La poudre de jujubier (sidr, qasil, sidem) lave les cheveux grâce aux saponines de ses feuilles, qui moussent sans décaper. Une analyse de 102 métabolites a relevé des feuilles riches en saponines chez Z. spina-christi et Z. mauritiana (Sakna et al., Food Chemistry, 2019). Aucune étude humaine ne montre un effet sur la pousse.
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Au marché de Thiès comme à Mogadiscio, on vend la même poudre vert olive dans de petits sachets. Ici on l'appelle sidem, là-bas qasil. Elle sert à laver le corps, les cheveux, parfois le linge fin. Et elle ne coûte presque rien.
En ligne, on ne trouve pourtant que des fiches produit. Ce guide explique quelle plante se cache dans le sachet, pourquoi elle lave, comment la préparer pour des cheveux crépus ou un cuir chevelu gras, et ce que la recherche ne dit pas.
Quelles espèces se cachent derrière le sidr, le qasil, le sidem et le nbeg ?
Le mot « jujubier » désigne plusieurs arbres du genre Ziziphus. Trois d'entre eux finissent en poudre cosmétique, et l'étiquette ne précise presque jamais lequel. Ce flou compte, car leurs feuilles n'ont pas exactement la même composition.
| Espèce | Noms locaux | Zone | Usage capillaire |
|---|---|---|---|
| Ziziphus mauritiana | sidem, sii (wolof) ; tomboroni (bambara) ; mugunuga (mooré) ; magarya (haoussa) | Sahel, Afrique de l'Ouest | Feuilles pilées en pâte lavante |
| Ziziphus spina-christi | sidr (arabe) ; qasil (somali) | Yémen, Corne de l'Afrique, Égypte, Golfe | Poudre vendue comme « sidr » ou « qasil » |
| Ziziphus lotus | sedra, nbeg (Maroc) | Steppes du Maghreb | Lavage traditionnel local, fruit consommé |
La bonne nouvelle, c'est que les deux espèces les plus vendues se ressemblent. Une équipe du Caire a comparé le profil chimique des feuilles de trois Ziziphus : Z. spina-christi et Z. mauritiana forment un groupe proche, riche en saponines, alors que Z. jujuba, le jujubier chinois, s'en écarte (Sakna et al., Food Chemistry, 2019). Le sachet « sidr » d'un commerçant yéménite et le sidem pilé d'une grand-mère de Kaolack font donc à peu près le même travail.
Le sedra marocain est un cas à part. Ses usages sont surtout alimentaires et digestifs, et son fruit, le nbeg, reste un aliment fonctionnel peu étudié (Messaad et Belhadj, Journal of Medicinal Food, 2025). Si c'est lui qui vous intéresse pour la glycémie, lisez plutôt notre dossier sur le nbeg (jujubier) et le diabète au Maroc.

Pourquoi la poudre de jujubier lave-t-elle sans décaper ?
Tout tient aux saponines. Ces molécules ont une tête qui aime l'eau et une queue qui aime le gras. Dans l'eau, elles moussent et emprisonnent le sébum, puis partent au rinçage. C'est le principe d'un tensioactif, et les saponines sont justement utilisées comme agents moussants et émulsifiants naturels (Timilsena et al., International Journal of Molecular Sciences, 2023).
Les feuilles de Z. spina-christi en contiennent de plusieurs types. En 2023, des chercheurs égyptiens y ont isolé deux saponines nouvelles, les christinines E et F, à côté de la christinine A déjà connue (Elmaidomy et al., Scientific Reports, 2023). Leur pouvoir lavant reste plus faible que celui d'un sulfate de laboratoire. Pour des cheveux secs, c'est un avantage.
Des pharmaciens égyptiens ont même formulé un shampoing entièrement végétal à base de sidr, de saule et de réglisse. La formule retenue moussait de façon stable pendant quatre minutes et mouillait le cheveu en deux secondes (Bakr et al., Journal of Pharmacy and Bioallied Sciences, 2019). Ce n'est pas un essai clinique. Mais on sait désormais qu'on peut laver correctement avec cette feuille.
