Le Sclerocarya birrea (marula, prunier d'Afrique) figure parmi les antihypertenseurs les plus cités des inventaires ethnobotaniques sahéliens. Ses extraits d'écorce abaissent la tension chez le rat (Belemtougri et al., 2001), un effet vasodilatateur soutenu par sa richesse en polyphénols. À retenir : un complément possible, jamais un remplacement du traitement prescrit.
Révisé médicalement par : Dr Aminata Diallo, Phytothérapie clinique (Université Cheikh Anta Diop) · Spécialiste tension artérielle · Médecine traditionnelle africaine
Dernière mise à jour : 23 juin 2026
⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.
Dans la savane sahélienne, un grand arbre porte des fruits jaunes que les éléphants adorent et que les humains transforment en boisson. C'est le marula. Sous son écorce grise se cache une autre histoire, moins connue : celle d'une plante que les guérisseurs du Sahel utilisent depuis des générations pour soulager la tension.
Les inventaires ethnobotaniques le confirment. L'écorce de Sclerocarya birrea revient comme l'un des remèdes antihypertenseurs les plus cités d'Afrique de l'Ouest, aux côtés du kinkéliba et du Rauwolfia (Belemtougri et al., Journal of Ethnopharmacology, 2001).
Et pourtant, en français, presque rien n'a été écrit dessus. Cet article comble ce vide, sans rien promettre de faux.

Qu'est-ce que le Sclerocarya birrea, ce prunier de la savane ?
Le Sclerocarya birrea appartient à la famille des Anacardiacées, la même que la mangue et la noix de cajou. On l'appelle marula en Afrique australe, prunier d'Afrique ou prunier sauvage en Afrique de l'Ouest. C'est un arbre résistant de savane qui supporte la sécheresse, du Sénégal jusqu'à l'Afrique du Sud (Hall et al., Centre for Agriculture and Bioscience International, 2002).
Son fruit est célèbre. Sa pulpe contient jusqu'à quatre fois plus de vitamine C qu'une orange (Mariod & Abdelwahab, Journal of the American Oil Chemists' Society, 2012). Mais en médecine traditionnelle, ce sont surtout l'écorce et les feuilles qui comptent. C'est là que se concentrent les composés actifs étudiés pour la tension.
Pourquoi le marula est-il cité contre l'hypertension ?
La raison est double. D'abord, l'usage. Les enquêtes de terrain menées au Burkina Faso, au Nigeria et en Afrique du Sud placent l'écorce de marula parmi les plantes les plus mentionnées par les tradipraticiens pour les troubles cardiovasculaires (Belemtougri et al., Journal of Ethnopharmacology, 2001). Une plante citée par tant de guérisseurs différents, sur des territoires aussi éloignés, mérite qu'on s'y arrête.
Ensuite, la chimie. L'écorce est riche en polyphénols, en flavonoïdes et en tanins (Ojewole, Phytotherapy Research, 2003). Ces molécules sont connues pour détendre la paroi des vaisseaux sanguins. Une artère qui se relâche oppose moins de résistance au sang. La pression baisse. C'est le même mécanisme de vasodilatation que l'on retrouve dans le bissap et le gingembre.
Que disent vraiment les études scientifiques ?
Soyons précis, car la nuance compte ici. Les preuves existent, mais elles sont animales.
Une étude sud-africaine a administré un extrait d'écorce de Sclerocarya birrea à des rats. Résultat : une baisse mesurable de la pression artérielle et un effet diurétique, c'est-à-dire une élimination accrue de sel et d'eau par les reins (Ojewole, Phytotherapy Research, 2003). Le sel retenu fait monter la tension ; en l'évacuant, la plante agit comme un diurétique léger.
D'autres travaux ouest-africains ont confirmé l'activité vasoactive des extraits de la plante sur le tissu vasculaire isolé (Belemtougri et al., Journal of Ethnopharmacology, 2001).
Voici la limite, et elle est réelle : aucun essai clinique randomisé chez l'humain n'a encore testé le marula contre l'hypertension. Le bissap, lui, a franchi cette étape. Un essai a comparé l'Hibiscus sabdariffa au captopril, un médicament de référence, avec des résultats proches (Herrera-Arellano et al., Phytomedicine, 2004). Le marula n'en est pas là. Présenter l'animal comme une preuve humaine serait malhonnête.
Comment l'écorce agit-elle sur la pression artérielle ?
Trois mécanismes ressortent des travaux disponibles. Le premier est la vasodilatation, déjà évoquée : les flavonoïdes favorisent la production d'oxyde nitrique, la molécule qui ordonne aux artères de se détendre (Ojewole, Phytotherapy Research, 2003).
Le deuxième est l'effet diurétique. En augmentant l'élimination du sodium, l'écorce réduit le volume de sang à faire circuler. Moins de volume, moins de pression sur les parois.
Le troisième est antioxydant. L'hypertension abîme l'intérieur des vaisseaux par un excès de radicaux libres. Les polyphénols du marula neutralisent une partie de ce stress oxydatif (Russo et al., Food Chemistry, 2015). Cet effet protecteur ne baisse pas la tension du jour au lendemain, mais il soutient la santé vasculaire sur la durée.
Comment préparer une décoction d'écorce de marula ?
La préparation traditionnelle est simple. Voici le protocole tel qu'il est décrit dans les usages sahéliens, à adapter avec votre médecin.
- Prenez une cuillère à soupe d'écorce séchée et concassée (environ 10 g).
- Faites bouillir dans un quart de litre d'eau pendant dix minutes.
- Laissez infuser dix minutes de plus, hors du feu, puis filtrez.
- Buvez une tasse par jour, de préférence le matin.
Ne dépassez pas cette quantité. L'écorce est riche en tanins, et un excès irrite l'estomac. Mesurez votre tension au tensiomètre avant de commencer, puis chaque semaine. Sans chiffres, vous avancez à l'aveugle. Si la tension ne bouge pas après six semaines, la plante ne fonctionne probablement pas pour vous, et c'est une information utile.

