En Côte d'Ivoire, la décoction de feuilles d'anacardier se boit contre le sucre. Chez le rat diabétique, un extrait foliaire a réduit la glycémie à jeun de 19 % en trente jours (Jaiswal et al., 2017, J Tradit Complement Med), mais aucun essai humain ne l'a testée. Avec un antidiabétique, elle expose à l'hypoglycémie.
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L'anacardier pousse partout dans le nord et le centre de la Côte d'Ivoire, et le pays compte parmi les tout premiers producteurs mondiaux de noix de cajou. Ses feuilles ne coûtent rien. Beaucoup de familles les font bouillir quand la glycémie monte, souvent sur le conseil d'un parent ou d'un tradipraticien.
Cet usage mérite d'être pris au sérieux, et ses limites aussi. Voici ce que les études disent de la feuille, ce qu'elles disent de la noix et du jus de pomme de cajou, qui n'ont pas du tout le même effet sur le sucre, et la précaution à ne jamais oublier si vous prenez déjà un traitement.
Pourquoi l'anacardier est-il un remède contre le sucre en Afrique de l'Ouest ?
Parce qu'il est là, tout simplement, et que son usage se transmet depuis des générations. Dans une enquête menée sur la côte guinéenne auprès de 112 tradipraticiens, herboristes et patients, l'anacardier figurait parmi les plantes les plus citées pour le diabète, et la décoction restait le mode de préparation le plus courant (Diallo et al., 2012, J Ethnopharmacol).
Au Nigeria, des guérisseurs du sud-est l'utilisent aussi contre le diabète. Testé en laboratoire, l'extrait de la plante s'est montré riche en polyphénols et en flavonoïdes, et il a freiné l'alpha-amylase, une enzyme qui découpe l'amidon en sucre (Oyedemi et al., 2017, ScientificWorldJournal). Ce savoir est donc partagé dans toute la sous-région, bien au-delà des villages ivoiriens.
Une précision change beaucoup de choses : en Guinée, les soignants utilisaient surtout l'écorce du tronc, alors qu'en Côte d'Ivoire on parle le plus souvent de la feuille. Les deux parties ne contiennent pas exactement les mêmes substances.
Que disent les études sur la feuille d'anacardier et la glycémie ?
Les résultats encourageants viennent tous de l'animal. Chez des rats rendus diabétiques, un extrait alcoolique de feuilles donné à 100 mg par kilo a fait baisser la glycémie à jeun de 8 % au quinzième jour et de 19 % au trentième, avec un effet comparable à celui de la pioglitazone, un antidiabétique (Jaiswal et al., 2017, J Tradit Complement Med).
Une équipe nigériane a obtenu un résultat proche en dix-sept jours, avec la metformine comme comparaison : la glycémie baissait, les défenses antioxydantes remontaient et le pancréas des rats fonctionnait mieux (Ukwenya et al., 2023, J Diabetes Metab Disord).
Le tableau n'est pourtant pas uniforme. Sur des cellules musculaires, l'extrait de la graine et son acide anacardique ont fait entrer davantage de glucose, alors que les extraits de feuilles, d'écorce et de pomme sont restés sans effet dans ce test précis (Tedong et al., 2010, Mol Nutr Food Res). La feuille agirait donc par d'autres voies, ou plus faiblement.
Le point essentiel est simple : aucun essai clinique publié n'a encore donné la décoction de feuilles à des personnes diabétiques en mesurant leur glycémie. Un rat qui reçoit un extrait concentré par sonde n'est pas une grand-mère qui boit une tasse le matin. On ne connaît ni la quantité utile chez l'humain, ni l'effet d'un usage sur plusieurs mois.
Quelles différences entre la feuille, la noix et la pomme de cajou ?
L'arbre donne trois produits que l'on confond souvent, et leur effet sur le sucre n'a rien à voir. La pomme de cajou représente environ 90 % du fruit, la noix seulement 10 % (Gutiérrez-Paz et al., 2024, Foods).
| Partie | Comment on la consomme en CI | Effet sur la glycémie | Niveau de preuve |
|---|---|---|---|
| Feuille | Décoction familiale ou de tradipraticien | Baisse observée chez le rat | Animal seulement |
| Noix (amande) | Grillée, en en-cas | Neutre chez les diabétiques | Essais chez l'humain |
| Pomme de cajou | Fruit frais, jus en bouteille | Apporte du sucre, surtout en jus | Composition mesurée, extraits testés chez la souris |
Un quatrième produit ne doit jamais entrer dans une tisane : le baume huileux de la coque. Il est caustique et brûle la peau. Ses acides anacardiques freinent fortement l'alpha-glucosidase en éprouvette, plus que l'acarbose (Silva et al., 2024, Foods), mais cela reste une piste pour fabriquer des médicaments, pas un remède à préparer chez soi.

Combien de noix de cajou un diabétique peut-il manger ?
La noix est la partie la mieux étudiée chez l'humain, et les résultats rassurent. En Inde, 300 adultes atteints de diabète de type 2 ont mangé 30 g de noix de cajou par jour pendant douze semaines. Leur glycémie et leur poids n'ont pas bougé, leur tension systolique a baissé de 4,9 mmHg contre 1,7 mmHg sans noix, et leur bon cholestérol a légèrement monté (Mohan et al., 2018, J Nutr).
