Le fagara (Zanthoxylum zanthoxyloides) est une racine ouest-africaine traditionnellement mâchée ou bue en décoction pour relancer un cycle menstruel irrégulier. Ses alcaloïdes ont une action utérotonique documentée chez l'animal (Ouédraogo et al., 2016), mais aucun essai clinique humain ne valide un effet fertilité. Contre-indiqué pendant la grossesse.
Révisé médicalement par : Fatou Ndiaye, Sage-femme diplômée d'État, phytothérapie gynécologique, santé reproductive communautaire
Dernière mise à jour : 30 mai 2026
⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.
Vous cherchez à tomber enceinte et votre cycle part dans tous les sens : 26 jours ce mois-ci, 38 le suivant, parfois rien. Au marché de Dakar ou de Bobo-Dioulasso, une vendeuse vous tend un bout de racine grisâtre à mâcher. C'est le fagara. Vos grands-mères en parlaient déjà. Mais que vaut vraiment cette racine pour le cycle et l'ovulation ? Voici ce que dit la tradition, et ce que dit la science.

Qu'est-ce que le fagara et pourquoi les femmes l'utilisent-elles pour le cycle ?
Le fagara, c'est Zanthoxylum zanthoxyloides (anciennement Fagara zanthoxyloides), un arbuste épineux de la famille des Rutacées, la même que les agrumes. On le trouve dans toute l'Afrique de l'Ouest et centrale, de la Guinée au Cameroun. Les Wolofs l'appellent souvent « poivre de Sénégal » ; ailleurs, on parle simplement de « racine à mâcher ».
Sa racine et son écorce ont un goût piquant, presque anesthésiant, qui engourdit la langue. Cette même racine sert aussi de bâtonnet dentaire dans de nombreux villages : on mâche son extrémité effilochée pour se nettoyer les dents. C'est dire si elle fait partie du quotidien.
Pour la santé féminine, les matrones et les tradipraticiennes la transmettent depuis des générations dans un but précis : relancer des règles en retard et remettre le cycle en ordre chez la femme qui veut concevoir. L'usage est ciblé, codifié, et toujours interrompu dès qu'une grossesse devient possible.
Comment le fagara agit-il sur le cycle menstruel ?
La racine concentre plusieurs alcaloïdes étudiés en laboratoire : la skimmianine, la fagaronine, la chéléthrine, ainsi que des amides et des acides phénoliques. Selon l'étude phytochimique d'Adesina, publiée dans le Journal of Ethnopharmacology en 2005 [2], la racine et l'écorce de Zanthoxylum zanthoxyloides concentrent plusieurs dizaines de composés actifs.
Le mécanisme mis en avant par la tradition est l'effet emménagogue : la plante stimulerait les contractions du muscle utérin et favoriserait l'écoulement menstruel. Selon l'étude d'Ouédraogo et al., publiée dans le Journal of Ethnopharmacology en 2016 [1], certains extraits de la plante exercent une activité utérotonique sur modèles animaux. C'est précisément cette propriété qui explique l'usage traditionnel… et la contre-indication absolue pendant la grossesse.
Soyons clairs sur un point. Aucune étude humaine ne montre que le fagara modifie les taux d'hormones du cycle (FSH, LH, œstrogènes, progestérone). « Régulariser le cycle » dans la bouche d'une grand-mère et « corriger un déséquilibre hormonal » dans celle d'un médecin ne désignent pas la même chose. La première relance un saignement ; la seconde demande un bilan.

Le fagara aide-t-il vraiment à tomber enceinte ?
C'est la vraie question. Et la réponse honnête est : on n'en a pas la preuve.
L'idée traditionnelle tient en une logique simple. Un cycle plus régulier rend la fenêtre fertile plus facile à repérer, donc augmente les chances de rapport au bon moment. Si le fagara aide à déclencher des règles attendues, il aide indirectement à structurer le cycle. Cette logique est plausible. Elle n'est pas démontrée.
Aucun essai clinique randomisé n'a testé Zanthoxylum zanthoxyloides sur des taux de grossesse. Les données disponibles concernent surtout son activité antifalcémique (contre la drépanocytose), domaine où la plante est la mieux étudiée : elle entre dans la composition du FACA®, un phytomédicament développé en République démocratique du Congo.
Selon l'étude de Mpiana et al., publiée dans le Journal of Ethnopharmacology en 2007 [3], les extraits de la plante présentent une activité antifalcémique mesurable in vitro. La fertilité, elle, reste un terrain d'usage populaire sans validation scientifique, comme c'est aussi le cas pour d'autres plantes traditionnelles pour tomber enceinte.
Ce que je conseille en consultation : ne pas attendre d'un bout de racine qu'il règle une infertilité. Si vous essayez depuis plus de 12 mois (ou 6 mois après 35 ans), le fagara ne doit jamais retarder un bilan de fertilité du couple. La plante peut accompagner une démarche ; elle ne la remplace pas.
Comment préparer et utiliser le fagara pour le cycle ?
La tradition décrit deux usages principaux. Voici comment ils se pratiquent, sans que cela vaille prescription.
La racine mâchée. On nettoie un fragment de racine fraîche et on le mâche lentement quelques minutes, en phase folliculaire (les jours qui suivent les règles, avant l'ovulation). La salive imprégnée est avalée. Le goût pique fort.
La décoction d'écorce. On fait bouillir une petite quantité d'écorce de racine séchée dans un litre d'eau pendant une dizaine de minutes, puis on boit la préparation tiède, en cure courte de quelques jours, toujours avant l'ovulation présumée. Jamais en seconde moitié de cycle si une grossesse est possible.
| Critère | Racine mâchée | Décoction d'écorce |
|---|---|---|
| Concentration en principes actifs | Variable, difficile à doser | Plus diluée, plus régulière |
| Moment d'usage traditionnel | Phase folliculaire | Phase folliculaire, cure courte |
| Risque principal | Surdosage involontaire | Décoction trop longue, trop concentrée |
| À proscrire si grossesse possible | Oui | Oui |
Dans les deux cas, la règle d'or est la même : on arrête à l'ovulation. La fenêtre où le fagara est utilisé traditionnellement se situe avant la conception, jamais après. C'est une discipline de calendrier, pas un détail.

