Le Newbouldia laevis, ou arbre de vie, est un arbuste ouest-africain dont les feuilles se boivent en décoction. Adomou et ses collègues (Trees, Forests and People, 2020) documentent son usage au Bénin pour la fertilité, chez la femme comme chez l'homme. Utéro-contractile in vitro, il est interdit pendant la grossesse.
⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.
Sur les marchés de Cotonou, de Lomé ou d'Abidjan, personne ne demande du Newbouldia laevis. On demande de l'akoko, du mãgblɔ́ ou du sessemasa, et le vendeur sait exactement de quel arbuste vous parlez. Le nom latin n'existe que dans les publications. Cet arbuste occupe une place rare dans la pharmacopée ouest-africaine : il est cité pour la fertilité des femmes et pour celle des hommes. Voici ce que la littérature documente, et surtout où elle s'arrête.
Quels noms porte le Newbouldia laevis en Afrique de l'Ouest ?
Le Newbouldia laevis appartient à la famille des Bignoniacées. C'est un arbuste de 7 à 15 mètres, à fleurs violettes, planté en haie vive le long des concessions et des champs, du Sénégal jusqu'au Cameroun. Il bouture avec une facilité déconcertante : un piquet planté en terre reprend tout seul. C'est ce qui explique sa présence partout où l'on s'installe.
L'enquête d'Adomou et al. (Trees, Forests and People, 2020) le décrit comme une espèce de haie omniprésente dans les terroirs béninois, et suffisamment valorisée par les communautés pour se conserver sans programme de reboisement.
Le nom que vous connaissez dépend de votre langue.
- Mãgblɔ́ : éwé, au Togo et au Ghana
- Akoko : yoruba, au Bénin et au Nigeria
- Sessemasa : twi et akan, en Côte d'Ivoire et au Ghana
- Ogirisi : igbo, au Nigeria
- Aduruku : haoussa, au nord du Nigeria et au Niger
En français, on lit parfois « hysope africaine ». L'appellation est trompeuse. La véritable hysope, Hyssopus officinalis, est une lamiacée méditerranéenne sans aucune parenté avec le Newbouldia : la confusion vient de traductions bibliques anciennes, et elle brouille aujourd'hui la recherche documentaire autant que les résultats de recherche en ligne.

Pourquoi l'appelle-t-on l'arbre de vie ?
Dans plusieurs traditions du golfe de Guinée, le Newbouldia est planté à l'entrée des concessions, aux limites des champs et près des lieux de culte. Il marque la frontière, et il garde. Adomou et al. (Trees, Forests and People, 2020) relèvent que ce statut symbolique explique en grande partie sa conservation spontanée au Bénin : on ne coupe pas un arbre qui protège la maison.
C'est un fait ethnobotanique établi, et il mérite d'être dit. Mais un usage rituel n'est pas une preuve pharmacologique. Cet article s'arrête ici sur ce registre et ne traite ensuite que de ce que la littérature de santé documente.
Que dit la recherche sur la fertilité féminine ?
Le chapitre Springer consacré aux plantes de la santé reproductive féminine au sud du Nigeria (Plants Used in the Management and Treatment of Female Reproductive Health Issues) place le Newbouldia laevis parmi les espèces citées pour la préparation à la conception, les soins prénatals et le post-partum. L'enquête d'Adomou et al. (2020) retrouve le même usage au Bénin, où l'arbre porte le surnom d'arbre de la fertilité.
Le seul travail expérimental qui touche directement à l'appareil reproducteur est une étude in vitro publiée dans l'Indian Journal of Pharmaceutical Sciences : les extraits aqueux et éthanoliques de feuilles provoquent des contractions sur utérus isolé. Ce résultat est à double tranchant. Il donne une base pharmacologique à l'usage traditionnel autour du cycle, et il constitue en même temps l'argument le plus solide contre toute prise pendant la grossesse.
Une revue de phytochimie parue dans le Journal of Medicinal Plants Research (2023) identifie flavonoïdes, saponines, tanins et alcaloïdes dans les feuilles et l'écorce. Aucune de ces familles n'a été reliée à un mécanisme hormonal précis chez la femme.
Disons-le franchement : il n'existe aucun essai clinique randomisé du Newbouldia laevis sur la fertilité humaine. Zéro. Ce qui existe est ethnobotanique et préclinique, et c'est déjà plus que pour la plupart des plantes vendues au marché.
Que sait-on de la fertilité masculine ?
L'enquête ethnobotanique menée sur le traitement de l'infertilité masculine au sud du Bénin (Advances in Traditional Medicine, 2020) place le Newbouldia laevis parmi les espèces les plus citées par les tradipraticiens interrogés. Ce recouvrement est ce qui rend cette plante intéressante : peu d'espèces ouest-africaines sont documentées des deux côtés du couple.
Et cela change la façon d'aborder le sujet. Dans une grande partie de l'Afrique francophone, l'infertilité est attribuée à la femme par défaut, et l'homme consulte rarement en premier. Or le spermogramme est l'examen le moins cher du parcours et le plus informatif : quelques milliers de francs CFA, un résultat en deux jours, et la moitié des hypothèses éliminée. Commencez par là, avant toute tisane.
Là encore, aucun essai clinique. L'enquête décrit ce que les praticiens prescrivent, pas ce que la plante fait.
Comment prépare-t-on la décoction de feuilles ?
La préparation traditionnelle documentée est simple. Comptez 10 à 15 feuilles fraîches pour 1 litre d'eau. Portez à ébullition, laissez bouillir 10 minutes à couvert, filtrez, buvez tiède. La cure traditionnelle dure 14 à 21 jours et se place en phase pré-ovulatoire, c'est-à-dire entre la fin des règles et l'ovulation.
L'écorce et la racine circulent aussi, en décoction plus longue. Elles restent le domaine des tradipraticiens : les doses ne sont documentées nulle part dans la littérature indexée, et la marge entre usage traditionnel et surdosage n'est pas connue. Pour un usage personnel, tenez-vous aux feuilles.
Quelques repères pratiques. Choisissez des feuilles vertes et souples, sans taches noires, et rincez-les avant de les mettre à bouillir. Ne gardez pas la décoction plus de 24 heures, même au réfrigérateur : elle fermente vite sous climat chaud. N'ajoutez pas de sucre, l'amertume fait partie du produit.
La revue du Journal of Medicinal Plants Research (2023) ne rapporte pas de toxicité aiguë aux doses traditionnelles chez l'animal. Les données de toxicité chronique, elles, n'existent pas.

