En Côte d'Ivoire, l'Annona senegalensis (dimba, sunsun) et le tamarinier figurent parmi les plantes recensées contre l'infertilité féminine par les enquêtes ethnobotaniques de Dabakala et d'Oumé. Aucune étude clinique humaine ne confirme un effet sur la grossesse : ce sont des compléments traditionnels, jamais un traitement.
Révisé médicalement par : Fatou Ndiaye, Sage-femme diplômée d'État · Phytothérapie gynécologique · Santé reproductive communautaire
Dernière mise à jour : 29 juin 2026
⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.
Si vous cherchez ce que vaut vraiment l'Annona senegalensis pour la fertilité, voici la réponse honnête : cette plante de savane, appelée dimba ou sunsun en bambara et en dioula, est traditionnellement utilisée en Côte d'Ivoire, mais aucune étude clinique humaine ne prouve qu'elle aide à tomber enceinte. Elle reste un complément de la tradition, transmis par les grands-mères et les tradipraticiens, à manier avec lucidité.
Au marché d'Adjamé, l'un des deux plus grands pôles de plantes médicinales du pays avec Abobo, on vous parlera du dimba avec respect. Cette confiance compte. Mais elle ne remplace pas un bilan médical, surtout sur un sujet aussi lourd que l'infertilité, encore trop souvent vécue dans le silence et la honte. Pour savoir quand vous êtes le plus féconde, voyez à quel moment une femme peut tomber enceinte.

Qu'est-ce que l'Annona senegalensis (dimba, sunsun) ?
L'Annona senegalensis est un petit arbre de la savane africaine, cousin sauvage du corossol cultivé. En français, on l'appelle pommier de Cayor ou corossol sauvage de savane. Ses fruits jaunes sont consommés, et ses écorces comme ses racines entrent dans des préparations traditionnelles. En Côte d'Ivoire, les noms dimba et sunsun (bambara, dioula) circulent surtout dans le Nord et le Centre, à Bouaké, Dabakala ou Korhogo.
Les enquêtes ethnobotaniques menées à Dabakala et à Oumé, dans le Centre-Ouest ivoirien, ont recensé cette plante parmi celles que les communautés associent à la santé reproductive féminine. L'enquête conduite à Oumé a documenté à elle seule 92 recettes de pharmacopée locale, signe d'un savoir vivant et structuré, transmis de mère en fille bien plus que dans les livres.
Il faut être clair sur un point. Recenser une plante dans une enquête, c'est constater un usage ; ce n'est pas démontrer une efficacité. La présence du dimba dans ces relevés prouve que les femmes y croient et y recourent, pas qu'il agit sur les ovaires ou sur l'ovulation.
Pourquoi le tamarinier accompagne-t-il le dimba contre l'infertilité ?
Dans les mêmes enquêtes ivoiriennes, le tamarinier (Tamarindus indica) revient aux côtés de l'Annona senegalensis parmi les plantes citées contre l'infertilité féminine. C'est un grand arbre familier de toute la savane ouest-africaine, dont la pulpe acidulée sert déjà en cuisine et en boisson rafraîchissante dans de nombreux foyers ivoiriens.
Pourquoi ces deux plantes ensemble ? La tradition associe souvent plusieurs végétaux dans une même décoction, chacun jouant un rôle symbolique ou gustatif. Le tamarinier, riche en composés acides et en fibres, est réputé soutenir la digestion et l'apport en certains minéraux. Mais là encore, aucune donnée clinique humaine ne relie sa consommation à une amélioration de la fertilité.
Ce que la plupart des articles oublient de dire, c'est que ces associations relèvent de la transmission culturelle, pas d'un protocole testé. Les ethnobotanistes ivoiriens documentent un patrimoine ; ils ne signent pas une ordonnance. D'autres plantes africaines suivent la même logique, comme le Goron Tula (Azanza garckeana).

