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Énergie & fatigue10 min de lecture

Iode et thyroïde : ni trop, ni trop peu, ce que disent les études

La thyroïde a besoin d'environ 150 µg d'iode par jour. Le manque donne goitre et fatigue, l'excès venu des compléments ou des algues peut aussi la dérégler. Besoins, sources, personnes à risque et conduite à tenir après une réaction.

Mariama Baldé
Rédactrice santé — énergie & plantes adaptogènes2,286 mots
Petits poissons de mer couverts de sel sur un étal, sources d'iode utiles à la thyroïde
Table des matières (8)
  1. Quelle est la relation entre la thyroïde et l'iode ?
  2. Combien d'iode faut-il par jour ?
  3. Quels sont les symptômes d'une carence en iode ?
  4. Pourquoi l'excès d'iode dérègle-t-il aussi la thyroïde ?
  5. Quels aliments apportent le plus d'iode ?
  6. Qui ne doit pas prendre d'iode sans avis médical ?
  7. Que faire après une réaction à un complément d'iode ?
  8. Comment le sel iodé a-t-il fait reculer le goitre en Afrique ?

La thyroïde a besoin d'environ 150 µg d'iode par jour chez l'adulte, et davantage pendant la grossesse et l'allaitement (Leung et Braverman, 2014). Le manque provoque goitre, fatigue et frilosité. L'excès, venu surtout des compléments ou des algues, peut aussi la dérégler. Le sel iodé couvre l'essentiel des besoins, sans gélule.

Rédigé et relu en interne par la rédaction SantéSource. Ce contenu n'a pas été revu par un professionnel de santé et ne remplace pas un avis médical.

⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.

Un comprimé d'iode « normalement dosé », pris contre la fatigue, puis des palpitations et des nuits hachées : ce récit revient souvent sur les forums. Il résume le paradoxe de l'iode. La thyroïde en a besoin chaque jour, mais supporte mal les à-coups.

La réponse courte : un adulte a besoin d'environ 150 microgrammes d'iode par jour, apportés par le sel iodé, le poisson de mer, les œufs et le lait. Un manque durable fait gonfler la thyroïde et ralentit tout l'organisme. Un excès brutal, souvent lié à un complément ou à des algues, peut lui aussi dérégler la glande.

Quelle est la relation entre la thyroïde et l'iode ?

La thyroïde, petite glande en forme de papillon à la base du cou, capte l'iode du sang pour fabriquer deux hormones, la T4 et la T3. Chaque molécule de T4 porte quatre atomes d'iode, la T3 en porte trois. Sans iode, pas d'hormone, même si la glande est en parfait état (Zimmermann, 2009) [2].

Ces hormones règlent la vitesse du corps : chaleur, rythme du cœur, digestion, énergie. Quand elles manquent, tout ralentit ; quand elles débordent, tout s'emballe. L'hypophyse surveille leur taux et envoie un signal, la TSH, pour relancer la thyroïde quand il baisse.

C'est ce signal qui fait grossir la glande en cas de carence. Stimulée sans relâche, elle augmente de volume pour capter le peu d'iode disponible. Ce gonflement visible du cou porte un nom ancien : le goitre (Zimmermann et Boelaert, 2015) [1].

Schéma du trajet de l'iode : du sel iodé et du poisson jusqu'à la thyroïde, qui fabrique les hormones T4 et T3 sous le contrôle de la TSH
De l'assiette à la thyroïde : comment l'iode devient hormone, et pourquoi la glande gonfle quand il manque.

Combien d'iode faut-il par jour ?

Un adulte, en dehors de la grossesse et de l'allaitement, a besoin d'environ 150 µg d'iode par jour (Leung et Braverman, 2014) [3]. Pendant la grossesse et l'allaitement, les besoins augmentent, car ceux du bébé s'ajoutent à ceux de la mère : le complément éventuel se décide avec la sage-femme ou le médecin.

