Contrairement à l'idée que « plante = doux », certaines font monter la tension. En tête, la réglisse : sa glycyrrhizine retient le sodium et élève la pression ; l'ANSES conseille d'en rester sous environ 10 mg par jour. Sel et cube bouillon restent les pires ennemis ; le bissap pourrait aider, sous avis médical.
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⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antihypertenseurs, anticoagulants, diurétiques). Détails en fin d'article.
On imagine souvent qu'une tisane ne peut pas faire de mal. La réalité est plus nuancée. Quand on vit avec une tension élevée, quelques plantes et habitudes alimentaires courantes en Afrique francophone peuvent aggraver la situation au lieu de l'apaiser. Voici les réponses claires aux questions que se posent les personnes hypertendues, avec un verdict pour chaque plante.

Quelles sont les plantes à éviter en cas d'hypertension ?
La liste courte tient sur une main. La réglisse (Glycyrrhiza glabra) domine le classement des plantes à fuir. Sa molécule active, la glycyrrhizine, bloque une enzyme rénale et pousse le corps à retenir le sodium et à perdre du potassium. Une méta-analyse a relié la consommation régulière de réglisse à une hausse de la tension et à une baisse du potassium sanguin (Penninkilampi et al., Journal of Human Hypertension, 2017).
L'éphédra, aussi appelé ma huang, est l'autre plante à proscrire. Ses alcaloïdes, proches de l'adrénaline, resserrent les vaisseaux. Une analyse de signalements américains a relevé hypertension, accidents vasculaires cérébraux et troubles du rythme chez des utilisateurs de compléments à base d'éphédra (Haller et Benowitz, NEJM, 2000).
Le guarana très concentré et les boissons énergisantes ajoutent une dose de caféine qui fait monter la pression pendant quelques heures. Le ginseng, souvent accusé, mérite un verdict plus nuancé, détaillé plus bas.
| Plante ou produit | Verdict | Pourquoi |
|---|---|---|
| Réglisse | À éviter | Glycyrrhizine : rétention de sodium, perte de potassium, hausse de tension |
| Éphédra / ma huang | À éviter | Alcaloïdes vasoconstricteurs |
| Guarana concentré, boissons énergisantes | Prudence | Caféine élevée, hausse transitoire |
| Pamplemousse (avec certains traitements) | Prudence | Interaction avec certains inhibiteurs calciques |
| Ginseng | Pas de hausse démontrée | Essais sans effet net sur la tension |
| Bissap (hibiscus) | Bénéfique, avec prudence | Effet antihypertenseur documenté, s'additionne aux médicaments |
Quelle quantité de réglisse devient risquée ?
Moins qu'on ne le croit. L'ANSES a fixé une valeur de référence de 0,14 mg de glycyrrhizine par kilo de poids corporel et par jour, soit environ 10 mg pour un adulte de 70 kg (ANSES, 2025). L'agence estime qu'environ 60 % des adultes qui consomment des produits à la réglisse dépassent ce repère.
En 2003, le comité scientifique européen relevait déjà des effets indésirables chez certaines personnes dès une prise régulière d'environ 100 mg par jour (Comité scientifique de l'alimentation humaine, 2003). Le repère français est dix fois plus bas, et ce durcissement dit une chose simple. Chez une personne déjà hypertendue, il n'existe pas de « petite dose quotidienne » de réglisse vraiment rassurante.
Le piège, c'est le cumul. Bâton de réglisse mâché, bonbons, pastis sans alcool, sirops, tisanes « digestion » et compléments alimentaires s'additionnent. L'ANSES recommande justement d'éviter de multiplier ces sources et de signaler toute consommation de réglisse à son médecin quand on suit un traitement pour le cœur ou la tension (ANSES, 2025).
Quelles épices font monter la tension artérielle ?
Ici, une bonne nouvelle et un piège. La bonne nouvelle : aucune épice pure, ni le gingembre, ni le poivre, ni le piment, n'est connue pour faire grimper durablement la tension. Le piège vient du sodium caché dans les mélanges tout prêts. Le cube bouillon, les épices industrielles pour riz gras ou mafé et les assaisonnements en sachet sont souvent très salés.
