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Diabète & glycémie10 min de lecture

Armoise en arabe : chih, chiba, wazri et les trois espèces du Maroc

Armoise en arabe : chih (الشيح), chiba (شيبة) ou wazri ? Trois plantes différentes chez l'attar au Maroc, leurs usages et l'alerte grossesse absente.

Kofi Mensah
Rédacteur santé — diabète & plantes hypoglycémiantes1,811 mots

Mis à jour le

Rameau d'armoise argentée (Artemisia absinthium, la chiba) en gros plan, les trois armoises du Maroc

En arabe, armoise se dit شيح (chih) ou شيبة (chiba) selon l'espèce, et wazri en amazigh. Trois plantes distinctes portent ce nom au Maroc. Seul le chih (Artemisia herba-alba) est la plante du diabète des enquêtes ethnobotaniques marocaines (Eddouks et al., Journal of Ethnopharmacology, 2002). Aucune n'est compatible avec la grossesse.

Rédigé et relu en interne par la rédaction SantéSource. Ce contenu n'a pas été revu par un professionnel de santé et ne remplace pas un avis médical.

Dernière mise à jour : 20 septembre 2026

Temps de lecture : 10 min

⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.

Vous tapez « armoise en arabe » et vous récupérez un mot. Le problème commence là. Au comptoir de l'attar, trois sachets différents répondent à ce mot, et deux d'entre eux n'ont rien à voir avec ce que vous étiez venu chercher. L'un fait baisser la glycémie. L'autre parfume le thé d'hiver et devient toxique si vous en buvez tous les jours.

Comment dit-on armoise en arabe et en darija ?

Armoise se traduit par شيح (chih) lorsqu'il s'agit de l'armoise blanche, et par شيبة (chiba) lorsqu'il s'agit de la grande absinthe. L'arabe standard ajoute أفسنتين (afsantine) pour cette seconde plante. Dans le Haut Atlas et le Souss, le chih porte le nom tachelhit de wazri (Teixidor-Toneu et al., Journal of Ethnopharmacology, 2016).

Un traducteur automatique ne fait pas ce tri. Reverso rend « armoise » par شيح, puis s'arrête. Le mot est juste. La plante, une fois sur deux, ne l'est pas.

Le nom glisse aussi d'une région à l'autre. Ce qu'un herboriste de Fès vend sous le nom de chiba n'est pas toujours ce qu'un vendeur d'Agadir met dans le même cornet de papier. Or, chez l'attar, rien n'est étiqueté : pas de binôme latin, pas de notice, pas de numéro de lot. Le nom que vous prononcez au comptoir est le seul identifiant de votre achat, et c'est exactement là que se joue le risque.

Quelles sont les trois armoises vendues chez l'attar ?

Trois espèces du genre Artemisia circulent au Maroc sous le même mot français. Elles ne partagent ni la même chimie, ni le même usage, ni le même risque (Bora et Sharma, Pharmaceutical Biology, 2011). Le tableau ci-dessous dit ce que l'étiquette devrait dire.

Nom au soukBinôme latinUsage marocainRisque principal
chih (الشيح), wazri en amazighArtemisia herba-albaInfusion légère à jeun, glycémieEmménagogue, abortif à forte dose
chiba (شيبة), afsantineArtemisia absinthiumAmertume du thé à la menthe en hiver, digestifThuyone neurotoxique en usage répété
armoise annuelleArtemisia annuaTisane antipaludique, peu présente au MarocSous-dosage et résistances du parasite
Comparaison des trois armoises marocaines : chih (Artemisia herba-alba), chiba (Artemisia absinthium) et armoise annuelle (Artemisia annua), avec leur nom au souk, leur usage et leur risque
Chih, chiba, armoise annuelle : trois plantes, trois usages, trois risques.

Une quatrième plante brouille les recherches : Artemisia vulgaris, l'armoise commune des herboristeries européennes, celle des pages françaises sur les règles douloureuses. Elle n'a pas d'usage courant au Maroc. Si votre source est un blog de Lyon, elle parle probablement de celle-là, pas de votre chih.

Pourquoi le chih (الشيح) est-il la plante du diabète au Maroc ?

