L’amlou traditionnel du Souss (amandes torréfiées, huile d’argan alimentaire, miel) pèse environ 615 kcal aux 100 g d’après le calcul des tables USDA FoodData Central. Une cuillère à soupe de 18 g apporte donc près de 110 kcal : c’est un aliment-force, pas une pâte à tartiner à volonté.
⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d’article.
C’est quoi l’amlou marocain, et pourquoi le Souss l’appelle un aliment-force ?
L’amlou (ⴰⵎⵍⵓ en tifinagh) est amazigh avant d’être marocain. Il naît dans le Souss et autour d’Essaouira, là où pousse l’arganier (argan, ⴰⵔⴳⴰⵏ ; l’huile se dit zit argan, زيت الأركان), dont l’arganeraie est classée réserve de biosphère par l’UNESCO depuis 1998 (UNESCO, programme MAB, 1998).
Trois ingrédients, pas un de plus : amandes torréfiées, huile d’argan alimentaire, miel. Le reste est de la technique et de la patience.
La scène de consommation compte autant que la recette. On l’étale au petit-déjeuner sur un msemen encore chaud ou sur du khobz, on le sort pour les invités, on l’offre aux jeunes mariés et aux femmes qui viennent d’accoucher.
Le miel y porte aussi une charge symbolique : le Coran (sourate An-Nahl, 16:69) le décrit comme « une guérison pour les gens », et la tradition en a fait le liant des pâtes fortifiantes de l’attar (عطّار). Cette place d’aliment reconstituant explique pourquoi personne, au Souss, n’a jamais compté les calories d’un pot d’amlou.
Et c’est là que la page 1 de Google déraille. Le premier résultat sur « amlou bienfaits » est une boutique de Carpentras, le deuxième un blog de vente. Vous cherchez ce que vous mangez ; on vous vend un pot.

Est-ce que l’amlou est calorique ?
Oui, franchement. Et aucune des cinq premières pages françaises sur ce mot-clé ne donne le chiffre.
Le calcul est pourtant faisable. Une recette traditionnelle tient dans des proportions d’environ 50 % d’amandes torréfiées, 27 % d’huile d’argan et 23 % de miel. Le beurre d’amande pur est à 614 kcal/100 g (USDA FoodData Central, 2019), toute huile végétale à 884 kcal/100 g (USDA FoodData Central, 2019), le miel à 304 kcal/100 g pour 82 g de sucres (USDA FoodData Central, 2019).
Résultat : environ 615 kcal aux 100 g, dont près de 55 g de lipides et 21 g de sucres. Une cuillère à soupe rase, soit 18 g, apporte donc environ 110 kcal et 3,8 g de sucres. Deux cuillères sur un msemen, c’est déjà 220 kcal, avant le thé.
| Pour 100 g | Calories | Lipides | Sucres |
|---|---|---|---|
| Amlou traditionnel (calcul 50/27/23) | ~615 kcal | ~55 g | ~21 g |
| Beurre d’amande pur (USDA, 2019) | 614 kcal | 56 g | 4,4 g |
| Pâte chocolat-noisette industrielle | 539 kcal | 31 g | 56 g |
| Miel seul (USDA, 2019) | 304 kcal | 0 g | 82 g |
Cette estimation vaut ce que vaut la recette. Un amlou généreux en miel grimpe en sucres ; un amlou coupé au sucre blanc change carrément de catégorie. Aucun laboratoire marocain n’a publié d’analyse nutritionnelle de référence sur l’amlou lui-même : le chiffre ci-dessus est calculé, pas mesuré, et nous préférons le dire.
Que contient réellement l’huile d’argan alimentaire ?
C’est l’ingrédient qui justifie la réputation de l’amlou, et il faut d’abord lever une confusion. L’huile alimentaire est pressée à partir d’amandons torréfiés, elle sent la noisette. L’huile cosmétique est pressée à froid, non torréfiée, et n’a rien à faire dans un pot d’amlou.
Son profil est dominé par l’acide oléique (environ 45 %) et l’acide linoléique (environ 35 %), avec près de 62 mg de tocophérols aux 100 g, surtout du gamma-tocophérol, plus du squalène, du schotténol et du spinastérol (Khallouki et al., European Journal of Cancer Prevention, 2003).
Côté essais humains, trois travaux marocains reviennent toujours. Drissi et al. (Clinical Nutrition, 2004) observent un meilleur statut antioxydant chez des consommateurs réguliers. Cherki et al. (Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases, 2005) rapportent une hausse de l’activité paraoxonase chez des hommes sains après trois semaines. Derouiche et al. (Annals of Nutrition and Metabolism, 2005) décrivent une baisse du LDL et une hausse de l’HDL.
