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Diabète & glycémie11 min de lecture

Plaies diabétiques et plantes : ce qu'il ne faut surtout pas appliquer

Une plaie du pied chez un diabétique n'est pas un cas pour les plantes : signaux d'urgence, pourquoi cette plaie ne cicatrise pas, gestes traditionnels qui coûtent des pieds, ce que la recherche africaine documente vraiment sur le mbom, et ce qui protège au quotidien.

Kofi Mensah
Rédacteur santé — diabète & plantes hypoglycémiantes2,051 mots

Mis à jour le

Feuilles de moringa en clair-obscur, illustrant les plantes à ne pas appliquer sur une plaie du pied diabétique

Une plaie qui ne cicatrise pas en quelques jours chez un diabétique est une urgence, pas un cas pour les plantes. En Afrique de l'Ouest, environ 15 % des patients hospitalisés pour un pied diabétique subissent une amputation (Rigato et al., Diabetes Research and Clinical Practice, 2018). Consultez avant tout cataplasme.

Avis médical : article informatif de sécurité. Une plaie du pied chez une personne diabétique relève d'une prise en charge médicale, jamais d'une automédication végétale : le risque est l'infection profonde puis l'amputation. Aucune plante citée ici n'est un traitement de plaie diabétique. Consultez sans délai, et signalez tout traitement en cours (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.

Quand une plaie diabétique devient-elle une urgence ?

Dès qu'elle ne montre aucun signe de fermeture après trois jours. Ce n'est pas une précaution de style. Un membre inférieur est amputé toutes les trente secondes quelque part dans le monde à cause du diabète (Boulton et al., The Lancet, 2005). Le délai entre la première rougeur et la consultation décide souvent du sort du pied.

Rendez-vous au centre de santé le jour même devant l'un de ces signes.

  • Une plaie qui n'a pas commencé à se refermer après trois à cinq jours
  • Une rougeur qui s'étend autour de la plaie, ou une peau chaude au toucher
  • Une odeur inhabituelle, un écoulement épais ou trouble
  • De la fièvre, des frissons, une glycémie qui grimpe sans raison apparente
  • Un pied engourdi qui ne fait pas mal alors que la plaie est profonde
  • Un orteil qui noircit, ou un pied froid et pâle

Le cinquième signe est le plus traître. L'absence de douleur ne veut pas dire l'absence de gravité, c'est exactement l'inverse. Dans les séries hospitalières d'Afrique de l'Ouest, près d'un patient sur sept admis pour un pied diabétique n'en ressort pas vivant (Rigato et al., Diabetes Research and Clinical Practice, 2018).

Arbre de décision : plaie du pied chez un diabétique, signes imposant une consultation le jour même et signes imposant une consultation sous 24 heures
L'arbre de décision à garder en tête : la question n'est pas quoi appliquer, mais quand partir.

Pourquoi une plaie de diabétique ne cicatrise-t-elle pas comme les autres ?

Trois défaillances se superposent, et chacune aggrave les deux autres. La neuropathie supprime la douleur, l'artériopathie prive la plaie de sang, l'infection s'installe dans un terrain qui ne se défend plus. Une coupure de rien devient un ulcère profond en une semaine.

La neuropathie d'abord. Les nerfs longs des pieds sont les premiers abîmés par une glycémie élevée durable. Le patient ne sent plus le caillou dans la sandale, la brûlure du sable chaud, la coupure du tesson. Il marche sur la plaie et l'aggrave à chaque pas, sans le moindre signal d'alarme.

Vient la circulation. Les artères des jambes se rétrécissent, et le sang qui apporte oxygène, globules blancs et antibiotiques n'atteint plus la peau du talon ou de l'orteil. C'est pourquoi un pansement parfait peut échouer : le problème n'est pas sur la plaie, il est dans l'artère qui la nourrit, et cela réclame un bilan vasculaire que seul un hôpital peut faire.

L'infection ferme la boucle. Elle progresse vers le tendon, puis vers l'os. La prévalence mondiale de l'ulcère du pied diabétique est estimée à 6,3 %, et elle atteint 7,2 % en Afrique (Zhang et al., Annals of Medicine, 2017). Une fois l'ulcère guéri, quatre patients sur dix récidivent dans l'année (Armstrong, Boulton et Bus, New England Journal of Medicine, 2017).