La marge vers le haut existe, mais elle a une fin. En Europe, la limite supérieure de sécurité retenue pour l'adulte est de 600 µg par jour, grossesse et allaitement compris (EFSA, 2006) [9]. Les personnes qui ont une maladie de la thyroïde peuvent réagir à des apports plus faibles.

Les femmes enceintes forment le groupe le plus sensible. Dans une cohorte britannique de 1 040 femmes suivies dès le premier trimestre, un statut iodé insuffisant était associé à de moins bons scores de QI verbal et de lecture chez l'enfant, à 8 et 9 ans (Bath et al., 2013) [6].

Quels sont les symptômes d'une carence en iode ?

La carence s'installe sur des mois, avec des signes qu'on confond facilement avec une fatigue ordinaire :

  • fatigue persistante et lenteur, même après une nuit complète ;
  • frilosité, mains et pieds froids ;
  • prise de poids modérée sans changement d'alimentation ;
  • peau sèche, cheveux cassants, constipation ;
  • gonflement à la base du cou, parfois gêne pour avaler ;
  • règles irrégulières, difficulté à concevoir.

Ces signes traduisent une hypothyroïdie, c'est-à-dire un manque d'hormones thyroïdiennes. Le dégât le plus lourd reste pourtant invisible chez l'adulte : chez l'enfant à naître, la carence freine le développement du cerveau. Une méta-analyse de 37 études chinoises, portant sur 12 291 enfants, a estimé la perte à 12,45 points de QI en zone de carence sévère (Qian et al., 2005) [7].

Avant de conclure à un manque d'iode, d'autres causes de fatigue méritent d'être écartées. Une carence en fer chez la femme, un manque de magnésium ou la fatigue qui suit un paludisme donnent des signes proches, tout comme le stress chronique (voir ces techniques de réduction du stress). Seule une prise de sang tranche : la TSH d'abord, puis la T4 libre si elle sort des normes.

Pourquoi l'excès d'iode dérègle-t-il aussi la thyroïde ?

La thyroïde possède un frein. Face à un afflux brutal d'iode, elle bloque pour un temps la fabrication d'hormones : c'est l'effet Wolff-Chaikoff. Chez la plupart des gens, ce frein se relâche en quelques jours. Chez d'autres, il reste serré, et l'on bascule en hypothyroïdie (Leung et Braverman, 2014) [3].

L'inverse existe aussi. Une glande porteuse de nodules autonomes, ou déjà touchée par une maladie de Basedow, peut utiliser cet iode supplémentaire pour produire trop d'hormones. C'est l'hyperthyroïdie induite par l'iode, ou phénomène de Jod-Basedow. Palpitations, tremblements, nervosité, amaigrissement et insomnie en sont les signes habituels (Leung et Braverman, 2014) [3].

Les apports élevés et réguliers posent aussi question. En Chine, une étude a suivi pendant cinq ans 3 018 personnes vivant dans des régions aux apports faibles, plus que suffisants ou excessifs. Les apports au-delà du nécessaire étaient associés à davantage d'hypothyroïdies et de thyroïdites auto-immunes (Teng et al., 2006) [4].

Les excès viennent rarement des repas ordinaires, mais plutôt des compléments fortement dosés, des poudres et gélules d'algues, de certains médicaments comme l'amiodarone et des produits de contraste iodés de l'imagerie. Les personnes âgées et celles qui ont déjà une maladie thyroïdienne sont les plus exposées (Leung et Braverman, 2014) [3].

Quels aliments apportent le plus d'iode ?

La teneur en iode dépend du sol, de la mer et de ce que mangent les animaux. Les valeurs changent d'un pays à l'autre ; retenez les ordres de grandeur.