Que dit vraiment la science sur ces plantes et la fertilité ?
Sur l'Annona senegalensis, la recherche existe, mais elle est presque entièrement préclinique : des travaux sur des extraits, en laboratoire ou chez l'animal, explorant des propriétés antimicrobiennes, anti-inflammatoires ou antiparasitaires. Aucun de ces résultats ne se traduit, à ce jour, par une preuve d'effet sur la fertilité d'une femme. Le saut de l'éprouvette à la grossesse n'a jamais été franchi.
Pour le tamarinier, le constat est identique : usage alimentaire large, quelques pistes nutritionnelles, mais zéro essai clinique montrant qu'il aide à concevoir. En santé reproductive, cette absence de données humaines n'est pas un détail. Elle veut dire que personne ne peut vous promettre un résultat, ni vous donner une dose sûre.
C'est précisément pourquoi nous refusons d'écrire une posologie chiffrée pour ces deux plantes. Elles ne figurent pas dans nos référentiels validés de phytothérapie. Inventer un dosage serait malhonnête et potentiellement dangereux, en particulier pour une femme qui pourrait déjà être enceinte sans le savoir.
Comment les femmes ivoiriennes utilisent-elles le dimba aujourd'hui ?
Concrètement, l'usage se fait par décoction : on fait bouillir des morceaux d'écorce ou de racine, et l'on boit le liquide refroidi. Les tradipraticiens d'Adjamé ou d'Abobo préparent ces mélanges selon un savoir oral, ajustant les quantités à l'œil et à l'expérience, sans mesure standardisée.
Cette absence de standardisation est le vrai problème de sécurité. D'une racine à l'autre, la concentration en composés actifs varie énormément. Une même décoction peut être anodine un jour et trop concentrée le lendemain. Pour une femme en désir d'enfant, ce flou impose une prudence absolue.
Le Centre suisse de recherches scientifiques en Côte d'Ivoire (CSRS), à Abidjan, travaille justement à mieux caractériser ces pharmacopées locales. Ce pont entre savoir traditionnel et analyse moderne est précieux, mais il confirme surtout qu'il reste beaucoup à valider avant de pouvoir recommander quoi que ce soit en toute confiance.
Et si le problème n'était pas seulement féminin ?
Voici ce que les recherches montrent vraiment, et que la pression sociale autour de la femme fait souvent oublier : l'infertilité est l'affaire du couple. Selon les données de l'Organisation mondiale de la santé, environ une personne sur six dans le monde connaît une infertilité au cours de sa vie, et un facteur masculin est impliqué dans près de la moitié des cas.
En Côte d'Ivoire comme ailleurs, la femme qui ne conçoit pas porte trop souvent seule un poids qui n'est pas le sien. Pointer du doigt « la femme stérile » est une injustice doublée d'une erreur médicale. Tant que le couple n'a pas fait de bilan, on ne sait pas où se situe la difficulté.
Un bilan de fertilité du couple, c'est un spermogramme pour l'homme, une évaluation de l'ovulation et des trompes pour la femme, et la recherche d'infections traitables. Aucune décoction de dimba ne remplace cet examen, qui oriente vers la vraie cause et, souvent, vers une solution concrète.

Quelles précautions avant d'essayer ces plantes ?
La règle d'or : ne jamais consommer ces plantes si une grossesse est possible, tant qu'un professionnel de santé ne vous a pas donné son feu vert. Beaucoup de plantes actives sur l'utérus sont déconseillées en début de grossesse, et le dimba comme le tamarinier n'ont pas été évalués pour cette sécurité.
Évitez aussi toute auto-médication si vous suivez déjà un traitement, par exemple pour le diabète ou l'hypertension, fréquents chez la femme de 35-49 ans à Abidjan. Les interactions entre plantes et médicaments sont mal connues pour ces espèces. Dans le doute, l'abstention reste la décision la plus sage.
Enfin, gardez en tête une hiérarchie simple : un suivi médical d'abord, l'alimentation et l'hygiène de vie ensuite, et la phytothérapie traditionnelle seulement comme accompagnement, jamais comme pilier. C'est la position que défend une sage-femme face à une patiente, et c'est aussi celle de cet article. Pour une vue d'ensemble, consultez notre guide comment améliorer sa fertilité naturellement.
