L'acanthosis nigricans désigne des plaques brunes et veloutées du cou, des aisselles ou de l'aine qui ne partent pas au lavage. Elles signalent souvent un excès d'insuline. Chez des jeunes, leur présence allait avec un risque de diabète de type 2 environ doublé (Kong et al., 2007). Faites contrôler votre glycémie.
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⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.
Une tache sombre au cou qui ne part pas, même en frottant fort au savon noir ou à l'éponge. Beaucoup de familles pensent d'abord à de la crasse, ou à une peau « qui noircit » et qu'il faudrait éclaircir. Le nom médical est acanthosis nigricans. Ce n'est ni de la saleté, ni une simple tache.
C'est un épaississement de la peau presque toujours lié à un excès d'insuline dans le sang : un signe visible de résistance à l'insuline, qui apparaît souvent des années avant le diabète. Repéré tôt, il laisse le temps d'agir. Voici comment le reconnaître, quel bilan demander, ce qu'il faut éviter et ce qui fait réellement pâlir les plaques.
Qu'est-ce que l'acanthosis nigricans exactement ?
Ce sont des plaques brun foncé à noires, épaisses, au toucher velouté, parfois un peu rugueuses. Elles siègent dans les plis : nuque et côtés du cou, aisselles, aine, dessous des seins, plis des coudes et des genoux (Phiske, 2014). Les deux côtés du corps sont en général touchés de façon symétrique.
Au microscope, la couche superficielle de la peau s'épaissit en petites crêtes. Ce relief, plus que le pigment, donne l'aspect sombre et « sale ». Les plaques grattent peu ou pas, ne font pas mal et ne sont pas contagieuses.
Les dermatologues distinguent plusieurs formes : liée à l'obésité, héréditaire, associée à un syndrome, provoquée par un médicament, et une forme rare liée à un cancer (Das et al., 2020). La plus courante, de loin, accompagne le surpoids et la résistance à l'insuline.
Pourquoi un excès d'insuline noircit-il la peau ?
Quand les muscles et le foie répondent mal à l'insuline, le pancréas compense en en fabriquant davantage. La glycémie reste longtemps normale, mais l'insuline circule à des taux élevés. À ces concentrations, elle se fixe aussi sur les récepteurs de l'IGF-1, un facteur de croissance présent sur les cellules de la peau (Hermanns-Lê et al., 2004).
Les cellules de l'épiderme et du derme se multiplient alors dans les zones de chaleur et de frottement. La peau s'épaissit, plisse et fonce. De petites excroissances de peau molle, les acrochordons, poussent souvent au même endroit. Leur association aux plaques est un indice de plus d'hyperinsulinisme (Hermanns-Lê et al., 2004).
Conséquence rassurante : si l'insuline redescend, la peau suit, lentement. Et un traitement uniquement « de surface » déçoit presque toujours.

Comment reconnaître l'acanthosis nigricans sur une peau noire ?
Sur peau foncée, la plaque se confond facilement avec la couleur naturelle du cou ou avec un collier de crasse. Trois indices aident. La zone est plus sombre que le reste du cou, avec des bords flous. Au toucher, elle est veloutée ou épaisse, pas lisse. Et elle reste identique après un lavage doux à l'eau et au savon.
Dans les écoles publiques de Galveston, au Texas, des chercheurs ont examiné la nuque de chaque élève de deux classes d'âge. Les plaques étaient nettement plus fréquentes chez les enfants noirs et hispaniques que chez les enfants blancs, et plus marquées en cas d'obésité sévère (Stuart et al., 1989). Une peau foncée ne protège donc pas : elle cache mieux un signe qu'il faut chercher.
Pour suivre l'évolution, une échelle simple note la nuque de 0 (absente) à 4 (plaque qui remonte jusqu'à l'avant du cou, visible de face) (Burke et al., 1999). Le cou a été retenu car c'est la zone où deux examinateurs s'accordaient le mieux. À la maison, une photo du cou tous les deux mois, sous la même lumière, suffit.
Que disent ces plaques sur le risque de diabète ?
L'acanthosis nigricans n'est pas un symptôme du diabète au sens strict : beaucoup de personnes qui en ont une ont encore une glycémie normale. C'est un marqueur de terrain. Dans des cabinets de médecine générale du sud-ouest des États-Unis, chez des jeunes de 7 à 39 ans, la présence de plaques allait avec un risque environ doublé d'avoir déjà un diabète de type 2, à âge, poids et facteurs de risque égaux (Kong et al., 2007).
Chez des enfants de 8 à 14 ans porteurs de plaques au cou, une hyperglycémie provoquée a révélé une glycémie déjà anormale chez une part importante d'entre eux, avec souvent une tension élevée et un cholestérol HDL bas (Brickman et al., 2010). Chez des adolescents en surpoids, la simple présence des plaques allait avec une insuline et un indice HOMA-IR plus élevés (Videira-Silva et al., 2019).
Mon avis : voir ces plaques chez soi ou chez son enfant n'est pas un diagnostic, mais c'est une raison suffisante pour une prise de sang. Pas dans un an. Dans le mois.
Quel bilan demander à son médecin ?