La réglisse en poudre reste l'exception qui confirme la règle. On la retrouve dans certaines confiseries et dans des tisanes vendues en épicerie. Lisez les étiquettes : la mention réglisse, Glycyrrhiza ou acide glycyrrhizique doit vous alerter si votre tension grimpe.
Le vrai geste utile n'est pas d'ajouter une épice miracle. C'est de retirer le sel. Remplacer le cube par de l'ail, de l'oignon, du citron et des herbes fraîches abaisse la charge sodée sans sacrifier le goût du plat.

Le ginseng fait-il vraiment monter la tension ?
Sa réputation est plus mauvaise que les données. Une méta-analyse d'essais randomisés n'a pas trouvé d'effet significatif du ginseng (Panax) sur la pression systolique ou diastolique (Komishon et al., Journal of Human Hypertension, 2016). Les essais restent toutefois courts et de qualité inégale.
Notre verdict : le ginseng n'est pas l'ennemi numéro un d'un hypertendu. Le vrai souci vient des produits « énergie » qui l'associent à de la caféine, du guarana ou d'autres stimulants. Lisez la composition complète, pas seulement le nom vendu en façade.
Le café et le guarana sont-ils à supprimer ?
Pas forcément le café, mais les doses massives, oui. Chez les personnes hypertendues, 200 à 300 mg de caféine font monter la tension de plusieurs mmHg pendant au moins trois heures ; en revanche, la consommation habituelle de café n'a pas été associée à une hausse durable de la pression (Mesas et al., American Journal of Clinical Nutrition, 2011).
Le guarana concentre plus de caféine que le café. Associé à une boisson énergisante, il fait grimper la dose sans qu'on s'en rende compte. Si vous mesurez votre tension à domicile, évitez café et thé fort dans la demi-heure qui précède, sinon le chiffre sera faussé.
Le pamplemousse est-il dangereux avec les médicaments de la tension ?
Il peut l'être, mais seulement avec certains médicaments. Le jus de pamplemousse bloque une enzyme intestinale qui dégrade de nombreux traitements. Résultat : plus de médicament passe dans le sang. Parmi les molécules concernées figurent des inhibiteurs calciques comme la félodipine ou la nifédipine (Bailey et al., CMAJ, 2013).
L'effet d'un seul verre peut durer plus d'une journée. Si vous prenez un antihypertenseur, demandez à votre pharmacien si le vôtre est concerné avant de boire du pamplemousse régulièrement. Les autres agrumes courants, comme l'orange douce, ne posent pas ce problème.
Quel fruit stabilise la tension artérielle ?
Le potassium est l'ami discret des hypertendus. Il aide les reins à évacuer le sodium et détend la paroi des vaisseaux. La banane en est la vedette, mais elle n'est pas seule. La pastèque, la papaye, l'orange et l'avocat en apportent de belles quantités. L'essai DASH, publié dans le New England Journal of Medicine (Appel et al., 1997), a montré qu'un régime riche en fruits et légumes baisse la tension de plusieurs points.
Attention toutefois. Si vous prenez un diurétique dit « épargneur de potassium » ou un IEC, un excès de potassium peut devenir risqué, surtout en cas de maladie rénale. Le bon réflexe reste la mesure : des portions de fruits raisonnables, pas des litres de jus sucré. Aucun fruit ne remplace un comprimé, mais il soutient le traitement.
Quels sont les bienfaits de la réglisse, et pourquoi ce paradoxe ?
La réglisse n'est pas une plante « mauvaise » en soi. Elle est traditionnellement utilisée contre les brûlures d'estomac, la toux et les maux de gorge, ce qui explique sa présence dans tant de remèdes de grand-mère. Le problème est ciblé : chez une personne hypertendue, ces usages ne compensent pas le risque tensionnel.
C'est un contre-exemple utile. Il rappelle qu'une plante peut convenir à un usage et devenir dangereuse pour un autre profil. Si vous avez besoin de calmer un estomac, la camomille est une option sans ce risque, à condition de vérifier les interactions avec votre traitement ; notre dossier camomille et hypertension fait le point.
