Le chih (Artemisia herba-alba), armoise blanche, est la plante antidiabétique la plus citée des enquêtes ethnobotaniques marocaines, dans un pays qui compte environ 2,7 millions de diabétiques (revue ethnobotanique PMC11507334, 2024). Son infusion amère, prise à jeun, est un appoint sous surveillance médicale, jamais un remplacement du traitement.
Révisé médicalement par : Dr Kofi Mensah, Médecin généraliste, spécialité diabétologie · Chercheur en phytothérapie · Auteur de publications sur les plantes hypoglycémiantes
Dernière mise à jour : 7 juin 2026
⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.
Vous tapez « chiba diabète » et vous tombez sur des thèses universitaires illisibles, un PDF algérien de 120 pages, une vidéo de projet étudiant. Aucun guide clair pour un diabétique marocain qui veut juste savoir : ce chih de l'attarine fait-il vraiment baisser le sokkar, et comment le prendre sans danger ?
Le chih, ou armoise blanche (Artemisia herba-alba, الشيح), est le remède antidiabétique le plus présent dans la pharmacopée du souk. Autour de lui circulent deux confusions sérieuses. On le mélange avec l'absinthe. Et on oublie ses contre-indications réelles.

Le chih est-il vraiment efficace contre le diabète ?
Oui, les signaux sont réels, mais modestes. Sur le rat diabétique, l'extrait d'Artemisia herba-alba abaisse la glycémie à jeun de façon nette (Daoudi et al., Journal of Ethnopharmacology, 2022). Le mécanisme proposé : une stimulation de la sécrétion d'insuline et une meilleure captation du glucose par les tissus.
Chez l'humain, c'est plus mince. Quelques petites séries cliniques maghrébines, souvent issues de thèses des universités de Biskra et de Tébessa, rapportent une baisse de la glycémie chez des patients prenant l'infusion en cure. Mais ces travaux portent sur peu de personnes, sans groupe placebo solide. Aucun grand essai randomisé n'existe à ce jour.
Que faut-il en conclure ? Le chih n'est pas un médicament. C'est une plante qui semble pousser la glycémie dans le bon sens chez certaines personnes. La preuve scientifique reste préliminaire. Quiconque vous le vend comme « le remède qui guérit le diabète » ment.
Ce statut d'appoint explique sa place : le chih accompagne un traitement et une alimentation maîtrisée, il ne les remplace pas. Pour comprendre pourquoi l'assiette compte autant que la plante, voyez notre dossier sur les fruits modernes contre ancestraux et la glycémie au Maroc.
Chih ou absinthe : pourquoi cette confusion est dangereuse ?
C'est la confusion la plus répandue, et la plus risquée. Deux plantes du même genre Artemisia portent des noms voisins, mais ne se valent pas du tout.
Le chih (Artemisia herba-alba) est l'armoise blanche des plateaux marocains, celle de l'attarine. L'absinthe (Artemisia absinthium) est une autre espèce, plus septentrionale, beaucoup plus chargée en thuyone. La thuyone est une molécule neurotoxique à forte dose : convulsions, atteinte rénale. Confondre les deux au moment de l'achat peut transformer une tisane d'appoint en source d'intoxication.
| Critère | Chih (herba-alba) | Absinthe (absinthium) |
|---|---|---|
| Nom darija | Chih / chiba (الشيح) | Chiba khadra / absinthe |
| Usage marocain | Antidiabétique, digestif | Rare, amer pour liqueurs |
| Teneur en thuyone | Variable, plus basse | Élevée |
| Pour la glycémie | Plante de référence | À éviter |
La règle au souk est simple. Demandez « chih » à l'attarine, précisez « pour le sokkar », et vérifiez qu'on vous donne bien l'armoise blanche des hauts plateaux, pas une variété verte amère importée. Le genre Artemisia compte d'autres espèces antidiabétiques étudiées ailleurs, comme l'Artemisia annua au Kivu, encore une autre plante à ne pas confondre.

