
Chiba
Artemisia absinthium
Vue d'ensemble
La chiba (الشيبة) est le nom marocain de l'absinthe, une armoise amère de la famille des Astéracées. Le nom recouvre au moins deux espèces : la grande absinthe, Artemisia absinthium L. (afsantine, أفسنتين, en arabe classique), et l'absinthe arborescente, Artemisia arborescens L., que les enquêtes ethnobotaniques marocaines recensées dans la base Prélude notent aussi chiba et que l'on cultive dans les jardins. Un sachet acheté chez l'attar peut donc contenir l'une ou l'autre, sans que l'acheteur puisse le savoir ; cette fiche s'appuie surtout sur les données de la grande absinthe, les mieux documentées. C'est une plante vivace aux feuilles découpées, gris argenté, très amères. Au Maroc, une brindille de chiba remplace la menthe dans le thé vert en hiver ; on la boit aussi en tisane après un repas lourd, contre les ballonnements, le manque d'appétit ou les vers intestinaux. Ces usages sont traditionnels. Ne pas la confondre avec le chih (Artemisia herba-alba, armoise blanche), l'armoise des enquêtes marocaines sur le diabète, qui a sa propre fiche. L'huile essentielle de l'absinthe arborescente contient elle aussi de la thuyone, selon le chémotype. L'Agence européenne du médicament reconnaît un usage traditionnel de la grande absinthe chez l'adulte en cas de perte d'appétit passagère et de troubles digestifs légers, sur la base d'un long usage et non d'essais cliniques (monographie EMA/HMPC/751490/2016, version corrigée de 2020, qui porte sur la grande absinthe). Les essais chez l'humain sont rares. Deux petits essais allemands d'une même équipe, chez 40 puis 20 patients atteints de maladie de Crohn, ont rapporté une amélioration des symptômes avec de la poudre d'absinthe ajoutée au traitement (Omer et al., Phytomedicine, 2007 ; Krebs et al., Phytomedicine, 2010). Ils n'ont pas été reproduits par d'autres équipes et ne justifient aucune automédication. Pour la glycémie, des extraits de grande absinthe récoltée au Maroc ont freiné des enzymes de digestion des sucres in vitro et chez le rat (Hbika et al., Pharmaceutics, 2022) ; aucun essai humain ne l'a confirmé. La chiba contient de la thuyone, une cétone de son huile essentielle qui bloque le récepteur GABA-A et provoque des convulsions chez l'animal au-delà d'un seuil (Höld et al., PNAS, 2000). Les estimations d'apport quotidien acceptable de thuyone se situent entre 3 et 7 mg (Pelkonen et al., Regulatory Toxicology and Pharmacology, 2013). L'huile essentielle concentre ce composé : un homme a fait des convulsions puis une insuffisance rénale aiguë après en avoir bu une dose achetée sur Internet (Weisbord et al., New England Journal of Medicine, 1997). Au Maroc, une femme a été brûlée au visage par un cataplasme d'absinthe appliqué contre les rides (El Makrini et Hassam, Pan African Medical Journal, 2016). La teneur en thuyone d'une brindille dans le thé n'est pas connue et varie selon l'espèce et la plante : par prudence, évitez l'usage quotidien prolongé et les tisanes concentrées, et ne buvez jamais l'huile essentielle.
Nom scientifique
Artemisia absinthium
Piliers santé
Composés actifs
Noms locaux
Bienfaits documentés
- Usage traditionnel marocain dans le thé d'hiver et en tisane digestive, contre les ballonnements et le manque d'appétit
- Usage traditionnel reconnu par l'Agence européenne du médicament pour la perte d'appétit et les troubles digestifs légers de l'adulte, sans preuve par essai clinique
- Maladie de Crohn : deux petits essais d'une même équipe (40 et 20 patients), non reproduits
- Glycémie : effets sur les enzymes digestives in vitro et chez le rat uniquement
Preuves traditionnelles
Chiba est intégrée dans les pratiques médicinales traditionnelles de plusieurs pays d'Afrique francophone. Son usage est documenté dans les marchés, les familles et les pratiques des guérisseurs locaux.
Connue localement sous plusieurs noms vernaculaires selon les communautés — ce qui témoigne de son enracinement culturel dans la phytothérapie régionale.
Preuves scientifiques
Les études suivantes, publiées dans des revues scientifiques indexées, concernent les propriétés de Chiba (Artemisia absinthium).
Artemisia absinthium: burning plant!
Pan African Medical Journal — 2016
Cas marocain : une femme de 50 ans a souffert d'une brûlure du premier degré au visage après un cataplasme de grande absinthe appliqué contre les rides sur le conseil d'une voisine. La plante peut irriter et brûler la peau.
Accéder à l'étude →Thujone and thujone-containing herbal medicinal and botanical products: toxicological assessment.
Regulatory Toxicology and Pharmacology — 2013
Évaluation toxicologique de la thuyone, présente dans la grande absinthe : la neurotoxicité est l'effet principal, par blocage du récepteur GABA-A, avec convulsions dose-dépendantes chez l'animal. Les auteurs estiment l'apport quotidien acceptable par les plantes et l'alimentation entre 3 et 7 mg.
Accéder à l'étude →Wormwood (Artemisia absinthium L.)--a curious plant with both neurotoxic and neuroprotective properties?
