En arabe, armoise se dit شيح (chih) ou شيبة (chiba) selon l'espèce, et wazri en amazigh. Trois plantes distinctes portent ce nom au Maroc. Seul le chih (Artemisia herba-alba) est la plante du diabète des enquêtes ethnobotaniques marocaines (Eddouks et al., Journal of Ethnopharmacology, 2002). Aucune n'est compatible avec la grossesse.
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Dernière mise à jour : 20 septembre 2026
⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.
Vous tapez « armoise en arabe » et vous récupérez un mot. Le problème commence là. Au comptoir de l'attar, trois sachets différents répondent à ce mot, et deux d'entre eux n'ont rien à voir avec ce que vous étiez venu chercher. L'un fait baisser la glycémie. L'autre parfume le thé d'hiver et devient toxique si vous en buvez tous les jours.
Comment dit-on armoise en arabe et en darija ?
Armoise se traduit par شيح (chih) lorsqu'il s'agit de l'armoise blanche, et par شيبة (chiba) lorsqu'il s'agit de la grande absinthe. L'arabe standard ajoute أفسنتين (afsantine) pour cette seconde plante. Dans le Haut Atlas et le Souss, le chih porte le nom tachelhit de wazri (Teixidor-Toneu et al., Journal of Ethnopharmacology, 2016).
Un traducteur automatique ne fait pas ce tri. Reverso rend « armoise » par شيح, puis s'arrête. Le mot est juste. La plante, une fois sur deux, ne l'est pas.
Le nom glisse aussi d'une région à l'autre. Ce qu'un herboriste de Fès vend sous le nom de chiba n'est pas toujours ce qu'un vendeur d'Agadir met dans le même cornet de papier. Or, chez l'attar, rien n'est étiqueté : pas de binôme latin, pas de notice, pas de numéro de lot. Le nom que vous prononcez au comptoir est le seul identifiant de votre achat, et c'est exactement là que se joue le risque.
Quelles sont les trois armoises vendues chez l'attar ?
Trois espèces du genre Artemisia circulent au Maroc sous le même mot français. Elles ne partagent ni la même chimie, ni le même usage, ni le même risque (Bora et Sharma, Pharmaceutical Biology, 2011). Le tableau ci-dessous dit ce que l'étiquette devrait dire.
| Nom au souk | Binôme latin | Usage marocain | Risque principal |
|---|---|---|---|
| chih (الشيح), wazri en amazigh | Artemisia herba-alba | Infusion légère à jeun, glycémie | Emménagogue, abortif à forte dose |
| chiba (شيبة), afsantine | Artemisia absinthium | Amertume du thé à la menthe en hiver, digestif | Thuyone neurotoxique en usage répété |
| armoise annuelle | Artemisia annua | Tisane antipaludique, peu présente au Maroc | Sous-dosage et résistances du parasite |

Une quatrième plante brouille les recherches : Artemisia vulgaris, l'armoise commune des herboristeries européennes, celle des pages françaises sur les règles douloureuses. Elle n'a pas d'usage courant au Maroc. Si votre source est un blog de Lyon, elle parle probablement de celle-là, pas de votre chih.
Pourquoi le chih (الشيح) est-il la plante du diabète au Maroc ?
Parce que c'est la plante que les patients marocains citent eux-mêmes. Les enquêtes ethnobotaniques du Tafilalet (Eddouks et al., Journal of Ethnopharmacology, 2002), de la province d'Errachidia (Tahraoui et al., Journal of Ethnopharmacology, 2007) et de la région Fès-Boulemane (Jouad et al., Journal of Ethnopharmacology, 2001) placent toutes Artemisia herba-alba parmi les espèces les plus utilisées contre le diabète.
Le terrain explique cette place. Au Maroc, 10,6 % des adultes vivent avec un diabète et 10,4 % sont en pré-diabète (Enquête nationale STEPS, Ministère de la Santé du Maroc, 2018), et les maladies non transmissibles causent 85 % des décès du pays (OMS, profil pays Maroc, 2018). Le sucre est la première inquiétude de santé du foyer marocain, loin devant le reste.
Le geste documenté est simple : une infusion légère de sommités fleuries, bue à jeun le matin. Côté preuves, soyons francs. Une étude préliminaire a rapporté une baisse de la glycémie chez des patients diabétiques sous extrait de chih (Al-Waili, Clinical and Experimental Pharmacology and Physiology, 1986), et l'effet hypoglycémiant se retrouve sur modèle animal (Al-Shamaony et al., Journal of Ethnopharmacology, 1994). Il n'existe aucun essai randomisé moderne sur cette plante. C'est peu.
Pour une plante à glycémie mieux documentée et vendue au même comptoir, deux pages vont plus loin : la dose réelle de la décoction de marrube (mriwt) et ses vrais dangers, et le protocole marocain de trempage de la helba. Le chih ne remplace ni l'une ni l'autre, et surtout pas votre metformine.
Quand la chiba (شيبة) devient-elle dangereuse dans le thé ?
Quand elle devient quotidienne. La chiba contient de la thuyone, une molécule qui bloque le récepteur GABA-A et provoque des convulsions à forte dose (Höld et al., Proceedings of the National Academy of Sciences, 2000). L'Union européenne plafonne d'ailleurs la thuyone dans les boissons préparées à partir d'Artemisia (règlement CE n° 1334/2008).