Comment préparer l'infusion de chih à jeun ?
La préparation traditionnelle marocaine est une infusion amère, prise le matin avant de manger. Voici le protocole prudent.
Versez 200 ml d'eau frémissante (pas à gros bouillons) sur une demi-cuillère à café de chih séché. Couvrez, laissez infuser cinq minutes, filtrez. Buvez à jeun, une tasse par jour. C'est très amer ; certains ajoutent une feuille de menthe ou un soupçon de thé, ce qui ne réduit pas l'effet.
La cure se limite à deux ou trois semaines, suivie d'une pause. Pourquoi cette limite ? Parce que l'exposition prolongée à la thuyone n'est pas anodine, et parce qu'une plante hypoglycémiante prise en continu, en plus d'un antidiabétique, peut faire chuter la glycémie trop bas. Mesurez votre glycémie le matin pendant la cure et notez les valeurs.
Et la dose ? Restez sous une cuillère à café par jour. Plus n'est pas mieux : au-delà, vous augmentez surtout la charge en thuyone, pas le bénéfice. La helba se prépare différemment, par trempage nocturne des graines ; nous détaillons ce protocole dans notre guide helba et diabète, posologie et protocole au Maroc.

Combien coûte le chih et où l'acheter au Maroc ?
Le chih s'achète séché chez l'attarine ou l'herboriste, au souk ou en boutique de quartier. Comptez quelques dirhams pour 50 à 100 grammes, soit largement de quoi tenir une cure : c'est l'un des remèdes les moins chers de la pharmacopée locale.
Choisissez un chih à l'odeur franche, camphrée, aux tiges fines et grises. Méfiez-vous d'un produit poussiéreux, mélangé à des brindilles inconnues ou vendu sans nom précis. Un bon attarine sait distinguer le chih de l'absinthe ; s'il hésite, changez de vendeur.
Quelles autres plantes marocaines agissent sur la glycémie ?
Le chih n'est pas seul. La pharmacopée marocaine et maghrébine compte un petit groupe de plantes hypoglycémiantes, souvent associées dans les enquêtes ethnobotaniques.
- Helba (fenugrec, الحلبة) : la mieux documentée. Sa 4-hydroxyisoleucine stimule l'insuline et son galactomannane ralentit l'absorption du sucre.
- Chendgoura (bugle ivette, Ajuga iva) : effet hypoglycémiant confirmé sur modèles par les universités d'Alger et de Tlemcen.
- Ain larnab (globulaire, Globularia alypum) : prise en cure courte, contre-indiquée pendant la grossesse.
- Merriwa (marrube blanc) : étudiée pour la glycémie, infusion avant les repas, cure de quatre semaines maximum.
La chendgoura, voisine algérienne du chih, fait l'objet d'un dossier dédié : Ajuga iva (chendgoura), bienfaits et risques pour le diabète. Pendant le mois de jeûne, la gestion change : notre guide diabète et Ramadan, cinq plantes locales adapte les prises au rythme sahour-iftar.
Quels sont les risques et les contre-indications du chih ?
Voici la partie que les thèses académiques résument en une ligne et que les vendeurs taisent. Le chih a des limites claires.
La grossesse et l'allaitement sont une contre-indication absolue : les armoises sont traditionnellement abortives, et la thuyone passe la barrière placentaire. Aucune femme enceinte ne doit en boire. Si vous êtes sous antidiabétiques (metformine, sulfamides, insuline), l'effet hypoglycémiant du chih s'ajoute au médicament : risque d'hypoglycémie. Surveillance glycémique obligatoire et avis médical avant toute cure.
La thuyone impose enfin de respecter doses et durées. Une consommation forte ou prolongée expose à des effets neurotoxiques. Ce n'est pas une raison de paniquer après une tasse, mais une raison de ne jamais transformer l'infusion en boisson quotidienne permanente.