AlimentApport en iodeÀ savoir
Sel iodéÉlevé et régulierPremière prévention ; à garder fermé, au sec
Poisson de mer, fruits de merÉlevéLe poisson séché ou fumé en garde une partie
ŒufsMoyenL'iode se concentre dans le jaune
Lait, yaourt, fromageMoyen, variableDépend de l'alimentation des vaches
Algues (kelp, wakame, nori)Très élevé, imprévisibleÀ éviter en poudre ou en gélules sans avis
Fruits, légumes, céréalesFaibleReflètent un sol souvent pauvre loin de la mer

Les algues méritent une mise en garde à part. Sur 12 espèces comestibles analysées, la teneur allait de 16 µg par gramme pour le nori à plus de 8 000 µg par gramme pour des granulés de kelp (Teas et al., 2004) [5]. Un seul gramme de ces granulés dépasse donc de loin la limite journalière, et les poudres d'algues vendues en ligne posent ce même problème.

Inutile de saler davantage : il s'agit de remplacer le sel ordinaire par du sel iodé. Si vous limitez le sel pour votre tension, le poisson et les œufs prennent le relais.

Qui ne doit pas prendre d'iode sans avis médical ?

Certaines personnes risquent un déséquilibre même avec des doses présentées comme « normales » :

  • les personnes porteuses de nodules thyroïdiens ou d'un goitre ancien ;
  • les personnes atteintes d'une maladie de Basedow, traitée ou non ;
  • les personnes atteintes d'une thyroïdite de Hashimoto, plus sensibles au blocage induit par l'iode ;
  • les personnes sous amiodarone, un médicament très riche en iode, ou sous lithium, qui rend la thyroïde plus sensible à un excès d'iode (Leung et Braverman, 2014) [3] ;
  • les personnes déjà traitées pour la thyroïde, par lévothyroxine ou antithyroïdiens, qui doivent demander l'avis de leur médecin avant tout complément ;
  • les femmes enceintes ou allaitantes, qui doivent suivre le complément conseillé par leur sage-femme ou leur médecin plutôt qu'un produit choisi seules.

Dans les régions de goitre ancien, ce risque est concret. Quand un programme d'iodation démarre, ce sont surtout les personnes âgées porteuses d'un goitre nodulaire qui font une hyperthyroïdie passagère (Zimmermann et Boelaert, 2015) [1].

Que faire après une réaction à un complément d'iode ?

Palpitations et tremblements, ou au contraire fatigue écrasante et cou gonflé après un complément : la conduite à tenir tient en cinq gestes.

  1. Arrêter le complément et noter la dose réelle d'iode par comprimé, indiquée sur l'étiquette.
  2. Recenser les autres sources : multivitamines, poudre d'algues, tisanes « minceur », sel iodé déjà utilisé.
  3. Consulter et demander un dosage de la TSH, complété par la T4 libre selon le résultat.
  4. Signaler tout nodule, goitre ou maladie thyroïdienne connue, chez vous ou dans la famille.
  5. Ne reprendre aucun produit iodé avant l'avis du médecin.

La plupart des dérèglements liés à un excès ponctuel régressent à l'arrêt, mais l'origine de l'iode en trop n'est pas toujours évidente et certains cas demandent un suivi (Leung et Braverman, 2014) [3]. Un cœur très rapide au repos, une fièvre avec agitation ou une confusion imposent une prise en charge sans attendre. En cas d'urgence médicale, appelez immédiatement le numéro d'urgence de votre pays ou rendez-vous aux urgences les plus proches.

Arbre de décision après une réaction à un complément d'iode : arrêter, recenser les sources, doser la TSH, consulter en urgence si signes graves
Réaction après un complément d'iode : les étapes dans l'ordre.

Comment le sel iodé a-t-il fait reculer le goitre en Afrique ?

Dans bien des régions continentales d'Afrique, loin de la mer ou en altitude, le goitre a longtemps été si courant qu'il passait pour normal. Un sol pauvre en iode donne des récoltes pauvres en iode, et les familles qui en vivent n'ont pas d'autre source.