Le bilan de base est simple et se fait dans la plupart des laboratoires. Il sert à savoir où en est le sucre, et ce qui accompagne la résistance à l'insuline : graisses du sang, tension, foie (Phiske, 2014).
| Examen | Ce qu'il mesure | Repères chez l'adulte |
|---|---|---|
| Glycémie à jeun | Le sucre après 8 heures sans manger | Prédiabète de 1,00 à 1,25 g/L ; diabète à partir de 1,26 g/L, à contrôler une seconde fois |
| HbA1c | La moyenne du sucre sur deux à trois mois | Valeurs en % : prédiabète de 5,7 à 6,4 ; diabète à partir de 6,5 |
| Hyperglycémie provoquée (HGPO) | Le sucre deux heures après 75 g de glucose | Prédiabète de 1,40 à 1,99 g/L ; diabète à partir de 2,00 g/L |
| Bilan lipidique, tension, transaminases | Les autres faces du syndrome métabolique | Selon les normes du laboratoire |
Ces seuils sont ceux des recommandations de l'American Diabetes Association (2025). Le même texte signale que certaines variantes de l'hémoglobine, dont le trait drépanocytaire, peuvent fausser l'HbA1c. Si vous êtes porteur, la glycémie à jeun ou l'HGPO prennent le relais. Pour savoir à partir de quel chiffre une glycémie devient une urgence, lisez notre guide sur les taux dangereux de glycémie.
Chez une femme qui a des règles irrégulières, de l'acné ou une pilosité qui augmente, le médecin cherchera aussi un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). La recommandation internationale de 2023 demande de vérifier le statut glycémique de toutes les femmes atteintes de SOPK, de préférence par une HGPO (Teede et al., 2023).
Quand ces plaques doivent-elles inquiéter davantage ?
Une forme rare, dite maligne, accompagne certains cancers, surtout digestifs. Les signes qui orientent : apparition brutale chez un adulte sans prise de poids, extension rapide, atteinte des paumes, de la bouche ou des lèvres, amaigrissement inexpliqué. Ces plaques peuvent être le premier signe visible de la maladie (Popa et al., 2019). Dans ce cas, consultez sans tarder.
D'autres causes existent : certains médicaments, comme les corticoïdes au long cours, l'acide nicotinique à forte dose ou l'insuline injectée toujours au même endroit, et des troubles hormonaux (Das et al., 2020). Signalez tout traitement en cours au médecin qui vous examine.
Pourquoi les produits éclaircissants aggravent-ils les plaques ?
Face à un cou qui fonce, le réflexe est souvent la crème éclaircissante, le citron, le bicarbonate ou l'éponge rugueuse. C'est la pire combinaison. La plaque n'est pas un excès de pigment que l'on décape : c'est une peau épaissie par l'insuline. Aucune crème achetée au marché ne touche à cette cause.
Les éclaircissants vendus sans contrôle contiennent souvent de l'hydroquinone, des corticoïdes puissants ou du mercure. Des dermatologues de Lagos ont décrit leurs complications au long cours : ochronose exogène (une pigmentation bleu-noir presque définitive), cicatrisation retardée, infections de la peau, atteinte des reins et effets hormonaux des corticoïdes absorbés par la peau (Olumide et al., 2008).
Le frottement, lui, irrite. Sur peau noire, chaque irritation laisse une tache brune qui s'ajoute à la plaque et la rend plus foncée encore. Un lavage doux, une serviette que l'on tamponne sans frotter, des cols moins serrés : la peau n'a pas besoin de plus.
Comment faire régresser l'acanthosis nigricans ?
En traitant ce qui l'entretient : l'excès d'insuline. La perte de poids reste la mesure la plus efficace et la plus pratique selon une revue récente (Das et al., 2020). Elle réduit à la fois la résistance à l'insuline et l'hyperinsulinisme qui va avec (Hermanns-Lê et al., 2004).
Inutile de viser un poids idéal. Dans le Diabetes Prevention Program, perdre environ 7 % de son poids et marcher 150 minutes par semaine a réduit de 58 % l'apparition du diabète chez des adultes à risque, mieux que la metformine (Knowler et al., 2002). Concrètement : trente minutes de marche rapide, cinq jours sur sept.
Dans l'assiette, le but est de baisser la charge glycémique : moins de riz blanc, de pain blanc et de boissons sucrées, davantage de céréales complètes, de légumineuses et de légumes. Le fonio, céréale ouest-africaine à l'index glycémique modéré, remplace bien le riz. Notre liste d'aliments africains à index glycémique bas propose des menus concrets.
Pour remplacer les jus sucrés, le pain de singe a été étudié pour son effet sur le sucre après le repas : voyez notre article sur le baobab et la glycémie postprandiale.
Le médecin peut ajouter de la metformine quand l'hyperinsulinisme est marqué. Une revue des traitements conclut que certains patients en tirent un bénéfice sur les plaques et sur l'insuline, même si les essais restent peu nombreux et discordants (Romo et al., 2008). Ce médicament se prend uniquement sur ordonnance.
Comptez en mois, pas en semaines. La couleur s'éclaircit souvent en premier, l'épaisseur ensuite, et une disparition complète reste difficile à obtenir (Das et al., 2020).
Quelles crèmes peuvent aider en complément ?
Une fois la cause prise en charge, certaines crèmes améliorent l'aspect. Dans un essai thaïlandais en double aveugle, la trétinoïne à 0,025 % ou 0,05 % appliquée sur la nuque pendant huit semaines a éclairci les plaques d'environ 17 à 18 % au spectrophotomètre, avec une irritation légère (Kritsanaviparkporn et al., 2023).
Chez des adolescents, l'acide salicylique à 10 % et l'urée à 10 % ont donné des résultats proches, autour de 13 à 15 % d'amélioration en huit semaines, sans effet indésirable grave (Treesirichod et al., 2023). Ce sont des gains modestes. Ces crèmes s'utilisent sur conseil d'un médecin ou d'un pharmacien, et la trétinoïne est déconseillée pendant la grossesse.
Lasers et peelings existent aussi (Das et al., 2020), mais sur peau noire ils exposent à des taches d'irritation : à discuter avec un dermatologue habitué aux peaux foncées.

