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Fertilité & femme13 min de lecture

Salmia et bouffées de chaleur au Maroc : dose, durée et vrais dangers

Salmia et bouffées de chaleur au Maroc : ce que montrent vraiment les essais sur la sauge, la dose exacte de l'infusion et la durée à ne jamais dépasser.

Fatou Ndiaye
Rédactrice santé — santé féminine & cycle menstruel2,419 mots

Mis à jour le

Rameau de sauge officinale aux feuilles duveteuses, la salmia marocaine infusée contre les bouffées de chaleur

La salmia (sauge officinale) réduit les bouffées de chaleur : dans l'essai de Bommer (Advances in Therapy, 2011, 71 femmes), le score total a chuté de 64 % en huit semaines. Mais elle contient de la thuyone : cure de trois semaines maximum, jamais en continu, et interdite pendant la grossesse.

⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.

Six sites français occupent la première page marocaine sur cette question. Aucun n'écrit le mot salmia. Aucun ne dit combien de temps on peut en boire. C'est pourtant là que se joue la sécurité de cette plante, vendue au poids chez n'importe quel attar (عطّار) pour quelques dirhams la poignée.

Pourquoi les bouffées de chaleur frappent-elles plus fort au Maroc ?

Entre 60 et 80 % des femmes traversent la ménopause avec des bouffées de chaleur, selon la revue systématique de Freeman et Sherif (Climacteric, 2007), qui a comparé plus de quarante populations à travers le monde. Ce n'est pas une fragilité personnelle. C'est la règle.

Ce que peu de femmes savent, c'est la durée. L'étude SWAN a suivi 1 449 participantes pendant dix-sept ans et mesuré une médiane de 7,4 années de bouffées et de sueurs nocturnes (Avis et al., JAMA Internal Medicine, 2015). Quand les symptômes démarrent avant l'arrêt des règles, cette médiane dépasse onze ans.

Au Maroc, deux facteurs s'ajoutent. Le premier est thermique : de juin à septembre, une bouffée supportable en février devient un réveil à trois heures du matin. Le second est métabolique. Près de six adultes marocains sur dix dépassent un IMC de 25, et l'obésité touche deux fois plus les femmes (World Obesity Atlas, 2025).

Or la masse grasse pèse sur ce symptôme précis. Dans la cohorte SWAN, les femmes qui prenaient de la graisse corporelle pendant la transition rapportaient davantage de bouffées (Thurston et al., American Journal of Epidemiology, 2009). C'est un des rares points sur lesquels on peut agir, et il rejoint la redistribution de la graisse abdominale après 40 ans.

Dernier réflexe utile : ne pas tout mettre sur le compte de la ménopause. L'anémie touche près d'une femme en âge de procréer sur trois dans la région méditerranéenne orientale (Organisation mondiale de la Santé, estimations mondiales de l'anémie, 2021) et donne les mêmes vertiges, la même chute d'énergie. Une fatigue qui s'installe mérite un bilan sanguin, pas une tisane.

Qu'est-ce que la salmia et que fait-elle vraiment ?

La salmia (سالمية) est la sauge officinale, Salvia officinalis. Chez l'attar, elle se vend en feuilles séchées gris-vert, très odorantes, au poids. C'est exactement la même plante que la « sauge » des monographies européennes, sous un autre nom.

L'essai le plus cité reste celui de Bommer, Klein et Suter (Advances in Therapy, 2011) : 71 femmes ménopausées, huit semaines, un comprimé de feuille fraîche par jour. Le score total de bouffées a baissé de 50 % à quatre semaines et de 64 % à huit semaines. Les bouffées classées très sévères ont disparu chez toutes les participantes.

Ce chiffre impressionne, mais l'essai était ouvert, sans placebo. Un essai randomisé en double aveugle contre placebo, publié dans Heliyon (2021), a ensuite retrouvé un bénéfice sur un large spectre de plaintes ménopausiques. Un troisième travail iranien, mené sur 66 femmes pendant quatre semaines, a mesuré une baisse des sueurs nocturnes et des troubles du sommeil (Zeidabadi et al., Journal of Family Medicine and Primary Care, 2020).

Il faut rester honnête sur le statut de ces preuves. La position 2023 de la North American Menopause Society ne recommande aucune plante en première intention contre les bouffées (Menopause, 2023). La salmia n'est pas un traitement hormonal. Elle atténue la sudation, ce qui suffit souvent à récupérer des nuits entières.

Et aucun essai marocain n'a testé la salmia sur les bouffées de chaleur. Les données citées ici viennent d'Europe et d'Iran. Ce qui est marocain, c'est l'usage.