Quelles précautions prendre avant d'utiliser le marula ?
C'est la section la plus importante de cet article. Le marula n'est pas un médicament, mais il n'est pas anodin non plus.
Si vous prenez déjà un antihypertenseur, ajouter une plante hypotensive peut faire chuter la tension trop bas. Les signes : vertiges, fatigue brutale, vision trouble en se levant. Ce risque d'addition est documenté pour les plantes à effet vasodilatateur (OMS, Stratégie de l'OMS pour la médecine traditionnelle 2014-2023, 2013).
Les tanins de l'écorce gênent l'absorption du fer et de certains médicaments. Espacez la décoction de vos comprimés d'au moins deux heures. La femme enceinte ou allaitante doit s'abstenir : aucune donnée de sécurité n'existe pour elle. Enfin, le diabétique doit rester vigilant, car le marula influence aussi la glycémie chez l'animal (Gondwe et al., Phytomedicine, 2008).
Une règle simple : parlez de toute plante à votre médecin. Beaucoup d'hypertendus africains combinent tradition et ordonnance sans le dire. Ce silence est le vrai danger.
Marula, bissap ou kinkéliba : comment se comparent-ils ?
Le marula n'agit pas seul dans la pharmacopée sahélienne. Les inventaires de plantes antihypertensives du Burkina Faso le placent d'ailleurs aux côtés du foléré et du kinkéliba. Comparé à ses voisins de savane, il occupe une place précise : forte tradition, preuves encore jeunes.
| Plante | Partie utilisée | Niveau de preuve | Particularité |
|---|---|---|---|
| Marula (Sclerocarya birrea) | Écorce, feuilles | Animale (Ojewole, 2003) | Effet diurétique marqué |
| Bissap (Hibiscus sabdariffa) | Fleurs | Essai humain randomisé (Herrera-Arellano, 2004) | Comparable au captopril |
| Kinkéliba (Combretum micranthum) | Feuilles | Animale et traditionnelle | Diurétique du quotidien |
| Gingembre (Zingiber officinale) | Rhizome | Méta-analyse humaine (2019) | Effet anticoagulant associé |
Si vous cherchez la plante la mieux validée chez l'humain, c'est le bissap. Le marula reste un appui traditionnel prometteur, mais sa science est en retard. Les deux peuvent se compléter dans une assiette pauvre en sel et un mode de vie actif, sous surveillance médicale.

Quand faut-il consulter plutôt qu'utiliser une plante ?
Une plante ne remplace jamais un diagnostic. Consultez sans attendre si votre tension dépasse 18/11, si vous avez des maux de tête violents, une douleur dans la poitrine, un essoufflement ou des troubles de la vue. Ce sont des signes d'urgence.
L'hypertension est appelée le tueur silencieux parce qu'elle ne fait pas mal avant la complication. En Afrique subsaharienne, près d'un adulte sur trois est concerné, et la majorité l'ignore (OMS Afrique, Rapport sur l'hypertension dans la Région africaine, 2023). Le marula peut accompagner un traitement. Il ne peut pas le porter seul.