Qui ne doit jamais en prendre ?
La contre-indication est absolue pendant la grossesse, à tous les stades. Les contractions utérines observées in vitro (Indian Journal of Pharmaceutical Sciences) suffisent à justifier cette interdiction, et elles la justifient d'autant plus que la cure traditionnelle se place au moment du cycle où une grossesse débutante n'est pas encore détectable. Si vous essayez de concevoir, arrêtez dès le retard de règles, sans attendre le test.
S'ajoutent l'allaitement, faute de toute donnée sur le passage dans le lait, et les parcours de procréation médicalement assistée, où aucune plante ne devrait être ajoutée sans l'accord de l'équipe médicale. Prudence également en cas d'antécédent de fausse couche, de traitement anticoagulant ou de chirurgie programmée dans les deux semaines.
Un dernier point pèse plus lourd que tout le reste. Une infertilité qui dure au-delà de douze mois relève d'un bilan médical, pas d'une tisane : perméabilité tubaire, thyroïde, réserve ovarienne, spermogramme. Aucune décoction ne remplace ces quatre examens.
Quelle plante choisir entre le newbouldia et le gattilier ?
Le gattilier est le contrepoint utile, parce qu'il est la seule plante de fertilité féminine à disposer d'un vrai dossier clinique. L'essai randomisé de Milewicz et al. (1993, PubMed 8369008) montre une correction des insuffisances lutéales liées à une hyperprolactinémie latente.
La méta-analyse de Csupor et al. (American Journal of Obstetrics and Gynecology, 2017, PubMed 28237870) retient 13 essais positifs sur 14 contre placebo dans le syndrome prémenstruel. Une revue systématique parue dans Planta Medica (PubMed 23136064) confirme le signal sur les troubles du cycle, et le groupe Cochrane Gynaecology and Fertility a publié un protocole sur cette même indication.
| Critère | Newbouldia laevis | Gattilier (Vitex agnus-castus) |
|---|---|---|
| Origine | Pharmacopée ouest-africaine, plante de haie | Complément importé, parapharmacie urbaine |
| Niveau de preuve | Ethnobotanique et in vitro, aucun essai humain | Essai randomisé et méta-analyse de 17 essais |
| Forme et dose | Décoction, 10 à 15 feuilles pour 1 litre | Extrait sec, 4 à 8 mg d'agnusides par jour |
| Durée | Cure de 14 à 21 jours, phase pré-ovulatoire | 3 cycles minimum, prise matinale unique |
| Contre-indications | Grossesse, allaitement, PMA, anticoagulants | Grossesse, allaitement, arrêt obligatoire en PMA |
Notre position est nette. Si le problème identifié est une phase lutéale courte ou un syndrome prémenstruel sévère, le gattilier a les données de son côté. Si vous cherchez une plante de votre propre pharmacopée, disponible au marché et documentée chez l'homme comme chez la femme, le newbouldia a l'usage mais pas les essais. Les deux ne se prennent pas ensemble.

Que retenir avant de commencer une cure ?
Le Newbouldia laevis est une plante d'usage large et d'étude faible. Les feuilles, en décoction courte, hors grossesse, en complément d'un bilan médical réel : c'est le cadre raisonnable. Le reste relève de l'espoir, et l'espoir se paie cher dans un parcours de fertilité.
Si vous vivez au Bénin, au Togo ou en Côte d'Ivoire, l'arbre pousse probablement à cent mètres de chez vous. Vous savez d'où vient la feuille, et c'est un avantage que peu de compléments offrent.