Carte mentale de la salmia contre les bouffées de chaleur : effet antisudoral, essais cliniques, dose d'infusion et contre-indications liées à la thuyone
Ce que la salmia fait, ce qu'elle ne fait pas, et où s'arrête son usage.

Combien de temps peut-on boire la salmia sans danger ?

Voici ce que quatre des six résultats de la page marocaine passent sous silence. Les feuilles de sauge officinale contiennent de la thuyone, une molécule neurotoxique et convulsivante à dose cumulée.

L'Agence européenne du médicament plafonne l'exposition à 5 mg de thuyone par jour pour un adulte, et pour deux semaines au maximum, dans sa déclaration publique sur les préparations de feuille de sauge (EMA/HMPC, 2010, révision 1). La monographie européenne de Salvia officinalis folium (EMA/HMPC/277152/2015) borne l'usage traditionnel dans les mêmes termes, avec avis médical au-delà.

Une infusion n'est pas un comprimé dosé. La teneur en thuyone d'une tasse varie avec la quantité de feuilles et le temps d'infusion, et l'évaluation de Lachenmeier et Uebelacker (Regulatory Toxicology and Pharmacology, 2010) montre que les infusions maison sortent facilement des marges retenues par les régulateurs. Laisser infuser vingt minutes « pour que ce soit plus fort » est exactement la mauvaise idée.

Règle pratique : trois semaines de cure au maximum, puis une semaine d'arrêt complet. Pas de tisane de salmia bue tous les jours toute l'année, même à faible dose.

  • Grossesse et allaitement : contre-indication absolue, la sauge réduisant par ailleurs la lactation.
  • Épilepsie ou antécédent de convulsions : à écarter, la thuyone abaissant le seuil convulsif.
  • Cancer du sein, de l'utérus ou de l'ovaire hormono-dépendant : avis de l'oncologue obligatoire avant toute prise, y compris en antécédent familial.
  • Traitement anticoagulant, antidiabétique ou anticonvulsivant : interactions possibles, à signaler au médecin traitant.

Ce n'est pas une précaution de rédaction. Les plantes figurent parmi les premières causes d'intoxication déclarées au Centre Anti Poison et de Pharmacovigilance du Maroc, précisément parce qu'elles s'achètent sans conseil et se boivent sans limite de durée.

Schéma de la cure de salmia : trois semaines d'infusion à une ou deux tasses par jour, puis une semaine d'arrêt complet, avec le plafond de 5 mg de thuyone par jour
Trois semaines de cure, puis une semaine d'arrêt : la limite que la vente au poids ne rappelle jamais.

Comment préparer l'infusion de salmia chez soi ?

Chez l'attar, demandez des feuilles entières, jamais de la poudre. Une feuille entière se reconnaît à l'œil ; une poudre grise peut être coupée avec autre chose. Le parfum doit être franc, camphré, presque piquant au nez.

  1. Une cuillère à café rase de feuilles séchées, soit environ 1,5 g, pour une tasse de 200 ml.
  2. Eau frémissante, pas de gros bouillons qui emportent les huiles essentielles.
  3. Couvrir et laisser infuser cinq minutes, pas davantage.
  4. Filtrer et boire sans sucre, une à deux tasses par jour au maximum.

Cette dose n'est pas arbitraire : la monographie européenne retient 1 à 3 g de feuilles coupées pour 150 ml d'eau, une à trois fois par jour (EMA/HMPC, 2016). La cuillère à café rase tombe dans cette fourchette, la cuillère à soupe la fait exploser.

Le meilleur moment reste la fin d'après-midi, à l'heure de l'atay. Le geste existe déjà dans la maison marocaine ; cet article ne fait que fixer la dose. Pour les réveils nocturnes, beaucoup de femmes alternent avec la louiza (لويزة) du soir.

Un mot sur cette louiza, justement. Au Maroc, le nom désigne tantôt la verveine odorante (Aloysia citrodora), tantôt la citronnelle (Cymbopogon citratus). Les deux se boivent, les deux détendent, mais ce ne sont pas les mêmes plantes. Demandez à voir la feuille avant d'acheter.

Reste le sucre. L'atay bel na'na quotidien, très sucré, entretient un pic glycémique en fin de journée qui n'arrange ni le sommeil ni le tour de taille. Le remplacer par une infusion nature est le changement le plus banal qui soit, dans la même logique que les recettes marocaines au cumin et au citron.

Pourquoi le chih ne convient-il pas à la ménopause ?

Le chih (الشيح), l'armoise blanche ou Artemisia herba-alba, est l'un des emménagogues les plus employés du pays. On le prend pour faire revenir des règles en retard, et cet usage est solidement installé.

