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Fertilité & femme14 min de lecture

Règles douloureuses au Maroc : les plantes qui aident vraiment

Iklil, zaatar, salmia : les plantes vraiment utilisées au Maroc contre les règles douloureuses, leurs doses en infusion, et pourquoi le chih est à proscrire.

Fatou Ndiaye
Rédactrice santé — santé féminine & cycle menstruel2,727 mots

Mis à jour le

Brins de romarin frais en gros plan, l'iklil des infusions marocaines contre les règles douloureuses

Au Maroc, trois plantes reviennent contre les règles douloureuses : l’iklil (romarin), le zaatar (origan) et la salmia (sauge). L’enquête ethnopharmacologique du Tafilalet menée auprès de 980 femmes place l’origan en tête pour les menstruations, avec 94,07 % de fidélité d’usage. Le chih, lui, est un emménagogue à proscrire dès qu’une grossesse est possible.

⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d’article.

On vous a probablement dit que c’était normal. Que ça passerait après un premier enfant. Que votre mère et votre grand-mère ont fait pareil sans se plaindre. Pendant ce temps, la première page marocaine de Google sur cette question est occupée par des marques françaises qui ne citent aucune plante vendue chez l’attar de votre quartier.

Cet article part de l’inverse : ce que les Marocaines utilisent réellement, à quelle dose, et la plante qu’il ne faut surtout pas confondre avec un antalgique.

Quelles plantes les Marocaines utilisent-elles vraiment contre les règles douloureuses ?

Trois infusions dominent l’usage marocain : l’iklil ou azir (romarin, إكليل الجبل), le zaatar (origan, الزعتر) et la salmia (sauge, سالمية), souvent complétées par la louiza (verveine, لويزة) le soir. Une enquête ethnopharmacologique conduite dans le Tafilalet auprès de 980 femmes, 60 herboristes et 20 sages-femmes a recensé 115 espèces réparties en 47 familles pour les troubles gynéco-obstétricaux (Current Women’s Health Reviews, 2020).

Ce qui rend cette enquête utile, c’est son degré d’accord. Les troubles des règles y obtiennent le consensus le plus élevé de toute l’étude entre informatrices, avec un facteur de consensus (ICF) de 0,95, devant l’infertilité féminine à 0,90. Quand 980 femmes d’une même région convergent à ce point sur les mêmes plantes, ce n’est plus du folklore isolé.

La douleur elle-même n’a rien de marginal. La revue de Ju, Jones et Mishra (Epidemiologic Reviews, 2014) situe la prévalence de la dysménorrhée entre 16 et 91 % des femmes en âge de procréer selon les populations étudiées, avec des douleurs sévères chez 2 à 29 % d’entre elles.

Carte mentale des plantes marocaines du cycle menstruel : iklil, zaatar, salmia, louiza et na’na, avec leur usage et leur limite
Les cinq plantes du cycle menstruel réellement utilisées au Maroc, et ce que chacune fait.

Pourquoi le chih (الشيح) est-il la ligne rouge de la pharmacopée marocaine ?

Le chih, ou armoise blanche (Artemisia herba-alba), est un emménagogue traditionnel réputé « faire venir les règles ». À forte dose, il peut provoquer une fausse couche. Il ne doit jamais être pris dès qu’une grossesse est possible, retard de règles inexpliqué compris, ce qui est précisément le moment où on le conseille le plus souvent.

Jamal Bellakhdar le documente sans ambiguïté dans La pharmacopée marocaine traditionnelle (Ibis Press, 1997) : l’usage abortif de l’armoise appartient au répertoire populaire marocain, et sa toxicité dépend autant de la dose que du mode de préparation. L’huile essentielle concentre les cétones responsables des accidents neurologiques. L’infusion légère n’est pas le même produit.

L’armoise figure aussi parmi les espèces gynécologiques recensées dans le Tafilalet (Current Women’s Health Reviews, 2020), ce qui dit bien le problème : la plante est banalisée par son usage même.

Le vrai souci tient à l’absence de borne. Chez l’attar, le chih se vend en vrac au poids, sans notice et sans dose de référence. Une pincée dans une théière et deux cuillerées bouillies vingt minutes ne se valent pas. Aucun des sites qui occupent la première page marocaine sur ce sujet ne mentionne ce risque.

La règle est simple : le chih n’est pas un antidouleur. Pour calmer une crampe, il n’a rien à faire dans votre théière.

Pourquoi l’iklil (romarin) domine-t-il l’ethnobotanique gynécologique marocaine ?

