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Fertilité & femme9 min de lecture

Caïlcédrat et grossesse au Burkina Faso : la règle des 9 mois

Le caïlcédrat (kuka, jala) est déconseillé toute la grossesse : action utérotonique, toxicité hépatique. Que faire contre la fièvre et le palu au Burkina Faso.

Fatou Ndiaye
Spécialiste en santé féminine & phytothérapie gynécologique1,628 mots
Caïlcédrat (Khaya senegalensis) en fleur dans la savane burkinabè, écorce déconseillée pendant la grossesse

Non : le caïlcédrat (kuka en mooré, jala en dioula) est déconseillé pendant toute la grossesse. Son écorce concentre des limonoïdes utérotoniques et une toxicité hépatique dose-dépendante observée chez le rat par Umar et coll. (ISRN Pharmacology, 2013). Aucune dose sûre n'a été établie chez la femme enceinte, à aucun stade.

Révisé médicalement par : Fatou Ndiaye, Spécialiste en santé féminine & phytothérapie gynécologique

Dernière mise à jour : 9 août 2026

Temps de lecture : 9 min

⚕️ Avis médical : Article informatif. Il ne remplace pas une consultation. Parlez à une sage-femme, un médecin ou un pharmacien avant tout remède de plantes, et à plus forte raison si vous êtes enceinte, si vous allaitez ou si vous suivez un traitement. Détails en fin d'article.

Le caïlcédrat est-il dangereux pendant la grossesse ?

Oui, et la réponse ne se discute pas. L'écorce de Khaya senegalensis figure parmi les plantes que les inventaires ethnobotaniques ouest-africains d'Adjanohoun et de l'IRD (1989) décrivent comme emménagogues et abortives. Cet effet n'est pas une rumeur de dispensaire : c'est l'usage que certaines femmes en faisaient volontairement.

Le raisonnement tient en une phrase. Une écorce assez puissante pour couper une fièvre de paludisme est assez puissante pour agir sur un utérus qui porte un enfant, et ce sont les mêmes molécules amères qui font les deux.

Aucun essai clinique n'a testé cette écorce chez la femme enceinte. Pas de dose minimale évaluée, pas de seuil publié. Personne ne peut donc vous dire « une tasse, ça passe ». La même règle s'applique au Sénégal, où l'arbre s'appelle khaye.

Pourquoi l'écorce de kuka agit-elle sur l'utérus ?

L'écorce de caïlcédrat concentre des limonoïdes amers, dont la gédunine et le méthyl angolensate, isolés et testés pour leur activité antiplasmodiale par Bickii et coll. (Journal of Ethnopharmacology, 2000). Ces composés expliquent l'intérêt traditionnel de la plante contre la fièvre.

Leur action ne s'arrête pas au parasite. Une étude histologique et morphométrique parue dans l'International Journal of Ayurvedic Medicine (2022) a mesuré des modifications de l'épithélium endométrial et vaginal après exposition à un extrait de Khaya senegalensis. Un endomètre qui se remanie pendant une grossesse, cela veut dire saignement, décollement, parfois perte de l'enfant.

Et le danger ne s'arrête pas au premier trimestre. Une contraction déclenchée à sept mois, c'est un accouchement prématuré dans un pays où la réanimation néonatale n'est pas au coin de la rue.

Quels sont les effets du caïlcédrat sur le foie ?

L'idée d'une plante qui « travaille le foie » vous est déjà familière : c'est ainsi qu'on parle du kinkéliba (dibilèn) à la maison. Le caïlcédrat, lui, travaille le foie dans le mauvais sens dès que la dose monte.

Umar et coll. (ISRN Pharmacology, 2013) ont donné un extrait aqueux d'écorce de Khaya senegalensis à des rats : élévation des transaminases et lésions hépatiques visibles à l'histologie, proportionnelles à la dose reçue. Assouma et coll. (The Scientific World Journal, 2026) rapportent des observations de toxicité aiguë convergentes sur des extraits d'écorce récoltés au Bénin.

Pendant la grossesse, le foie travaille déjà pour deux. Ajouter une écorce hépatotoxique à une anémie de fin de saison des pluies, c'est un cumul que le corps n'a plus les réserves d'absorber.

Comment prépare-t-on l'écorce de caïlcédrat au Burkina ?