C'est précisément pour cela qu'il n'a rien à faire dans une ménopause. Relancer un cycle à 52 ans n'a aucun sens physiologique : la réserve folliculaire ovarienne est épuisée, et aucune plante ne la régénère. Le chih est par ailleurs utérotonique, avec une contre-indication absolue en grossesse, ce qui compte encore en périménopause.

La confusion est facile à l'étal : deux feuilles grises, deux odeurs amères, deux sachets voisins. Ce ne sont pas les mêmes indications.

Quelles autres plantes marocaines aident réellement ?

L'ancrage n'est pas anecdotique. Une enquête ethnopharmacologique menée dans le Tafilalet auprès de 980 femmes, 60 herboristes et 20 sages-femmes a recensé 115 espèces réparties en 47 familles pour les troubles gynéco-obstétricaux (Current Women's Health Reviews, 2020). Elle porte sur la gynécologie en général, pas sur la ménopause : elle prouve le recours, pas l'efficacité.

Le romarin (iklil, إكليل الجبل) y affiche la plus forte valeur d'usage toutes indications confondues (UV 0,40). Pour les troubles des règles, le plus haut niveau de fidélité revient à l'origan (94,07 %), le romarin arrivant deuxième. L'iklil accompagne la circulation, la fatigue et le moral. Il ne traite pas la bouffée de chaleur.

La helba (الحلبة), le fenugrec, est l'autre phare de la pharmacopée féminine marocaine. Un essai randomisé contre placebo a mesuré une baisse des symptômes climatériques avec un extrait standardisé de graines décortiquées (Steels et al., Phytotherapy Research, 2017). La graine du souk n'est pas cet extrait, et la helba reste contre-indiquée en grossesse.

L'huile d'onagre en capsules, vendue en parapharmacie urbaine et sans nom vernaculaire, revient souvent dans les conseils. La revue de Mahboubi (Journal of Menopausal Medicine, 2019) rassemble surtout des données mécanistiques et obstétricales : rien qui démontre un effet sur les bouffées de chaleur.

Aller chercher la réponse dans la plante avant le cabinet est un réflexe ancien et respectable. Il mérite des doses justes plutôt que du mépris, exactement comme pour les plantes employées pour la fertilité du couple.

Comment gérer les bouffées pendant le Ramadan et l'été ?

Pendant le Ramadan, la séquence du ftour déclenche des bouffées nocturnes chez beaucoup de femmes : rupture par les dattes et le lait, puis repas lourd et tardif, puis coucher immédiat. La digestion élève la température centrale au moment exact où le corps devrait la faire baisser.

Le mécanisme est connu. Après la ménopause, la zone de neutralité thermique se rétrécit à quelques dixièmes de degré : une hausse minime de température centrale suffit à déclencher la sudation (Freedman, Journal of Steroid Biochemistry and Molecular Biology, 2014). Un repas tardif, un hammam ou une chambre à 28 °C franchissent ce seuil sans effort.

Trois ajustements suffisent souvent. Espacer le ftour du repas principal d'au moins une heure. Alléger le plat du soir. Et boire l'infusion de salmia après le ftour plutôt qu'au shour, pour ne pas ajouter un diurétique léger juste avant une journée sans eau.

L'été marocain demande autre chose. Boire avant d'avoir soif, viser une urine claire, et se méfier du hammam en pleine vague de chaleur : la vasodilatation qu'il provoque prolonge la bouffée au lieu de l'éteindre.

Côté vêtements, le coton et le lin en couches fines valent mieux qu'une épaisseur unique de synthétique. Un ventilateur de chevet et un drap léger changent une nuit d'août.

Récapitulatif des plantes marocaines de la ménopause : salmia pour la sudation, louiza pour le sommeil, iklil en accompagnement, chih à éviter
Quatre plantes marocaines, quatre rôles distincts.

Quand faut-il consulter plutôt qu'infuser ?

La ménopause se parle peu au Maroc. On en parle à sa mère, à ses tantes, à l'attar, rarement au gynécologue. Certains signes ne relèvent pourtant d'aucune tisane.

  • Un saignement, même minime, plus de douze mois après les dernières règles.
  • Des bouffées de chaleur qui apparaissent pour la première fois après 60 ans.
  • Des palpitations, une douleur thoracique ou un essoufflement pendant les bouffées.
  • Des symptômes qui cassent le sommeil ou le travail depuis plus de trois mois.

Le traitement hormonal de la ménopause reste l'option la mieux documentée pour les formes sévères, et la balance bénéfice-risque penche en sa faveur chez les femmes de moins de 60 ans dont la ménopause date de moins de dix ans (North American Menopause Society, Menopause, 2022). Les indications et les contre-indications, elles, ne se posent qu'en consultation.