Journal of Ethnopharmacology — 2010
Commentaire sur la grande absinthe : la thuyone provoque des convulsions chez l'animal au-delà d'un seuil, et les études sur un usage médicinal doivent vérifier que les doses ne dépassent pas les limites fixées par l'Agence européenne du médicament. L'auteur demande une évaluation bénéfice-risque attentive avant tout usage humain.
Accéder à l'étude →Wormwood (Artemisia absinthium) suppresses tumour necrosis factor alpha and accelerates healing in patients with Crohn's disease - A controlled clinical trial.
Phytomedicine — 2010
Essai contrôlé de 6 semaines chez 20 patients atteints de maladie de Crohn (10 traités, 10 témoins) : la poudre de grande absinthe (3 × 750 mg par jour) ajoutée au traitement habituel a été associée à une baisse du TNF-alpha sanguin et des symptômes. Même équipe que l'essai de 2007, effectif très petit, méthode de répartition peu détaillée, résultat non reproduit.
Accéder à l'étude →Steroid-sparing effect of wormwood (Artemisia absinthium) in Crohn's disease: a double-blind placebo-controlled study.
Phytomedicine — 2007
Essai en double aveugle contre placebo chez 40 patients allemands atteints de maladie de Crohn sous corticoïdes : un mélange contenant de la grande absinthe (3 × 500 mg par jour, 10 semaines) a permis une diminution des corticoïdes avec moins de rechutes que le placebo. Essai petit, mené par une seule équipe, non reproduit.
Accéder à l'étude →Précautions et contre-indications
Grossesse et allaitement : à éviter ; l'Agence européenne du médicament déconseille son usage, la thuyone stimule l'utérus et un extrait a réduit les implantations chez la rate gestante (monographie EMA/HMPC/751490/2016). Enfants et adolescents de moins de 18 ans : pas d'usage médicinal ; un nourrisson de 10 mois a présenté une diarrhée sévère et une acidose métabolique après un extrait préparé à la maison (Kocaoglu et Ozel, Journal of the Pakistan Medical Association, 2014). Huile essentielle : jamais par voie orale (convulsions, atteinte rénale). Contre-indiquée en cas d'allergie aux Astéracées (armoise, camomille, ambroisie), d'obstruction des voies biliaires, d'angiocholite ou de maladie du foie ; avis médical en cas de calculs biliaires. Épilepsie : à éviter, la thuyone est convulsivante chez l'animal. Pas d'application en cataplasme sur la peau du visage (brûlure rapportée au Maroc). Modération dans le thé : une brindille de temps en temps, pas de tisane concentrée quotidienne au long cours. Interactions : l'EMA n'en rapporte aucune, mais la thuyone est métabolisée par les enzymes CYP2A6 et CYP3A4 (Pelkonen et al., 2013) ; demandez conseil à un pharmacien si vous prenez un antiépileptique ou un médicament à marge thérapeutique étroite. Ne remplace aucun traitement.
Toujours consulter un professionnel de santé qualifié avant d'utiliser cette plante, en particulier si vous avez des conditions médicales préexistantes ou prenez des médicaments.
Modes de préparation
Thé à la chiba : une brindille ajoutée à la théière ou au verre, à la place de la menthe, pas tous les jours en continu Infusion (adulte) : 1 à 1,5 g de plante sèche dans 150 ml d'eau bouillante, sans dépasser 2 à 3 g par jour, après les repas pour les troubles digestifs (monographie EMA sur la grande absinthe). Ces quantités valent pour une plante séchée de qualité connue, pas pour une brindille dont la teneur en thuyone est inconnue Consulter un médecin si les troubles digestifs durent plus de 2 semaines Huile essentielle : à ne pas avaler Quantités et durées : demandez l'avis d'un professionnel de santé.
Ces informations sont indicatives. La préparation exacte dépend de la partie de la plante utilisée, de sa disponibilité locale, et de votre condition de santé. Consultez un tradipraticien ou un professionnel de santé pour un protocole adapté.
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Fruit d'une liane sauvage (Apocynacées) des savanes et forêts-galeries d'Afrique de l'Ouest, le madd (nom wolof) ou zaban est l'un des fruits de cueillette les plus appréciés du Sénégal au Niger. Sa pulpe orangée, acidulée et parfumée, se consomme fraîche, en jus ou séchée. Riche en vitamine C, en fibres pectiques et en polyphénols, il occupe une place culturelle forte pendant la saison des pluies et fait l'objet de programmes de valorisation nutritionnelle par l'ITA et l'UCAD à Dakar. Le même fruit porte plusieurs noms : madd ou maad en wolof au Sénégal, zaban au Burkina Faso, au Mali, en Côte d'Ivoire, au Bénin, au Togo et au Niger, weda ou saba en Guinée. Parler de la plante zaban ou du fruit madd revient donc à désigner la même liane, Saba senegalensis. Ses vertus traditionnelles tiennent à la pulpe : vitamine C, fibres pectiques associées au confort du transit, polyphénols et caroténoïdes dont l'activité antioxydante n'a été observée qu'in vitro. Les informations réunies ici portent sur le fruit ; les bienfaits de la feuille de zaban ne sont pas documentés sur cette fiche. Le madd se mange bien mûr, sans avaler les noyaux, avec prudence en cas de reflux ou d'ulcère à cause de son acidité, et de préférence en jus peu sucré.