Comment le Sahel utilise-t-il le sidem, le tomboroni et le magarya ?
Au Sénégal, le sii est d'abord un fruit. Les enfants mangent les petites jujubes fraîches ou séchées, vendues en tas sur les étals. Les feuilles, elles, sont séchées à l'ombre, pilées au mortier puis tamisées pour le bain. Au Mali, le tomboroni suit la même voie, et au Niger les femmes haoussa connaissent la pâte de magarya pour la toilette du corps.
La recherche documente surtout la chimie de la plante. Une revue indienne recense dans Z. mauritiana des flavonoïdes comme la quercétine et le kaempférol, des stérols et de la diosgénine, avec des activités antioxydantes et antimicrobiennes observées en laboratoire (Prakash et al., Phytotherapy Research, 2021). En Tunisie, ce sont les extraits de feuilles qui contenaient le plus de polyphénols, devant les fruits et les graines (Yahia et al., PLoS One, 2020).
Le sidr occupe la même place de l'autre côté de la mer Rouge. Dans une enquête auprès de 174 informateurs de la région de Jazan, en Arabie saoudite, Z. spina-christi avait l'importance relative la plus élevée de toute la flore médicinale, et les problèmes de peau et de cheveux formaient la catégorie de soins la plus consensuelle (Tounekti et al., Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2019).
Comment utiliser la poudre de sidr en pâte lavante ?
C'est la méthode la plus simple, et à mon avis la meilleure pour commencer.
- Versez 2 à 3 cuillères à soupe de poudre dans un bol (4 à 5 pour des cheveux longs ou très épais).
- Ajoutez de l'eau tiède petit à petit en mélangeant jusqu'à obtenir une pâte fluide, comme un yaourt à boire.
- Laissez reposer 10 minutes : la pâte s'épaissit et mousse un peu plus.
- Sur cheveux mouillés, appliquez au cuir chevelu en massant du bout des doigts, puis descendez sur les longueurs.
- Laissez poser 5 à 10 minutes, pas davantage, puis rincez longuement à l'eau claire jusqu'à ce qu'il ne reste plus de grains.
Ne vous attendez pas à la mousse d'un shampoing du commerce. Le rinçage demande deux bonnes minutes, car les particules végétales s'accrochent aux boucles serrées. Une fois par semaine suffit le plus souvent.

Quelles recettes pour un bain d'huile ou un masque au jujubier ?
Pour un bain d'huile avant lavage, mélangez une cuillère à soupe de poudre dans trois cuillères d'huile tiède (karité fondu, sésame ou olive). Appliquez sur les longueurs sèches, couvrez d'un bonnet 30 minutes, puis lavez avec la pâte décrite plus haut. Le gras protège la fibre pendant le lavage.
Le masque, lui, se prépare avec moitié poudre de sidr et moitié yaourt nature ou gel d'aloe vera. Il se garde un quart d'heure au maximum. Car au-delà, la poudre sèche sur le cheveu et devient difficile à rincer, surtout sur des cheveux de type 4.
Le sidr s'associe bien aux autres poudres de la tradition. Il lave, quand la poudre de chébé sert à retenir la longueur et se pose sur cheveux propres. Au Maghreb, on le mélange aussi au fenugrec (helba) en masque, qui apporte du mucilage et de la souplesse. Gardez simplement une règle : une seule poudre lavante par séance.
Pourquoi la poudre de jujubier convient-elle aux cheveux crépus ?
C'est même là qu'elle a le plus de sens. Le cheveu crépu présente une structure et une biochimie propres, qui pèsent sur son comportement au lavage et au coiffage (Humphrey et al., International Journal of Women's Dermatology, 2026). Sa résistance à la traction est plus faible, sa densité et sa vitesse de pousse aussi, et les coiffures très tendues ou les défrisants aggravent la casse (Raffi et al., International Journal of Women's Dermatology, 2019).