Que ne faut-il jamais appliquer sur une plaie diabétique ?

Voici les gestes réellement pratiqués, et ce qu'ils produisent. Aucun n'est cité pour juger celui qui les a appris de sa mère. Ils sont cités parce qu'ils coûtent des pieds.

Geste courantCe qui se passe réellementÀ faire à la place
Cataplasme de feuilles fraîchesFeuilles non stériles posées sur une porte d'entrée ouverte, apport direct de germes du solRincer à l'eau propre, couvrir d'une compresse stérile, consulter
Beurre de karité, huile de palmeCouche grasse occlusive qui enferme les bactéries et cache le pusPansement prescrit, réévalué par un soignant
Cendre de bois, terre, argileCorps étrangers abrasifs, risque tétanique sur une plaie souilléeNe rien ajouter, protéger et faire évaluer
Sel, citron, pétrole lampantBrûlure chimique des berges de la plaie, qui s'élargitSérum physiologique ou eau propre uniquement
Antibiotique acheté au marchéSous-dosage, résistance, infection qui continue en silenceAntibiotique sur infection prouvée cliniquement (Lipsky et al., IWGDF/IDSA, 2020)
Percer ou découper soi-mêmeOuverture d'un espace profond, dissémination vers l'osDétersion faite en milieu de soins
Comparaison entre six gestes traditionnels appliqués sur une plaie diabétique et le geste de soin recommandé correspondant
À gauche ce qui se pratique, à droite ce qui protège le pied.

Un mot sur l'antibiotique acheté sans ordonnance, parce qu'il est le plus répandu et le moins discuté. Trois jours de comprimés puis l'arrêt, cela ne stérilise rien. Cela sélectionne des germes résistants et rend le traitement hospitalier plus difficile quinze jours plus tard. Les recommandations internationales réservent l'antibiothérapie aux plaies cliniquement infectées (Lipsky et al., IWGDF/IDSA, 2020).

Comment soigner une plaie avec un remède de grand-mère ?

Sur une écorchure superficielle chez une personne non diabétique, l'eau propre, le savon et une compresse suffisent. C'est le vrai remède de grand-mère, et il tient la route. Sur un pied diabétique, le même raisonnement devient dangereux, car ce pied ne prévient plus quand tout se dégrade.

Le recours au tradipraticien n'est pas une faute. L'OMS estime que jusqu'à 80 % des populations de certains pays africains s'adressent d'abord à la médecine traditionnelle pour leurs soins de premier recours (OMS, Stratégie pour la médecine traditionnelle 2014-2023). Le centre de santé est loin, la consultation coûte, le guérisseur connaît la famille. Ce calcul se comprend.

Mais le pied diabétique ne pardonne pas le retard. Les séries africaines décrivent depuis vingt ans des présentations tardives, à un stade déjà avancé (Abbas et Archibald, Medical Science Monitor, 2005), et le passage préalable par des soins traditionnels y est régulièrement rapporté (Chalya et al., BMC Research Notes, 2011).

Le miel lui-même, le plus étudié des remèdes domestiques, ne fait pas mieux : la revue Cochrane conclut à des preuves insuffisantes pour l'ulcère du pied diabétique (Jull et al., Cochrane Database of Systematic Reviews, 2015).

Il existe pourtant une bonne façon de tenir les deux mondes. Allez au centre de santé d'abord, faites évaluer la plaie, puis parlez de vos usages traditionnels au soignant plutôt qu'à sa place.

Que dit la recherche africaine sur le mbom (Alchornea cordifolia) ?

Elle documente un usage, elle ne valide pas un traitement. Alchornea cordifolia, appelée mbom ou bololo-bololo en lingala en République démocratique du Congo, aluma au Sénégal, djambé ou bobongo au Cameroun, figure parmi les plantes les plus citées de la pharmacopée d'Afrique centrale pour l'application externe sur les plaies.

Les travaux publiés portent sur des extraits préparés en laboratoire, pas sur des feuilles ramassées au bord du chemin. Des composés anti-inflammatoires ont été isolés des feuilles et de l'écorce de racine (Mavar-Manga et al., Journal of Ethnopharmacology, 2008), et une activité antibactérienne in vitro est décrite dans plusieurs études ethnopharmacologiques.