Maintenant l’honnêteté : ces essais portent sur quelques dizaines de participants, sur trois à quatre semaines, et sur l’huile seule. Aucun n’a testé l’amlou. Transposer un bénéfice lipidique observé avec 25 g d’huile pure à une pâte sucrée à 21 % de glucides est un raccourci que les vendeurs font et que la science ne fait pas.
Pourquoi l’amlou industriel n’est-il pas celui de la grand-mère ?
La différence ne se voit pas dans le pot. Elle se lit sur l’étiquette.
Quatre substitutions reviennent : le sucre blanc ou le sirop de glucose remplace tout ou partie du miel, l’huile de tournesol allonge l’huile d’argan, l’arachide remplace l’amande (moins chère), et la proportion d’argan tombe parfois sous 10 %. Un pot ainsi construit ressemble à une pâte à tartiner ordinaire, avec un nom berbère dessus.
Les repères à vérifier, dans l’ordre : les ingrédients cités par ordre décroissant (l’amande doit venir en premier), la mention explicite « huile d’argan alimentaire », l’absence de sucre ajouté à côté du miel, et l’origine coopérative. La filière coopérative féminine du Souss et l’IGP marocaine « Argane » restent le meilleur repère anti-contrefaçon disponible au consommateur.
Deux précisions utiles. L’amlou est une pâte de fruits à coque : contre-indication formelle en cas d’allergie à l’amande ou à l’arachide. Et il est 100 % végétal, sans alcool ni gélatine, ce qui règle la question halal, y compris pour les variantes enrichies à la graine de nigelle (habba sawda).

Quelle quantité d’amlou quand on est diabétique ou en surpoids ?
Voilà le sujet que six boutiques sur six évitent. Au Maroc, 10,6 % des adultes vivent avec un diabète et 10,4 % sont pré-diabétiques (Ministère de la Santé du Maroc, enquête STEPS, 2017-2018), et 59 % des adultes ont un IMC supérieur à 25.
Dans ce contexte national, présenter un aliment à 615 kcal aux 100 g comme un « bienfait » sans cadrage est une faute éditoriale.
Le miel de l’amlou a un index glycémique moyen de 61, donc modéré à élevé (Atkinson, Foster-Powell et Brand-Miller, Diabetes Care, 2008). Les lipides et les fibres de l’amande ralentissent l’absorption, ce qui adoucit la réponse, mais n’annule rien.
En pratique, pour un adulte diabétique ou en surpoids : une cuillère à soupe par jour, le matin, sur du pain complet plutôt que sur un msemen frit, et sans le thé à la menthe à deux morceaux de sucre (environ 8 g) qui double la charge glucidique du petit-déjeuner. Cette cuillère remplace une autre source de gras, elle ne s’y ajoute pas.
L’amande joue en votre faveur sur un point précis : Hollis et Mattes (British Journal of Nutrition, 2007) ont montré que 344 kcal d’amandes par jour pendant dix semaines n’entraînaient pas de prise de poids, l’appétit se compensant spontanément. Cela vaut pour l’amande, pas pour une pâte sucrée consommée à la cuillère devant la télévision.
Si votre objectif est la glycémie, l’amlou est un aliment à cadrer, pas un traitement : les plantes réellement étudiées sur ce terrain sont ailleurs, comme le marrube blanc (mriwt).
Si votre objectif est le tour de taille, la question se joue sur l’ensemble du petit-déjeuner, un point détaillé dans notre guide sur la graisse abdominale après 40 ans. Et si vous comptiez sur un sachet de parapharmacie pour compenser, lisez d’abord ce que contiennent vraiment les tisanes minceur vendues au Maroc.
Comment conserver l’amlou sans qu’il rancisse ?
À température ambiante, entre 18 et 25 °C, dans un bocal en verre bien fermé, à l’abri de la lumière et loin de la plaque de cuisson. Comptez trois à six mois pour un amlou artisanal sans conservateur.
La séparation de l’huile en surface est normale et ne signale aucun défaut : remuez avant usage. Le réfrigérateur durcit la pâte et n’apporte rien, sauf en été à Marrakech ou à Agadir, où il devient raisonnable.
Le signal d’alerte est olfactif. Une odeur de peinture, de carton mouillé ou de vieille noix indique une oxydation des acides gras : le pot se jette. Les tocophérols de l’huile d’argan ralentissent ce processus, ils ne l’empêchent pas. Servez-vous d’une cuillère sèche, jamais du couteau qui vient de toucher le pain.