En hiver, dans tout le Maroc, on glisse quelques brins de chiba dans l'atay à la menthe. Une théière partagée deux ou trois fois par semaine pendant la saison froide : personne n'a documenté de toxicité à ce rythme. Une infusion concentrée bue chaque matin pendant deux mois, c'est un autre produit.
La littérature retient une règle courte : usage bref et dilué. Le profil de l'absinthe reste ambivalent, neurotoxique à dose répétée et intéressant à faible dose (Lachenmeier, Journal of Ethnopharmacology, 2010 ; Lachenmeier et Uebelacker, Regulatory Toxicology and Pharmacology, 2010). Un essai en double aveugle a mesuré un effet d'épargne cortisonique dans la maladie de Crohn (Omer et al., Phytomedicine, 2007), mais sur un extrait standardisé, pas sur une poignée de brins pesés en vrac.
Et si vous cherchez seulement une tisane digestive après un tajine, d'autres plantes du souk font ce travail sans thuyone : la louiza (verveine) ou l'azir (romarin).
Que vaut l'armoise annuelle contre le paludisme ?
Sa molécule, beaucoup ; sa tisane, rien de fiable. Artemisia annua a donné l'artémisinine, découverte récompensée par le prix Nobel de médecine 2015 attribué à Tu Youyou. Les combinaisons thérapeutiques à base d'artémisinine restent le traitement de référence du paludisme dans le monde.
La tisane, elle, apporte une dose variable et incomplète. L'OMS déconseille les formes non pharmaceutiques d'Artemisia annua, tisane comprise, pour traiter ou prévenir le paludisme, au motif qu'un sous-dosage fabrique des résistances du parasite (OMS, déclaration sur Artemisia annua, 2019).
Au Maroc, le paludisme autochtone est éliminé depuis 2010 et cette espèce n'a pas d'usage traditionnel sous le nom d'armoise. Si un vendeur vous propose de l'artemisia « contre les microbes », vous avez quitté la pharmacopée marocaine.
Pourquoi l'armoise est-elle contre-indiquée pendant la grossesse ?
Parce que le chih est emménagogue : il stimule les contractions utérines, et à forte dose la pharmacopée marocaine traditionnelle le tient pour abortif (Bellakhdar, La pharmacopée marocaine traditionnelle, 1997). C'est d'ailleurs l'un de ses usages populaires, du côté gynécologique, sur les règles absentes ou douloureuses.
Aucune des trois espèces n'échappe à la règle. La thuyone de la chiba passe la barrière placentaire, et l'Artemisia annua est déconseillée au premier trimestre. Pourtant aucun sachet vendu en vrac ne porte cette information. Les pages Facebook qui sortent en tête sur cette requête non plus.
Trois réserves de plus méritent d'être dites. Sous antidiabétique, le chih peut ajouter son effet au traitement et provoquer une hypoglycémie. L'allergie croisée avec les astéracées, armoise, ambroisie et camomille, est fréquente. Enfin, une cure au-delà de quatre semaines n'a aucun fondement documenté. Pour le reste de l'étal, la liste des plantes vraiment toxiques vendues chez l'attar vaut la lecture.
Comment demander la bonne armoise chez l'attar ?
Prononcez le nom, puis vérifiez la plante de vos yeux. Le chih a des tiges grises, un feuillage argenté très découpé, une odeur camphrée et amère. La chiba est plus claire, presque blanchâtre, et son amertume est franchement plus mordante en bouche. Demandez à voir, à froisser, à sentir avant de payer.
Achetez petit : 50 grammes suffisent pour un mois d'essai. Refusez les mélanges déjà composés, où l'espèce devient indevinable. Et notez ce que vous prenez, pour pouvoir le dire à votre médecin. Les quatre signaux d'un attar fiable sont détaillés ailleurs sur le site.

Un dernier point, non négociable : le chih ne remplace pas un antidiabétique. Il accompagne, au mieux. En cas de symptôme inhabituel après une prise, le Centre Anti Poison et de Pharmacovigilance du Maroc (CAPM, Rabat) répond au 0801 000 180.
Avertissement médical
Avertissement médical. Cet article est informatif et ne remplace ni un diagnostic ni une prescription. Le chih (Artemisia herba-alba), la chiba (Artemisia absinthium) et l'Artemisia annua sont contre-indiqués pendant la grossesse et déconseillés pendant l'allaitement. Sous antidiabétique oral, sulfamide ou insuline, l'effet hypoglycémiant du chih s'ajoute au traitement : l'autosurveillance glycémique est obligatoire et tout ajustement de dose relève du médecin.
La thuyone de la chiba est neurotoxique en usage répété ou concentré : pas de cure quotidienne, pas d'infusion concentrée, pas de teinture alcoolique. Prudence en cas d'allergie aux astéracées, d'épilepsie ou de traitement anticonvulsivant, et sous anticoagulant. Ne modifiez jamais un traitement prescrit de vous-même. Signalez toute plante à votre médecin et à votre pharmacien. Urgence toxicologique au Maroc : Centre Anti Poison et de Pharmacovigilance, 0801 000 180.