Et c'est là que le raisonnement s'arrête. Rien de tout cela n'a été testé sur un ulcère de pied diabétique chez l'humain. Un cataplasme de feuilles fraîches n'est pas stérile. Posé sur une plaie neuropathique, il apporte des germes dans un tissu qui ne sait plus se défendre, et il masque l'évolution de l'infection sous la couche végétale.

La plante est par ailleurs écartée pendant la grossesse et l'allaitement, et son usage traditionnel au-delà de trois semaines sans encadrement n'est appuyé par aucune donnée de sécurité.

Ce n'est pas un rejet de la plante. C'est un rejet de cet usage précis.

Existe-t-il une pommade pour les plaies diabétiques ?

Aucune pommade ne referme à elle seule un ulcère de pied diabétique. Les recommandations internationales ne désignent aucun pansement supérieur aux autres pour la cicatrisation, le choix dépendant du niveau d'exsudat et de l'état du lit de la plaie (IWGDF Guidelines, 2023). Ce qui fait cicatriser se joue ailleurs.

La décharge, d'abord. Retirer l'appui du pied blessé, par botte de décharge, chaussure spécifique ou béquilles, est la mesure qui déplace le plus le taux de cicatrisation dans les essais (IWGDF Guidelines, 2023). Un pansement impeccable sous un pied qui marche huit heures par jour ne guérira pas.

Méfiez-vous des tubes vendus au marché sous la mention « cicatrisant diabétique ». Aucun ne s'appuie sur un dossier clinique. Certains contiennent des corticoïdes, qui ralentissent la cicatrisation au lieu de l'accélérer.

Qu'est-ce qui protège vraiment vos pieds au quotidien ?

La glycémie et l'inspection quotidienne, dans cet ordre. Chaque baisse de 1 % de l'hémoglobine glyquée s'accompagne d'une réduction d'environ 37 % des complications microvasculaires (Stratton et al., BMJ, 2000, UKPDS 35). C'est ce qui protège les nerfs et les petits vaisseaux avant même que la plaie n'existe.

Ensuite, quatre habitudes qui ne coûtent rien.

  • Regarder ses deux pieds chaque soir, dessous compris, avec un miroir posé au sol ou l'aide d'un proche
  • Ne jamais marcher pieds nus, ni dehors ni dans la maison, et secouer ses chaussures avant de les enfiler
  • Choisir un chaussage fermé, souple, sans couture intérieure saillante, essayé en fin de journée quand le pied a gonflé
  • Couper les ongles droit, faire traiter cors et callosités par un soignant, jamais à la lame

Demandez enfin un test au monofilament une fois par an. Il dure deux minutes et il dit si vos pieds sentent encore. En Afrique, 24 millions d'adultes vivaient avec un diabète en 2021, un chiffre attendu à 55 millions en 2045 (FID, Atlas du diabète, 10e édition, 2021). Le dépistage du pied fait partie du suivi, pas des options.

Récapitulatif des gestes de protection du pied diabétique : contrôle glycémique, inspection quotidienne, chaussage fermé, test au monofilament annuel
Cinq réflexes qui évitent la plaie, bien avant qu'elle n'apparaisse.

Avertissement médical

Avertissement. Cet article est informatif et ne remplace aucune consultation. Il ne décrit volontairement aucun protocole d'auto-traitement et aucune recette : une plaie du pied chez une personne diabétique est une urgence de soins, et le retard de prise en charge est le premier facteur d'amputation évitable.

Consultez le jour même devant une plaie qui ne se referme pas en trois à cinq jours, une rougeur qui s'étend, une odeur, un écoulement trouble, de la fièvre, une glycémie qui s'emballe, un orteil noirci ou un pied froid et pâle. Une plaie indolore chez un diabétique est plus inquiétante, pas moins.

Contre-indications et précautions. Aucune plante, aucun cataplasme, aucune huile et aucun corps gras ne doivent être appliqués sur une plaie diabétique ouverte sans accord du soignant. Alchornea cordifolia (mbom, aluma, djambé) est citée ici au titre de son usage traditionnel documenté, jamais comme traitement ; elle est écartée pendant la grossesse et l'allaitement, et son usage prolongé au-delà de trois semaines sans encadrement n'est pas documenté.