Parce que c'est la plante que les patients marocains citent eux-mêmes. Les enquêtes ethnobotaniques du Tafilalet (Eddouks et al., Journal of Ethnopharmacology, 2002), de la province d'Errachidia (Tahraoui et al., Journal of Ethnopharmacology, 2007) et de la région Fès-Boulemane (Jouad et al., Journal of Ethnopharmacology, 2001) placent toutes Artemisia herba-alba parmi les espèces les plus utilisées contre le diabète.

Le terrain explique cette place. Au Maroc, 10,6 % des adultes vivent avec un diabète et 10,4 % sont en pré-diabète (Enquête nationale STEPS, Ministère de la Santé du Maroc, 2018), et les maladies non transmissibles causent 85 % des décès du pays (OMS, profil pays Maroc, 2018). Le sucre est la première inquiétude de santé du foyer marocain, loin devant le reste.

Le geste documenté est simple : une infusion légère de sommités fleuries, bue à jeun le matin. Côté preuves, soyons francs. Une étude préliminaire a rapporté une baisse de la glycémie chez des patients diabétiques sous extrait de chih (Al-Waili, Clinical and Experimental Pharmacology and Physiology, 1986), et l'effet hypoglycémiant se retrouve sur modèle animal (Al-Shamaony et al., Journal of Ethnopharmacology, 1994). Il n'existe aucun essai randomisé moderne sur cette plante. C'est peu.

Pour une plante à glycémie mieux documentée et vendue au même comptoir, deux pages vont plus loin : la dose réelle de la décoction de marrube (mriwt) et ses vrais dangers, et le protocole marocain de trempage de la helba. Le chih ne remplace ni l'une ni l'autre, et surtout pas votre metformine.

Quand la chiba (شيبة) devient-elle dangereuse dans le thé ?

Quand elle devient quotidienne. La chiba contient de la thuyone, une molécule qui bloque le récepteur GABA-A et provoque des convulsions à forte dose (Höld et al., Proceedings of the National Academy of Sciences, 2000). L'Union européenne plafonne d'ailleurs la thuyone dans les boissons préparées à partir d'Artemisia (règlement CE n° 1334/2008).

En hiver, dans tout le Maroc, on glisse quelques brins de chiba dans l'atay à la menthe. Une théière partagée deux ou trois fois par semaine pendant la saison froide : personne n'a documenté de toxicité à ce rythme. Une infusion concentrée bue chaque matin pendant deux mois, c'est un autre produit.

La littérature retient une règle courte : usage bref et dilué. Le profil de l'absinthe reste ambivalent, neurotoxique à dose répétée et intéressant à faible dose (Lachenmeier, Journal of Ethnopharmacology, 2010 ; Lachenmeier et Uebelacker, Regulatory Toxicology and Pharmacology, 2010). Un essai en double aveugle a mesuré un effet d'épargne cortisonique dans la maladie de Crohn (Omer et al., Phytomedicine, 2007), mais sur un extrait standardisé, pas sur une poignée de brins pesés en vrac.

Et si vous cherchez seulement une tisane digestive après un tajine, d'autres plantes du souk font ce travail sans thuyone : la louiza (verveine) ou l'azir (romarin).

Que vaut l'armoise annuelle contre le paludisme ?

Sa molécule, beaucoup ; sa tisane, rien de fiable. Artemisia annua a donné l'artémisinine, découverte récompensée par le prix Nobel de médecine 2015 attribué à Tu Youyou. Les combinaisons thérapeutiques à base d'artémisinine restent le traitement de référence du paludisme dans le monde.

La tisane, elle, apporte une dose variable et incomplète. L'OMS déconseille les formes non pharmaceutiques d'Artemisia annua, tisane comprise, pour traiter ou prévenir le paludisme, au motif qu'un sous-dosage fabrique des résistances du parasite (OMS, déclaration sur Artemisia annua, 2019).

Au Maroc, le paludisme autochtone est éliminé depuis 2010 et cette espèce n'a pas d'usage traditionnel sous le nom d'armoise. Si un vendeur vous propose de l'artemisia « contre les microbes », vous avez quitté la pharmacopée marocaine.

Pourquoi l'armoise est-elle contre-indiquée pendant la grossesse ?