La réponse a été simple et peu coûteuse : ajouter de l'iode à tout le sel de table. L'OMS publie un guide pour aider les programmes nationaux à surveiller la teneur en iode du sel et l'iode urinaire dans la population (OMS, 2007) [8]. De nombreux pays africains ont lancé des programmes nationaux en ce sens.

Le geste quotidien en découle. Achetez un sel qui porte la mention « iodé », gardez-le fermé, à l'abri de la chaleur et de l'humidité, et ajoutez-le plutôt en fin de cuisson : le sel peut perdre une partie de son iode à la chaleur et à l'humidité. Le gros sel vendu en vrac au marché n'est pas toujours iodé.

Récapitulatif iode et thyroïde : besoins de 150 µg par jour, signes de carence, signes d'excès, bonnes sources et personnes à risque
Iode et thyroïde en un coup d'œil : ni trop, ni trop peu.

Sources

  1. Iodine deficiency and thyroid disorders— Zimmermann MB, Boelaert K · The Lancet Diabetes & Endocrinology · 2015
  2. Iodine deficiency— Zimmermann MB · Endocrine Reviews · 2009
  3. Consequences of excess iodine— Leung AM, Braverman LE · Nature Reviews Endocrinology · 2014
  4. Effect of iodine intake on thyroid diseases in China— Teng W, Shan Z, Teng X et al. · The New England Journal of Medicine · 2006
  5. Variability of iodine content in common commercially available edible seaweeds— Teas J, Pino S, Critchley A, Braverman LE · Thyroid · 2004
  6. Effect of inadequate iodine status in UK pregnant women on cognitive outcomes in their children: results from the Avon Longitudinal Study of Parents and Children (ALSPAC)— Bath SC, Steer CD, Golding J, Emmett P, Rayman MP · The Lancet · 2013
  7. The effects of iodine on intelligence in children: a meta-analysis of studies conducted in China— Qian M, Wang D, Watkins WE et al. · Asia Pacific Journal of Clinical Nutrition · 2005
  8. Assessment of iodine deficiency disorders and monitoring their elimination: a guide for programme managers, 3rd ed— WHO · World Health Organization (OMS) · 2007
  9. Tolerable Upper Intake Levels for Vitamins and Minerals— Scientific Committee on Food; EFSA Scientific Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies · European Food Safety Authority (EFSA) · 2006

Questions fréquentes

Quels sont les aliments les plus riches en iode ?

Les algues arrivent en tête, mais leur teneur est trop imprévisible pour un usage quotidien. Viennent ensuite le poisson de mer et les fruits de mer, puis les œufs et les produits laitiers. Le sel iodé reste la source la plus régulière : il suffit de remplacer le sel ordinaire, sans en ajouter.

Quel est le fruit le plus riche en iode ?

Aucun fruit n'est une bonne source d'iode. Leur teneur reste faible et dépend surtout du sol où ils poussent, souvent pauvre en iode loin de la mer. Les listes de fruits « riches en iode » qui circulent en ligne induisent en erreur. Pour couvrir vos besoins, misez sur le sel iodé, le poisson et les œufs.

L'irathérapie est-elle un traitement efficace pour l'hyperthyroïdie ?

Oui, l'iode radioactif est un traitement classique de la maladie de Basedow et des nodules qui produisent trop d'hormones. Il détruit progressivement le tissu thyroïdien trop actif. Il aboutit souvent à une hypothyroïdie, compensée par un comprimé quotidien d'hormone. Il est contre-indiqué pendant la grossesse et l'allaitement, et se décide avec un endocrinologue.

Faut-il prendre un complément d'iode contre la fatigue ?

Pas sans dosage préalable. La fatigue a de nombreuses causes, et un complément d'iode pris au hasard peut dérégler la thyroïde, surtout en cas de nodule, de Basedow ou de Hashimoto. Demandez d'abord une TSH. Si la carence est probable, le sel iodé et le poisson suffisent le plus souvent, sans gélule ni poudre d'algues.