La salmia ne concurrence pas ce traitement. Elle est ce qu'on boit quand la gêne reste modérée, ou en attendant le rendez-vous.

Sources

  1. First time proof of sage's tolerability and efficacy in menopausal women with hot flushes— Bommer S, Klein P, Suter A · Advances in Therapy · 2011
  2. Effectiveness of Menosan Salvia officinalis in the treatment of a wide spectrum of menopausal complaints. A double-blind, randomized, placebo-controlled, clinical trial— Wilfried D, Nina CDG, Silvia B · Heliyon · 2021
  3. The effect of Salvia officinalis extract on symptoms of flushing, night sweat, sleep disorders, and score of forgetfulness in postmenopausal women— Zeidabadi A, Yazdanpanahi Z, Dabbaghmanesh MH et al. · Journal of Family Medicine and Primary Care · 2020
  4. Public statement on the use of herbal medicinal products containing thujone (revision 1)— EMA/HMPC · European Medicines Agency, Committee on Herbal Medicinal Products (HMPC) · 2010
  5. European Union herbal monograph on Salvia officinalis L., folium (EMA/HMPC/277152/2015)— EMA/HMPC · European Medicines Agency, Committee on Herbal Medicinal Products (HMPC) · 2016
  6. Risk assessment of thujone in foods and medicines containing sage and wormwood: evidence for a need of regulatory change— Lachenmeier DW, Uebelacker M · Regulatory Toxicology and Pharmacology · 2010
  7. Prevalence of hot flushes and night sweats around the world: a systematic review— Freeman EW, Sherif K · Climacteric · 2007
  8. Duration of menopausal vasomotor symptoms over the menopause transition— Avis NE, Crawford SL, Greendale G et al. · JAMA Internal Medicine · 2015
  9. Gains in body fat and vasomotor symptom reporting over the menopausal transition: the Study of Women's Health Across the Nation— Thurston RC, Sowers MR, Sternfeld B et al. · American Journal of Epidemiology · 2009
  10. The 2023 nonhormone therapy position statement of The North American Menopause Society— The North American Menopause Society · Menopause · 2023
  11. Efficacy of a proprietary Trigonella foenum-graecum L. de-husked seed extract in reducing menopausal symptoms in otherwise healthy women: a double-blind, randomized, placebo-controlled study— Steels E, Steele ML, Harold M, Coulson S · Phytotherapy Research · 2017
  12. Evening primrose (Oenothera biennis) oil in management of female ailments— Mahboubi M · Journal of Menopausal Medicine · 2019
  13. Medicinal plants and gyneco-obstetric disorders among women in the south east of Morocco— Bouyahya A et al. · Current Women's Health Reviews · 2020
  14. Menopausal hot flashes: mechanisms, endocrinology, treatment— Freedman RR · Journal of Steroid Biochemistry and Molecular Biology · 2014
  15. The 2022 hormone therapy position statement of The North American Menopause Society— The North American Menopause Society · Menopause · 2022
  16. Anaemia in women and children: WHO global anaemia estimates— WHO · World Health Organization, Global Health Observatory · 2021
  17. World Obesity Atlas 2025— World Obesity Federation · World Obesity Federation · 2025

Questions fréquentes

Quelle infusion est recommandée contre les bouffées de chaleur ?

L'infusion de salmia (sauge officinale) est la mieux documentée sur la sudation : une cuillère à café rase de feuilles séchées pour 200 ml, cinq minutes d'infusion, une à deux tasses par jour. Cure de trois semaines maximum, puis pause. La louiza du soir aide surtout les réveils nocturnes.

Comment calmer les bouffées de chaleur pendant la ménopause ?

Agissez sur trois plans : la température de la pièce et des vêtements, le poids, puisque la masse grasse aggrave le symptôme dans la cohorte SWAN, et la plante. La salmia réduit la sudation en quelques semaines. Si les bouffées empêchent de dormir plus de trois mois, consultez.

Quel est le remède de grand-mère marocain contre les bouffées de chaleur ?

La salmia infusée à l'heure de l'atay, souvent alternée avec la louiza le soir. Le chih, lui, sert à réguler le cycle et n'a pas sa place ici. Ce remède ancien mérite une limite que la tradition ne donne pas : trois semaines de cure, pas plus.

La salmia est-elle dangereuse ?

Elle contient de la thuyone, neurotoxique à dose cumulée. L'Agence européenne du médicament plafonne l'exposition à 5 mg par jour et borne l'usage traditionnel à deux semaines. Contre-indiquée en grossesse, en allaitement, en cas d'épilepsie et de cancer hormono-dépendant. En cure courte et sans excès, elle est bien tolérée.

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