Le romarin porte la plus forte valeur d’usage de l’enquête du Tafilalet, toutes indications confondues (UV 0,40), et un niveau de fidélité de 87,29 % pour les menstruations (Current Women’s Health Reviews, 2020). C’est aussi la plante que les guérisseurs du Rif citent en premier pour la sphère gynécologique.

Son intérêt est antispasmodique et circulatoire. L’utérus qui se contracte sous l’effet des prostaglandines produit exactement le type de douleur que les antispasmodiques atténuent. Mais les données cliniques propres au romarin dans la dysménorrhée restent faibles : l’usage marocain est massif, la preuve d’essai contrôlé ne l’est pas. Le dire vaut mieux que de l’habiller.

En pratique : une cuillère à café de brins séchés, soit environ 2 g, dans 200 ml d’eau frémissante, à couvert, 8 à 10 minutes. Deux à trois tasses par jour, en commençant la veille des règles plutôt que le premier jour. Le romarin est déconseillé en cas d’hypertension non contrôlée et pendant la grossesse.

Le zaatar (origan) mérite-t-il sa première place pour les menstruations ?

Du point de vue de l’usage, oui : l’origan (Origanum vulgare) obtient le plus haut niveau de fidélité de l’enquête du Tafilalet pour les menstruations, 94,07 %, devant le romarin (Current Women’s Health Reviews, 2020). C’est le chiffre que personne, sur la SERP marocaine, ne cite.

Deux précisions comptent. Le zaatar du souk marocain désigne souvent Origanum compactum, l’origan compact endémique du Maroc, et non Origanum vulgare : les deux se ressemblent, se vendent sous le même nom et n’ont pas le même profil aromatique. Ensuite, l’huile essentielle d’origan n’est pas l’infusion. Riche en carvacrol, elle irrite les muqueuses et n’a aucune place dans un usage gynécologique domestique.

Pour l’infusion : 1 à 2 g de feuilles séchées pour 200 ml, 10 minutes à couvert, deux tasses par jour sur les trois premiers jours du cycle.

Comment préparer salmia, louiza et na’na à la maison ?

La salmia (sauge) est l’antispasmodique du placard marocain, la louiza (verveine) l’infusion du soir, et le na’na (menthe verte) le geste le plus immédiat. Toutes se préparent en infusion simple, sans alcool et sans gélatine animale, ce qui règle d’emblée la question de la compatibilité halal. Les teintures alcooliques, elles, sortent du cadre.

PlanteNom localDose par tasseDurée d’usageLimite à connaître
Sauge officinalesalmia (سالمية)1 à 2 g, 10 min5 à 7 jours par cycleThuyone : jamais en continu. Exclue en épilepsie, cancer hormono-dépendant, grossesse, allaitement
Verveine odorantelouiza (لويزة)2 à 3 g, 8 minSans limite de duréeSédatif léger : prudence avant de conduire
Menthe vertena’na (نعناع)Une branche fraîche, 5 minSans limite de duréePeut aggraver un reflux gastro-œsophagien
Romariniklil / azir (إكليل)2 g, 8 à 10 minDurée des règlesHypertension non contrôlée, grossesse

La sauge mérite un mot de plus. Sa teneur en thuyone impose une cure courte et bornée : l’Agence européenne des médicaments encadre l’usage de la feuille de sauge et écarte la prise continue (monographie EMA sur Salviae officinalis folium, 2016). Cinq à sept jours autour des règles, puis on arrête.

Une confusion locale à lever au passage : « louiza » désigne au Maroc tantôt Aloysia citrodora, la verveine odorante, tantôt Cymbopogon citratus, la citronnelle. Les deux sont sans danger en infusion. Demandez simplement laquelle on vous vend.

Comparaison des infusions marocaines contre les règles douloureuses : sauge, verveine, menthe et romarin, avec dose par tasse et durée d’usage
Dose, durée et limite de sécurité des quatre infusions du placard marocain.

Que valent le gattilier et l’onagre vendus en parapharmacie ?

Le gattilier (Vitex agnus-castus) est la seule de ces plantes à disposer d’une méta-analyse sérieuse. La revue systématique de Verkaik et collègues (American Journal of Obstetrics and Gynecology, 2017) a réuni 17 essais randomisés sur le syndrome prémenstruel : 13 des 14 essais contrôlés concluent en sa faveur, avec un risque de biais élevé dans plusieurs d’entre eux.

Sa prudence d’emploi est réelle. Le gattilier agit sur la prolactine. Il est contre-indiqué en grossesse et en allaitement, doit être arrêté en parcours de procréation médicalement assistée, et interfère avec les contraceptifs hormonaux. Il ne se trouve pas chez l’attar mais en parapharmacie urbaine, à Casablanca ou à Rabat.

