Oui, le krafs (كرافس) marocain aide contre la tension : ses phtalides détendent les artères et son effet diurétique réduit le volume sanguin. Une baisse de 4 à 7 mmHg est réaliste en quelques semaines. Au Maroc, où 29,3 % des adultes sont hypertendus (OMS EMRO, 2023), c'est un appoint, pas un remède.
Révisé médicalement par : Dr Aminata Diallo, Phytothérapie clinique (Université Cheikh Anta Diop) · Spécialiste tension artérielle · Médecine traditionnelle africaine
Dernière mise à jour : 13 juillet 2026
⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.
Dans les cuisines de Fès comme de Casablanca, le krafs parfume la hrira du ramadan et les tajines de tous les jours. Beaucoup de grands-mères le donnent aussi en jus ou en décoction contre la tension, ce fameux dwa dyal l'krafs. La question mérite mieux qu'un « ça marche » ou « c'est du folklore ». Que dit vraiment la science sur le céleri et l'hypertension ?

Le krafs (كرافس) fait-il vraiment baisser la tension ?
Oui, modestement. Le céleri contient des composés appelés phtalides, dont le 3-n-butylphtalide, qui détendent le muscle lisse des parois artérielles. Des vaisseaux plus souples opposent moins de résistance au flux sanguin, et la pression chute.
Le travail fondateur reste celui de Le et Elliott, qui ont isolé le 3-n-butylphtalide du céleri et montré, sur l'animal, une baisse de tension d'environ 12 à 14 % à faible dose (Le QT & Elliott WJ, présenté à l'American Society of Hypertension, 1991).
Chez l'humain, un extrait standardisé de graines de céleri a réduit la tension systolique de 8,2 mmHg et la diastolique de 8,5 mmHg en six semaines chez des hypertendus (Madhavi D et al., Journal of Medicinal Food, 2013, n=30). Ces chiffres sont réels mais limités : petit échantillon, extrait concentré, pas la botte de krafs du souk.
Pourquoi les phtalides du céleri agissent-ils sur les artères ?
Trois mécanismes se combinent. D'abord, les phtalides bloquent partiellement le calcium qui fait se contracter les cellules musculaires des artères ; l'effet ressemble, en beaucoup plus doux, à celui des inhibiteurs calciques prescrits (Tsi D & Tan BKH, Planta Medica, 1997). Ensuite, l'apigénine, un flavonoïde abondant dans les feuilles de krafs, favorise la production de monoxyde d'azote, la molécule qui dilate les vaisseaux (Jin BH et al., Molecular Medicine Reports, 2015).
Enfin vient l'effet diurétique. Le krafs augmente légèrement l'élimination de l'eau et du sodium par les reins ; cette activité diurétique du céleri est documentée en pharmacologie (Kooti W & Daraei N, Journal of Ethnopharmacology, 2017). Moins de volume dans le circuit, moins de pression sur les parois. C'est là aussi le point de vigilance, car ce même effet interagit avec les diurétiques du médecin.
Quelle quantité de krafs par jour pour un effet réel ?
Il faut être honnête sur les doses. Les résultats cliniques proviennent d'extraits de graines standardisés dosés à 75 à 150 mg de 3-n-butylphtalide (Madhavi D et al., Journal of Medicinal Food, 2013), soit l'équivalent concentré de plusieurs centaines de grammes de céleri frais. Personne ne mange cela.
En usage domestique marocain, une cible raisonnable et tenable : 4 branches de krafs frais par jour, en jus ou croquées, ou une décoction d'une cuillère à soupe de graines de krafs (achetées en vrac chez l'attar) infusées dix minutes dans l'eau chaude. Comptez trois à quatre semaines de régularité avant de juger, tension mesurée avant et après. Un seul verre ne « nettoie » pas la tension d'un coup.
Comment consommer le krafs pour l'hypertension au Maroc ?
Le krafs se glisse partout dans la cuisine locale, ce qui le rend facile à intégrer sans se forcer.
- En jus frais : mixez 4 branches avec un peu d'eau et du citron, le matin à jeun. Le plus efficace car rien n'est cuit.
- En décoction de graines : une cuillère à soupe de graines de krafs de l'attar, dix minutes dans l'eau frémissante, filtrez. Une tasse le soir.
- Dans la hrira et les tajines : les feuilles et branches parfument le bouillon ; une partie des composés passe dans le plat, même si la cuisson en réduit l'effet.
- Croqué cru : à l'apéritif ou en salade, avec l'huile d'olive.
Un atout de taille au Maroc : le krafs frais et les graines coûtent quelques dirhams au souk et chez tout attar. Aucune barrière d'accès, aucune ordonnance. Préparation halal par défaut, sans alcool.
Le krafs remplace-t-il un traitement contre l'hypertension ?
Non. Et c'est le message le plus important de cet article. L'hypertension pèse lourd ici : 29,3 % des adultes marocains sont hypertendus, avec une prévalence plus marquée chez les femmes (14,8 %) que chez les hommes (4,8 %) (OMS EMRO / Ministère de la Santé du Maroc, 2023).
Les maladies cardiovasculaires causent environ 85 % des décès au Maroc, dont 24 % chez les 30-70 ans (OMS EMRO, 2023). Une baisse de 4 à 7 mmHg par le krafs est utile en prévention ou en complément, mais dérisoire face à une tension à 170/100.
Le céleri accompagne un mode de vie : moins de sel caché du pain et des olives, plus de marche, un poids maîtrisé. Il ne remplace ni l'amlodipine ni le régime que suit votre médecin. Si vous êtes déjà traité, le krafs vient en plus, avec l'accord du praticien, jamais à la place.
Quels sont les dangers et interactions du céleri contre la tension ?
Le krafs n'est pas anodin à haute dose. Trois précautions comptent vraiment.
Son effet diurétique s'additionne à celui des diurétiques prescrits comme l'hydrochlorothiazide, et à celui des antihypertenseurs : le risque est une chute de tension trop forte et une perte de potassium. Si vous prenez déjà un traitement, parlez-en au médecin avant toute cure.
Le céleri est aussi photosensibilisant à cause de ses psoralènes : à très forte dose, la peau réagit davantage au soleil, ce qui compte sous le climat marocain (Kooti W & Daraei N, Journal of Ethnopharmacology, 2017). Enfin, le krafs est déconseillé pendant la grossesse, car à forte dose il peut stimuler l'utérus, et en cas d'allergie aux Apiacées comme le persil, la carotte ou l'anis.

Comparé aux autres plantes de la pharmacopée marocaine, où se situe le krafs ? Voici un repère honnête.
| Plante | Preuve clinique | Effet sur la tension | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Karkadé (hibiscus) | Solide (plusieurs essais) | Baisse ~7 à 11 mmHg | Grossesse, hypotension |
| Ail (thoum) | Bonne (méta-analyses) | Baisse ~5 à 8 mmHg | Anticoagulants |
| Krafs (céleri) | Limitée (petits essais) | Baisse ~4 à 7 mmHg | Diurétiques, grossesse |
| Romarin (azir) | Faible | Peut monter la tension à forte dose | Prudence à haute dose |
Le krafs joue dans une catégorie moyenne : plus étudié que le romarin, moins que le karkadé (hibiscus) ou l'ail (thoum). Pour un plan complet, associez-le à une alimentation anti-sel adaptée à la cuisine marocaine.