Parce que le chih est emménagogue : il stimule les contractions utérines, et à forte dose la pharmacopée marocaine traditionnelle le tient pour abortif (Bellakhdar, La pharmacopée marocaine traditionnelle, 1997). C'est d'ailleurs l'un de ses usages populaires, du côté gynécologique, sur les règles absentes ou douloureuses.

Aucune des trois espèces n'échappe à la règle. La thuyone de la chiba passe la barrière placentaire, et l'Artemisia annua est déconseillée au premier trimestre. Pourtant aucun sachet vendu en vrac ne porte cette information. Les pages Facebook qui sortent en tête sur cette requête non plus.

Trois réserves de plus méritent d'être dites. Sous antidiabétique, le chih peut ajouter son effet au traitement et provoquer une hypoglycémie. L'allergie croisée avec les astéracées, armoise, ambroisie et camomille, est fréquente. Enfin, une cure au-delà de quatre semaines n'a aucun fondement documenté. Pour le reste de l'étal, la liste des plantes vraiment toxiques vendues chez l'attar vaut la lecture.

Comment demander la bonne armoise chez l'attar ?

Prononcez le nom, puis vérifiez la plante de vos yeux. Le chih a des tiges grises, un feuillage argenté très découpé, une odeur camphrée et amère. La chiba est plus claire, presque blanchâtre, et son amertume est franchement plus mordante en bouche. Demandez à voir, à froisser, à sentir avant de payer.

Achetez petit : 50 grammes suffisent pour un mois d'essai. Refusez les mélanges déjà composés, où l'espèce devient indevinable. Et notez ce que vous prenez, pour pouvoir le dire à votre médecin. Les quatre signaux d'un attar fiable sont détaillés ailleurs sur le site.

Récapitulatif des vérifications à faire avant d'acheter de l'armoise chez l'attar au Maroc : nom prononcé, aspect de la plante, odeur, quantité et contre-indication grossesse
Les cinq vérifications avant de repartir avec un sachet d'armoise.

Un dernier point, non négociable : le chih ne remplace pas un antidiabétique. Il accompagne, au mieux. En cas de symptôme inhabituel après une prise, le Centre Anti Poison et de Pharmacovigilance du Maroc (CAPM, Rabat) répond au 0801 000 180.

Avertissement médical

Avertissement médical. Cet article est informatif et ne remplace ni un diagnostic ni une prescription. Le chih (Artemisia herba-alba), la chiba (Artemisia absinthium) et l'Artemisia annua sont contre-indiqués pendant la grossesse et déconseillés pendant l'allaitement. Sous antidiabétique oral, sulfamide ou insuline, l'effet hypoglycémiant du chih s'ajoute au traitement : l'autosurveillance glycémique est obligatoire et tout ajustement de dose relève du médecin.

La thuyone de la chiba est neurotoxique en usage répété ou concentré : pas de cure quotidienne, pas d'infusion concentrée, pas de teinture alcoolique. Prudence en cas d'allergie aux astéracées, d'épilepsie ou de traitement anticonvulsivant, et sous anticoagulant. Ne modifiez jamais un traitement prescrit de vous-même. Signalez toute plante à votre médecin et à votre pharmacien. Urgence toxicologique au Maroc : Centre Anti Poison et de Pharmacovigilance, 0801 000 180.