L’onagre sert d’exemple inverse. Les capsules d’huile d’onagre s’appuient sur des données mécanistiques et obstétricales (Mahboubi, Journal of Menopausal Medicine, 2019), sans aucun essai contrôlé sur la dysménorrhée. Le marketing y devance la preuve. Sur les compléments en général, la revue Cochrane de Pattanittum et collègues (Cochrane Database of Systematic Reviews, 2016) juge les données de faible qualité, tout en relevant un signal en faveur de la vitamine B1 et du magnésium.

Deux plantes de cuisine s’en sortent mieux. Le fenouil (nafaa, نافع) a fait l’objet d’un essai comparatif concluant à une efficacité proche de l’acide méfénamique (Modaress Nejad et Asadipour, Eastern Mediterranean Health Journal, 2006). Et le gingembre, le skinjbir des marchés, réduit la douleur menstruelle davantage que le placebo dans la méta-analyse de Daily et collègues (Pain Medicine, 2015) ; l’essai d’Ozgoli (Journal of Alternative and Complementary Medicine, 2009) le trouve comparable à l’ibuprofène.

Ce décalage entre usage massif et preuve mince traverse tout le champ des plantes de la femme. Notre analyse de Newbouldia laevis et de la fertilité du couple applique la même grille de lecture à une plante ouest-africaine.

Quels gestes marocains soulagent en plus des plantes ?

La chaleur est le geste le mieux documenté, et c’est aussi le plus marocain. L’essai d’Akin et collègues (Obstetrics and Gynecology, 2001) a montré qu’une chaleur locale continue à basse température soulage la dysménorrhée aussi bien que l’ibuprofène. Le hammam, la bouillotte et le bol de harira brûlante reposent tous sur ce mécanisme.

L’atay bel louiza de fin de journée, le passage au hammam, le plat chaud : ces habitudes ne sont pas des placebos culturels. Elles font converger chaleur, hydratation et relâchement musculaire. Aucun des portails français qui occupent la SERP marocaine n’en parle.

Le fer est le second point aveugle. Des règles abondantes entretiennent une anémie ferriprive qui produit ensuite la fatigue attribuée au cycle. L’OMS estime que près d’une femme en âge de procréer sur trois est anémiée dans le monde (estimations mondiales sur l’anémie, 2021).

Lentilles, viande du tajine, dattes et une source de vitamine C au même repas : le fer alimentaire se joue à la composition de l’assiette. Le lien entre anémie et épuisement durable est détaillé dans notre dossier sur la fatigue liée à l’anémie et la récupération.

Deux repères pratiques pour finir. Pendant le Ramadan, les règles dispensent du jeûne et les jours manqués se rattrapent : rien n’oblige à endurer une crampe à jeun. Et si vous prenez un anti-inflammatoire, la revue Cochrane de Marjoribanks et collègues (Cochrane Database of Systematic Reviews, 2015) confirme son efficacité dans la dysménorrhée primaire ; les plantes complètent, elles ne remplacent pas.

Méfiez-vous en revanche des recettes de cuisine promues en remèdes universels, comme le mélange cumin, citron et miel largement partagé au Maroc : le mécanisme réel y est presque toujours plus modeste que la promesse.

Quand une douleur de règles n’est-elle plus normale ?

Une douleur qui s’aggrave avec les années, qui survient hors des règles, qui résiste aux antalgiques ou qui accompagne les rapports et la défécation n’est plus une dysménorrhée banale. Ces signes orientent vers une endométriose ou un syndrome des ovaires polykystiques et justifient une consultation gynécologique.

Le retard de diagnostic est le vrai problème. L’étude multicentrique de Nnoaham et collègues (Fertility and Sterility, 2011), menée dans dix pays, a mesuré un délai moyen de 6,7 ans entre les premiers symptômes et le diagnostic d’endométriose. Chaque année passée à boire une infusion en se disant que c’est normal allonge ce délai.

Les autres signaux qui doivent faire consulter : des règles qui durent plus de sept jours, une protection à changer toutes les heures, des caillots répétés, une douleur qui empêche d’aller travailler. Au Maroc, le premier réflexe reste l’attar et la mère. Il suffit pour une crampe ordinaire. Il devient dangereux face à une endométriose.

Après 40 ans, la périménopause rebat encore les cartes, avec des cycles irréguliers et des douleurs nouvelles. Ce basculement hormonal est détaillé dans notre guide sur ce qui change chez la femme marocaine après 40 ans.