Les tisanes « détox » ou « minceur » sont-elles un risque ?
Souvent, oui, et pour une raison simple : on ne sait pas toujours ce qu'elles contiennent. Beaucoup de mélanges vendus sur les marchés, en ligne ou en parapharmacie associent réglisse, plantes stimulantes et extraits riches en caféine. L'ANSES cite justement les tisanes et compléments parmi les sources de réglisse qui s'additionnent (ANSES, 2025).
Deux règles nous paraissent raisonnables. Fuyez les sachets sans liste d'ingrédients claire. Et méfiez-vous des promesses « brûle-graisse » : elles reposent presque toujours sur des stimulants, exactement ce qu'un cœur sous pression n'apprécie pas.
Quel est le pire ennemi de l'hypertension au quotidien ?
Le sel. Aucun débat. L'Organisation mondiale de la santé recommande de rester sous 5 g de sel par jour, alors que la moyenne mondiale tourne autour de 11 g, plus du double (OMS, aide-mémoire sur la réduction du sodium). Le pire, c'est que ce sel se cache : dans le pain, dans le poisson fumé, dans le cube bouillon et dans les plats transformés.
Réduire le sodium est le geste qui rapporte le plus. Une réduction modeste et durable du sel abaisse la tension systolique d'environ 5 mmHg chez les hypertendus (He et al., BMJ, 2013). Concrètement : goûtez avant de resaler, limitez le cube, rincez les conserves et cuisinez maison quand vous le pouvez.
Le tabac et l'excès d'alcool suivent le sel de près. Ils rigidifient les artères et sabotent l'effet de tout traitement. Pour situer l'ampleur du problème dans la région, consultez nos chiffres de l'hypertension en Afrique de l'Ouest.
Quelle plante fait le plus baisser la tension artérielle ?
Puisque certaines plantes nuisent, autant connaître celles qui aident. Le bissap, ou hibiscus (Hibiscus sabdariffa), est la mieux étudiée. Un essai clinique mexicain a comparé un extrait standardisé d'hibiscus au captopril, un médicament de référence, et a trouvé une baisse de tension comparable sur quatre semaines (Herrera-Arellano et al., Phytomedicine, 2004).
Une méta-analyse d'essais randomisés a ensuite retrouvé une baisse moyenne de la tension systolique et diastolique avec le thé d'hibiscus (Serban et al., Journal of Hypertension, 2015). Notre dossier bissap et tension artérielle détaille les quantités utilisées dans ces essais. D'autres plantes, comme le moringa ou le prunier d'Afrique, ont des données plus minces.
Le kinkéliba (Combretum micranthum), tisane ouest-africaine bien connue au Sénégal et au Mali, est souvent cité. Les essais cliniques sur la tension manquent pourtant, et la plante a ses propres précautions, résumées dans notre fiche kinkéliba : effets secondaires et interactions.
Le bissap peut-il remplacer un médicament contre la tension ?
Non. Les essais sur l'hibiscus durent quelques semaines et portent sur des hypertensions légères à modérées. Aucun ne permet d'arrêter un traitement prescrit. Une hypertension non contrôlée expose à l'AVC, à l'infarctus et à l'insuffisance rénale : le risque n'est pas théorique.
Le bon usage est complémentaire. Si vous prenez déjà un antihypertenseur, le bissap peut additionner son effet et faire chuter la pression trop bas. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant d'en faire une cure, surveillez vos chiffres et ne modifiez jamais seul votre traitement. Les rumeurs sur un bissap « interdit » relèvent, elles, de la confusion.
Que retenir avant votre prochaine tisane ?
La règle est simple. Une plante n'est jamais bonne ou mauvaise dans l'absolu : tout dépend de votre profil, de la dose et de vos médicaments. Fuyez la réglisse et l'éphédra, méfiez-vous du sel, du cube et des mélanges stimulants, et gardez le bissap comme allié mesuré. Et surtout, mesurez votre tension régulièrement plutôt que de vous fier à une sensation.