Quelles précautions et contre-indications avec le fagara ?
Grossesse : contre-indication absolue. C'est le point le plus important de cet article. Selon l'étude d'Ouédraogo et al. (2016) [1], l'activité utérotonique observée chez l'animal, qui fait l'intérêt traditionnel du fagara pour relancer les règles, devient un danger dès qu'un embryon est en place. La plante peut provoquer des contractions et menacer une grossesse débutante. Dès que vous suspectez une conception (retard de règles après un rapport non protégé), arrêtez immédiatement.
L'allaitement est aussi une période où l'on s'abstient, faute de données de sécurité.
Au-delà de la grossesse, plusieurs interactions méritent attention. Certains alcaloïdes de Zanthoxylum ont une activité hématologique et cardiovasculaire documentée en laboratoire. Si vous prenez un anticoagulant, un antihypertenseur ou un traitement de fertilité (stimulation ovarienne, FIV), demandez l'avis de votre médecin avant tout usage. Et ne dépassez jamais une cure de quelques jours sans accompagnement.
Une dernière nuance que peu d'articles assument : la plante mâchée en bâtonnet dentaire, à très faible dose, n'a rien à voir avec une cure orale concentrée à visée gynécologique. Les deux usages ne portent pas les mêmes risques.
Le fagara a-t-il un intérêt pour la fertilité de l'homme ?
La question revient souvent, car la fertilité se joue à deux. En Afrique de l'Ouest, le fagara est réputé tonique et stimulant chez l'homme, sans cible reproductive précise.
Sur le plan scientifique, selon l'étude de Prempeh & Mensah-Attipoe, publiée dans le Ghana Medical Journal en 2008 [4], des extraits d'écorce de racine de Zanthoxylum zanthoxyloides montrent une activité antioxydante et anti-inflammatoire in vitro, ce qui pourrait en théorie protéger les spermatozoïdes du stress oxydatif. Mais aucun essai clinique n'a mesuré un effet réel sur la qualité du sperme ou le délai de conception. Pour l'homme comme pour la femme, la preuve manque.
Que faut-il retenir avant d'utiliser le fagara ?
Respectez le calendrier traditionnel : usage avant l'ovulation, arrêt immédiat dès qu'une grossesse est possible. Ne laissez jamais cette racine retarder un bilan de fertilité si vous essayez depuis plus d'un an, et parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin, surtout sous anticoagulant, antihypertenseur ou parcours de PMA. Selon l'OMS, l'infertilité touche environ un couple sur six dans le monde [5] : c'est une raison médicale, pas une fatalité à traiter seule avec une plante.
La racine de vos grands-mères mérite le respect. Elle ne remplace pas un suivi. Pour situer le fagara dans l'ensemble des plantes de fertilité, notre vue d'ensemble de la fertilité féminine naturelle fait le tri entre tradition et preuves.
Avertissement médical complet. Cet article est informatif et ne constitue pas un avis médical individualisé. Le fagara (Zanthoxylum zanthoxyloides) est formellement contre-indiqué pendant la grossesse et l'allaitement en raison de son activité utérotonique : il peut provoquer des contractions et menacer une grossesse débutante. Arrêtez tout usage dès qu'une conception est possible.
La plante peut interagir avec les anticoagulants, les antihypertenseurs et les traitements de procréation médicalement assistée (stimulation ovarienne, FIV). Ne dépassez pas une cure courte sans avis d'un professionnel de santé. Si vous tentez de concevoir depuis plus de 12 mois (ou 6 mois après 35 ans), consultez pour un bilan de fertilité du couple : le fagara ne doit jamais retarder cette démarche. En cas de saignements anormaux ou de doute, consultez sans attendre.