Récapitulatif des signes d’alerte imposant une consultation gynécologique : douleur croissante, douleur hors règles, résistance aux antalgiques, rapports douloureux, règles très abondantes
Les cinq signes qui font sortir la douleur de règles du registre « normal ».

Sources

  1. Medicinal Plants and Gyneco-obstetric Disorders among Women in the South East of Morocco (Tafilalet)— Current Women’s Health Reviews · 2020
  2. The prevalence and risk factors of dysmenorrhea— Ju H, Jones M, Mishra G · Epidemiologic Reviews · 2014
  3. La pharmacopée marocaine traditionnelle : médecine arabe ancienne et savoirs populaires— Bellakhdar J · Ibis Press / Éditions Le Fennec · 1997
  4. Efficacy of Ginger for Alleviating the Symptoms of Primary Dysmenorrhea: A Systematic Review and Meta-analysis of Randomized Clinical Trials— Daily JW, Zhang X, Kim DS, Park S · Pain Medicine · 2015
  5. Comparison of effects of ginger, mefenamic acid, and ibuprofen on pain in women with primary dysmenorrhea— Ozgoli G, Goli M, Moattar F · Journal of Alternative and Complementary Medicine · 2009
  6. Comparison of the effectiveness of fennel and mefenamic acid on the intensity of primary dysmenorrhoea— Modaress Nejad V, Asadipour M · Eastern Mediterranean Health Journal · 2006
  7. Dietary supplements for dysmenorrhoea— Pattanittum P, Kunyanone N, Brown J et al. · Cochrane Database of Systematic Reviews · 2016
  8. Nonsteroidal anti-inflammatory drugs for dysmenorrhoea— Marjoribanks J, Ayeleke RO, Farquhar C, Proctor M · Cochrane Database of Systematic Reviews · 2015
  9. Continuous low-level topical heat in the treatment of dysmenorrhea— Akin MD, Weingand KW, Hengehold DA et al. · Obstetrics and Gynecology · 2001
  10. The treatment of premenstrual syndrome with preparations of Vitex agnus castus: a systematic review and meta-analysis— Verkaik S, Kamperman AM, van Westrhenen R, Schulte PFJ · American Journal of Obstetrics and Gynecology · 2017
  11. Impact of endometriosis on quality of life and work productivity: a multicenter study across ten countries— Nnoaham KE, Hummelshoj L, Webster P et al. · Fertility and Sterility · 2011
  12. European Union herbal monograph on Salvia officinalis L., folium— EMA/HMPC · European Medicines Agency, Committee on Herbal Medicinal Products (HMPC) · 2016
  13. Evening Primrose (Oenothera biennis) Oil in Management of Female Ailments— Mahboubi M · Journal of Menopausal Medicine · 2019
  14. Anaemia in women and children – Global Health Observatory estimates— OMS · Organisation mondiale de la Santé · 2021

Questions fréquentes

Quelle tisane est efficace contre les douleurs menstruelles ?

Au Maroc, l’infusion d’iklil (romarin) et celle de zaatar (origan) sont les plus fidèlement utilisées, avec 87,29 % et 94,07 % de fidélité dans l’enquête du Tafilalet de 2020. Le gingembre reste la plante la mieux prouvée : la méta-analyse de Daily et collègues (Pain Medicine, 2015) confirme son effet antalgique.

Comment calmer la douleur aux règles naturellement ?

La chaleur d’abord : l’essai d’Akin et collègues (Obstetrics and Gynecology, 2001) montre qu’une chaleur locale continue soulage autant que l’ibuprofène. Hammam, bouillotte ou boisson chaude. Ajoutez une infusion antispasmodique de salmia ou de louiza, deux à trois tasses par jour, et corrigez une éventuelle carence en fer par l’alimentation.

Quels sont les remèdes de grand-mère pour les règles douloureuses ?

Au Maroc : infusion de romarin (iklil), de sauge (salmia), de verveine (louiza) et de menthe (na’na), plus le hammam et la harira chaude. Une réserve sérieuse : le chih, ou armoise blanche, circule dans ces recettes alors qu’il est un emménagogue potentiellement abortif, interdit dès qu’une grossesse est possible.

Quel est le meilleur anti-douleur pour les règles ?

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens restent la référence : la revue Cochrane de Marjoribanks et collègues (2015) les juge efficaces dans la dysménorrhée primaire. Le paracétamol soulage moins. Les plantes marocaines viennent en complément, pas en remplacement, et une douleur qui résiste aux antalgiques impose une consultation gynécologique sans attendre le cycle suivant.

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