Sources

  1. Ethnopharmacological survey of medicinal plants used for the treatment of diabetes mellitus, hypertension and cardiac diseases in the south-east region of Morocco (Tafilalet)— Eddouks M, Maghrani M, Lemhadri A, Ouahidi ML, Jouad H · Journal of Ethnopharmacology · 2002
  2. Ethnopharmacological survey of plants used in the traditional treatment of hypertension and diabetes in south-eastern Morocco (Errachidia province)— Tahraoui A, El-Hilaly J, Israili ZH, Lyoussi B · Journal of Ethnopharmacology · 2007
  3. Ethnobotanical survey of medicinal plants used for the treatment of diabetes, cardiac and renal diseases in the North centre region of Morocco (Fez-Boulemane)— Jouad H, Haloui M, Rhiouani H, El Hilaly J, Eddouks M · Journal of Ethnopharmacology · 2001
  4. Treatment of diabetes mellitus by Artemisia herba-alba extract: preliminary study— Al-Waili NS · Clinical and Experimental Pharmacology and Physiology · 1986
  5. Hypoglycaemic effect of Artemisia herba alba. II. Effect of a valuable extract on some blood parameters in diabetic animals— Al-Shamaony L, Al-Khazraji SM, Twaij HA · Journal of Ethnopharmacology · 1994
  6. Alpha-thujone (the active component of absinthe): gamma-aminobutyric acid type A receptor modulation and metabolic detoxification— Höld KM, Sirisoma NS, Ikeda T, Narahashi T, Casida JE · Proceedings of the National Academy of Sciences · 2000
  7. Risk assessment of thujone in foods and medicines containing sage and wormwood: evidence for a need of regulatory changes?— Lachenmeier DW, Uebelacker M · Regulatory Toxicology and Pharmacology · 2010
  8. Wormwood (Artemisia absinthium L.): a curious plant with both neurotoxic and neuroprotective properties?— Lachenmeier DW · Journal of Ethnopharmacology · 2010
  9. Steroid-sparing effect of wormwood (Artemisia absinthium) in Crohn's disease: a double-blind placebo-controlled study— Omer B, Krebs S, Omer H, Noor TO · Phytomedicine · 2007
  10. The genus Artemisia: a comprehensive review— Bora KS, Sharma A · Pharmaceutical Biology · 2011
  11. An ethnomedicinal survey of a Tashelhit-speaking community in the High Atlas, Morocco— Teixidor-Toneu I, Martin GJ, Ouhammou A, Puri RK, Hawkins JA · Journal of Ethnopharmacology · 2016
  12. The Nobel Prize in Physiology or Medicine 2015 (artémisinine, Tu Youyou)— Nobel Assembly · Nobel Assembly, Karolinska Institutet · 2015
  13. Déclaration de l'OMS sur l'efficacité des formes non pharmaceutiques d'Artemisia annua L. contre le paludisme— OMS, Programme mondial de lutte antipaludique · Organisation mondiale de la Santé · 2019
  14. Enquête nationale sur les facteurs de risque communs des maladies non transmissibles (STEPS Maroc 2017-2018)— Ministère de la Santé du Maroc · Ministère de la Santé du Maroc / Organisation mondiale de la Santé · 2018
  15. Profil pays des maladies non transmissibles : Maroc— OMS · Organisation mondiale de la Santé · 2018
  16. La pharmacopée marocaine traditionnelle : médecine arabe ancienne et savoirs populaires— Bellakhdar J · Ibis Press · 1997

Questions fréquentes

Comment appelle-t-on l'armoise en marocain ?

En darija, l'armoise blanche s'appelle chih (الشيح) et la grande absinthe chiba (شيبة). En tachelhit du Haut Atlas, le chih devient wazri (Teixidor-Toneu et al., Journal of Ethnopharmacology, 2016). L'arabe standard emploie أفسنتين (afsantine) pour l'absinthe. Un seul mot français recouvre donc trois plantes différentes au souk.

Quelle maladie soigne l'armoise ?

Aucune plante ne soigne une maladie à elle seule. Le chih est traditionnellement utilisé contre l'hyperglycémie du diabète de type 2 au Maroc (Eddouks et al., Journal of Ethnopharmacology, 2002), la chiba contre les digestions lourdes, et l'Artemisia annua fournit l'artémisinine antipaludique. Trois plantes, trois usages, aucun traitement de remplacement.

Quels sont les bienfaits du chih en arabe ?

Le chih (الشيح) est la plante antidiabétique la plus citée des enquêtes marocaines, en infusion légère à jeun. Une étude préliminaire a mesuré une baisse de glycémie chez des patients diabétiques (Al-Waili, Clinical and Experimental Pharmacology and Physiology, 1986), confirmée sur modèle animal. Il est aussi digestif, mais interdit pendant la grossesse.

Quel est l'autre nom de l'armoise ?

L'armoise blanche porte trois autres noms : chih en darija, wazri en amazigh et Artemisia herba-alba en latin. L'absinthe s'appelle chiba ou afsantine. L'armoise commune européenne, Artemisia vulgaris, n'a pas d'usage courant au Maroc : c'est elle que citent la plupart des sites français. Ces quatre appellations désignent des espèces distinctes.

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