Interactions. Signalez tout traitement en cours, en particulier antidiabétiques oraux, insuline et anticoagulants : plusieurs préparations végétales modifient la glycémie ou la coagulation, et une plaie en cours de cicatrisation rend ces variations plus risquées. L'antibiothérapie ne se décide pas seul.

Sources

  1. Diabetic Foot Ulcers and Their Recurrence— Armstrong DG, Boulton AJM, Bus SA · New England Journal of Medicine · 2017
  2. Global epidemiology of diabetic foot ulceration: a systematic review and meta-analysis— Zhang P, Lu J, Jing Y et al. · Annals of Medicine · 2017
  3. Characteristics of diabetic foot ulcers in Western Sub-Saharan Africa: a systematic review and meta-analysis of observational studies— Rigato M, Pizzol D, Tiago A et al. · Diabetes Research and Clinical Practice · 2018
  4. The global burden of diabetic foot disease— Boulton AJM, Vileikyte L, Ragnarson-Tennvall G, Apelqvist J · The Lancet · 2005
  5. Honey as a topical treatment for wounds— Jull AB, Cullum N, Dumville JC et al. · Cochrane Database of Systematic Reviews · 2015
  6. Association of glycaemia with macrovascular and microvascular complications of type 2 diabetes (UKPDS 35)— Stratton IM, Adler AI, Neil HAW et al. · BMJ · 2000
  7. IWGDF Guidelines on the prevention and management of diabetes-related foot disease— IWGDF Editorial Board · International Working Group on the Diabetic Foot · 2023
  8. Guidelines on the diagnosis and treatment of foot infection in persons with diabetes— Lipsky BA, Senneville É, Abbas ZG et al. · Diabetes/Metabolism Research and Reviews (IWGDF/IDSA) · 2020
  9. Epidemiology of the diabetic foot in Africa— Abbas ZG, Archibald LK · Medical Science Monitor · 2005
  10. Surgical management of diabetic foot ulcers: a Tanzanian university teaching hospital experience— Chalya PL, Mabula JB, Dass RM et al. · BMC Research Notes · 2011
  11. Anti-inflammatory compounds from leaves and root bark of Alchornea cordifolia (Schumach. & Thonn.) Müll. Arg.— Mavar-Manga H, Haddad M, Pieters L et al. · Journal of Ethnopharmacology · 2008
  12. IDF Diabetes Atlas, 10th edition— IDF · International Diabetes Federation · 2021
  13. WHO Traditional Medicine Strategy 2014-2023— OMS · World Health Organization · 2013

Questions fréquentes

Comment soigner une plaie quand on est diabétique ?

Faites examiner la plaie par un soignant dans les 24 heures. Le traitement repose sur le nettoyage, le retrait des tissus morts, un pansement adapté et surtout la mise en décharge du pied. Aucune plante ne remplace ces gestes. Le contrôle de la glycémie conditionne la cicatrisation.

Qu'est-ce qu'une plaie diabétique et comment la traiter ?

C'est une plaie du pied ou de la jambe survenue chez un diabétique, liée à la neuropathie et à une circulation appauvrie. Elle se traite en milieu médical, avec évaluation vasculaire, détersion, pansements, décharge, et antibiotiques seulement si une infection est prouvée. Le délai avant consultation détermine largement le pronostic du membre.

Peut-on appliquer du miel ou du beurre de karité sur une plaie diabétique ?

Non, pas sur une plaie diabétique ouverte sans avis médical. La revue Cochrane sur le miel conclut à des preuves insuffisantes pour l'ulcère du pied diabétique (Jull et al., 2015). Le beurre de karité, non stérile, occlut la plaie et masque une infection qui progresse sous la couche grasse.

Combien de temps une plaie diabétique met-elle à cicatriser ?

Une plaie superficielle sans complication ferme souvent en quatre à douze semaines sous prise en charge correcte. Passé un mois sans amélioration nette, le dossier doit être réévalué, en particulier sur le plan artériel. Toute plaie encore ouverte à trois semaines chez un diabétique justifie un avis spécialisé.

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