Un shampoing aux sulfates répété chaque semaine retire le sébum qui, sur une boucle serrée, descend déjà mal le long de la fibre. Le sidr nettoie moins fort. Mais il faut l'appliquer par sections, quatre à six selon la masse, en démêlant aux doigts. Et toujours finir par un soin hydratant ou un beurre, car la poudre seule ne nourrit pas.
Que peut la poudre de sidr pour un cuir chevelu gras ou des points noirs ?
Sur un cuir chevelu qui regraisse en deux jours, la pâte de sidr absorbe l'excès de sébum sans l'effet rebond qu'on observe parfois après un shampoing décapant. Les extraits de feuilles de Z. mauritiana et de Z. lotus ont aussi freiné en laboratoire la croissance de Staphylococcus aureus (Yahia et al., PLoS One, 2020). C'est un résultat en éprouvette, pas sur la peau humaine.
Sur le visage, la même pâte, plus diluée, peut servir de masque nettoyant pour une zone T grasse ou des points noirs, une fois par semaine. Pour une routine plus complète, notre sélection de plantes africaines pour le visage, classées par type de peau détaille les associations possibles.
Attention, des pellicules épaisses et grasses qui démangent peuvent signaler une dermite séborrhéique, qui joue elle-même un rôle dans la chute (Raffi et al., International Journal of Women's Dermatology, 2019). Dans ce cas, un avis médical vaut mieux qu'une poudre.
Que dit la recherche sur le sidr et la pousse des cheveux ?
Rien ne montre qu'il la stimule. L'étude souvent citée a appliqué de l'huile essentielle de graines de Ziziphus jujuba, le jujubier chinois, sur le dos rasé de souris : après 21 jours, les poils mesuraient 9,96 mm à 1 % et 10,02 mm à 10 %, contre 8,94 mm chez les témoins (Yoon et al., Food and Chemical Toxicology, 2010). Autre espèce, autre partie de la plante, autre animal. Aucun essai n'a testé la poudre de feuilles de sidr sur la pousse humaine.
Ce que le sidr peut faire, c'est réduire la casse en lavant sans assécher. Des longueurs moins abîmées donnent l'impression de pousser plus vite. C'est déjà beaucoup, et c'est honnête de s'arrêter là.

Quelle place le sidr occupe-t-il dans la tradition musulmane et la roqya ?
Le Coran cite le sidr à plusieurs reprises, dont le lotus de la limite, sidrat al-muntaha (Coran, sourate 53, verset 14), et les jujubiers sans épines du paradis (Coran, sourate 56, verset 28). La tradition prophétique l'associe aussi à la purification : le hadith d'Umm 'Atiyya, rapporté par al-Bukhari et Muslim, décrit la toilette mortuaire avec de l'eau et du sidr.
De là vient l'usage du bain au sidr en roqya, où certains praticiens font infuser des feuilles pilées dans l'eau du bain après la récitation. Cette pratique relève de la foi de chacun, et nous la mentionnons avec respect. Elle ne remplace ni un diagnostic ni un traitement, et aucune poudre vendue « pour la roqya » ne peut promettre une guérison.
Quelles précautions avant d'appliquer la poudre de jujubier ?
La poudre de feuilles est destinée à un usage externe. Faites un test de tolérance 48 heures avant la première utilisation : un peu de pâte au pli du coude, puis rinçage. Une rougeur ou des démangeaisons suffisent à l'abandonner.
Gardez les yeux fermés au rinçage, car les saponines piquent fort. Ne l'utilisez pas sur un cuir chevelu blessé, irrité ou en cours de traitement. Pour Z. lotus, les études de toxicité recensées ne signalent pas d'effet nocif, mais elles portent surtout sur des extraits testés chez l'animal (Bencheikh et al., Pharmaceuticals, 2023). Les données manquent pour les décoctions d'écorce ou de racine prises par la bouche pendant la grossesse : abstenez-vous.
À l'achat, préférez un sachet qui indique le nom latin et le pays d'origine. Enfin, ne confondez pas le sidr avec le henné pour cheveux : le premier lave, le second colore et gaine.