En Iran, 50 patients diabétiques qui tiraient 10 % de leurs calories des noix de cajou ont vu leur insuline baisser en huit semaines (Darvish Damavandi et al., 2019, Int J Endocrinol Metab). Une méta-analyse de six essais et 521 participants ne trouve, en revanche, aucun effet sur la glycémie à jeun ni sur le poids (Jamshidi et al., 2021, Diabetes Metab Syndr).
La conclusion pratique : la noix ne soigne pas le diabète, mais elle ne le dérange pas non plus. Une poignée de 30 g par jour, environ quinze à dix-huit noix, reste un bon en-cas. Le piège est ailleurs : la noix frite dans l'huile, très salée ou enrobée de sucre caramélisé, comme on en vend au bord des routes.
Pourquoi le jus de pomme de cajou demande-t-il de la prudence ?
La pomme de cajou contient plus de 80 % d'eau et environ 10 % de sucres (Gutiérrez-Paz et al., 2024, Foods). Mangée fraîche, c'est un fruit comme un autre. Pressée en jus, elle perd ses fibres et le sucre passe vite dans le sang, d'autant que beaucoup de jus vendus au marché sont sucrés en plus.
Chez la souris nourrie gras, un extrait hydroalcoolique de pomme de cajou a réduit la glycémie et la résistance à l'insuline (Beejmohun et al., 2015, J Nutr Sci). Il s'agit d'un extrait standardisé, pas du jus sucré : ce résultat ne fait pas du jus une boisson pour diabétique.
Attention aussi aux reins. Un homme diabétique greffé du rein a fait une atteinte rénale grave après avoir mangé de grandes quantités de pomme de cajou pendant un mois, à cause de son excès de vitamine C (Moyses-Neto et al., 2018, BMC Nephrol). Si vos reins sont déjà fragiles, restez sur de petites quantités.
Comment préparer la décoction de feuilles si vous voulez l'essayer ?
Aucune dose n'a été étudiée chez l'humain, nous ne pouvons donc pas vous en recommander une. Si vous choisissez de suivre l'usage familial, avec l'accord de votre médecin, ces règles limitent les risques :
- Prenez des feuilles propres, loin des routes et des champs traités, et lavez-les bien.
- Faites une préparation légère, et commencez par une seule tasse par jour.
- Mesurez votre glycémie plus souvent pendant les deux premières semaines, au glucomètre ou au centre de santé.
- Arrêtez au moindre malaise, nausée ou douleur d'estomac : les feuilles sont riches en tanins.
- Ne gardez jamais une décoction plusieurs jours : refaites-la chaque matin.
Côté sécurité, un extrait aqueux de feuilles donné en une seule forte dose à des souris n'a provoqué aucun signe de toxicité en quatorze jours. Les auteurs rappellent que la toxicité d'un usage prolongé n'a pas encore été étudiée (Bento et al., 2026, Chem Biodivers).
Quels risques avec les antidiabétiques oraux et l'insuline ?
C'est le danger le plus concret. Si la feuille abaisse réellement la glycémie, son effet s'ajoute à celui de votre médicament. Avec le glibenclamide, le gliclazide ou l'insuline, qui font eux-mêmes baisser le sucre, l'addition peut conduire à l'hypoglycémie : tremblements, sueurs froides, faim brutale, confusion.
Ne remplacez jamais votre traitement par la tisane, même si votre chiffre du matin s'améliore. Le diabète de type 2 évolue sans bruit, et une glycémie trop haute pendant des mois abîme les yeux, les reins et les pieds avant de donner des signes.

Qui doit éviter la décoction d'anacardier ?
Faute de données, plusieurs personnes doivent s'en abstenir : la femme enceinte ou qui allaite, l'enfant, la personne atteinte d'une maladie des reins ou du foie, et celle qui sait réagir à la mangue ou au cajou, deux plantes de la même famille. Si vous prenez un anticoagulant, demandez aussi l'avis de votre pharmacien.
Comment situer l'anacardier face au kinkéliba et au corossol ?
Le kinkéliba reste la tisane la plus associée à la glycémie en Côte d'Ivoire ; nous détaillons ce qu'on en sait dans notre dossier kinkéliba et glycémie. Les feuilles de corossol sont très populaires aussi, mais leur effet repose surtout sur l'animal et elles posent une question de sécurité nerveuse : voyez notre article corossol et diabète. Pour une vue d'ensemble des plantes de la sous-région, consultez nos réponses sur les plantes médicinales pour le diabète en Afrique.
Aucune de ces tisanes ne pèse autant sur votre glycémie que l'assiette du jour. La taille de la boule d'attiéké, la cuisson de l'igname ou la portion de placali comptent plus qu'une tasse de décoction. Commencez par là, puis gardez la feuille comme un complément, jamais comme le traitement principal.
Quand faut-il appeler les secours ?
Si un proche diabétique devient confus, transpire beaucoup, tremble ou perd connaissance après avoir changé de tisane ou de repas, pensez à l'hypoglycémie. S'il peut avaler, donnez-lui du sucre ou une boisson sucrée. S'il ne répond plus, appelez le SAMU au 185 ou les sapeurs-pompiers au 180.
