ail et de la tension détaille le mécanisme de l'allicine. Cru et écrasé, son allicine est plus active que cuit longtemps.

Comment intégrer ces plantes sans abandonner son traitement ?
La règle d'or tient en une phrase. Ces plantes accompagnent ; elles ne remplacent pas. Arrêter un antihypertenseur prescrit pour le remplacer par une tisane est l'erreur qui envoie des patients à l'hôpital chaque année à Ouagadougou.
Le protocole raisonnable combine trois gestes. D'abord, réduire le cube et le sel dans les sauces : c'est le geste le plus puissant, et gratuit. L'OMS recommande de rester sous 5 g de sel par jour (OMS, 2023), une limite que la sauce burkinabè dépasse largement.
Ensuite, installer le foléré sans sucre comme boisson quotidienne et le kinkéliba après les repas. Enfin, garder son traitement et surveiller sa tension, idéalement avec un tensiomètre, pour ajuster avec le médecin. Beaucoup de patients voient leur tension se stabiliser en combinant ces mécanismes sur quelques semaines.
Et pour le suivi ? La tension se mesure, elle ne se devine pas. Si votre médecin réduit la dose parce que vos chiffres s'améliorent, c'est la preuve que l'accompagnement fonctionne. C'est lui qui pilote, pas la rumeur du marché.
Où trouver ces plantes à Ouagadougou et à quel prix ?
Le foléré, le kinkéliba et l'ail se trouvent sur tous les marchés de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, à prix modeste. Le foléré et le kinkéliba se vendent au tas, séchés ; comptez quelques centaines de francs CFA pour une réserve de plusieurs semaines. Le paiement se fait en cash, par Orange Money ou Moov Money à la livraison.
L'OMS rappelle que près de 80% de la population africaine recourt à la médecine traditionnelle (OMS, Stratégie 2014-2023), un usage que le Burkina Faso illustre nettement.
Une règle d'achat simple protège la qualité. Préférez des calices et des feuilles propres, sans moisissure ni poussière de stockage, et conservez-les au sec. Pour le Rauwolfia et le Lannea, n'achetez rien sans passer par un tradipraticien identifié : la racine mal dosée est dangereuse, et la confusion d'espèces est fréquente sur les étals.
Les enquêtes ethnobotaniques ouest-africaines signalent ce risque d'adultération (Nadembega et al., Journal of Ethnopharmacology, 2011, étude conduite au Burkina Faso). La qualité de la plante compte autant que la plante elle-même.
Un dernier point burkinabè. Le foléré est déjà bu chaque jour dans les foyers ; le transformer en geste-santé ne coûte rien de plus, il suffit de le boire sans sucre. C'est l'avantage rare d'une plante locale : pas de produit à importer, pas de complément cher en pharmacie, juste un usage corrigé de ce qui est déjà là.