La question revient à chaque hivernage. Répondons-y franchement, sans transformer cet article en mode d'emploi pour une femme enceinte.

Le caïlcédrat est l'arbre à palabre du Burkina : on le trouve dans les cours, devant les écoles, sur les places de village. Son écorce se vend en vrac sur les yaar de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, et les tradipraticiens la proposent désormais par notes vocales WhatsApp. La préparation courante est la décoction : l'écorce bout, puis se boit très amère, le plus souvent contre la fièvre ou après un accès de paludisme.

Rien là-dedans ne constitue un contrôle qualité. Une écorce vendue au marché n'est pas une écorce dosée : la teneur en limonoïdes change avec l'arbre, l'âge de l'écorce et la durée d'ébullition. L'espèce est d'ailleurs classée « vulnérable » sur la Liste rouge de l'UICN (2021), signe de la pression d'écorçage.

Alors si vous êtes enceinte, la réponse pratique tient en trois mots : ne le préparez pas.

Que faire contre la fièvre et le paludisme quand on est enceinte ?

C'est la vraie question derrière la recherche. Le paludisme pèse environ 43 % des consultations dans les formations sanitaires burkinabè (Ministère de la Santé du Burkina Faso, annuaire statistique, 2023), et la transmission grimpe de juin à octobre, au moment précis où l'on vous proposera une décoction.

Une fièvre pendant la grossesse ne se traite pas à la tisane. Elle se teste : un test de diagnostic rapide au CSPS ou au dispensaire le plus proche, le jour même si vous le pouvez. Le paludisme sur grossesse expose à l'anémie sévère, au petit poids de naissance et à la perte fœtale.

L'OMS recommande en plus le traitement préventif intermittent par sulfadoxine-pyriméthamine dès le deuxième trimestre, à chaque consultation prénatale, avec une moustiquaire imprégnée chaque nuit (OMS, Lignes directrices sur le paludisme, 2024). C'est la mesure qui protège vraiment.

La médecine traditionnelle n'est pas exclue de ce circuit. Le Burkina Faso a inscrit deux antipaludiques traditionnels, le N'Dribala (Cochlospermum planchonii) et le Saye, développés avec l'IRSS, sur sa Liste nationale des médicaments essentiels. Ceux-là ont été évalués, dosés, standardisés. L'écorce de kuka achetée au yaar, non.

Côté maison, restent sans souci la bouillie de mil, le soumbala riche en fer, le moringa (zogale) et, en toute fin de grossesse, les dattes dont l'effet sur la maturation du col a été mesuré par Al-Kuran et coll. (2011).

Arbre de décision : fièvre pendant la grossesse au Burkina Faso, test de paludisme au CSPS, traitement validé, moustiquaire imprégnée
Conduite à tenir devant une fièvre pendant la grossesse au Burkina Faso.

J'en ai déjà bu sans savoir : que dois-je faire ?

D'abord, ne paniquez pas et ne vous accusez de rien. Beaucoup de femmes ont bu une décoction avant même de savoir qu'elles étaient enceintes.

Arrêtez la prise aujourd'hui. Notez ce que vous avez bu, combien de fois et à quel moment de la grossesse, puis dites-le à la sage-femme à la prochaine consultation prénatale. Cette information change sa surveillance, elle ne vous vaudra pas de reproche.

N'attendez pas le rendez-vous prévu si vous avez des saignements, des douleurs de ventre qui viennent par vagues, des vomissements qui ne passent pas, un jaunissement des yeux ou des urines très foncées. Ces deux derniers signes orientent vers le foie.

Quand peut-on reprendre le caïlcédrat après l'accouchement ?

Pas pendant l'allaitement. Les limonoïdes passent vraisemblablement dans le lait, et rien ne permet de dire à partir de quelle dose ils gênent un nourrisson dont le foie est encore immature.

Après le sevrage, le caïlcédrat redevient ce qu'il est : une écorce puissante à usage court, pas une plante interdite. Elle garde un intérêt documenté sur la glycémie chez l'animal (Kolawole et coll., 2011) et une activité antiplasmodiale in vitro (Bickii et coll., 2000). Cure courte, jamais avec un traitement déjà lourd pour le foie.

Deux autres plantes de la région suivent la même règle pendant les neuf mois : la pomme cannelle sauvage (Annona senegalensis, sunsun) et le poivre de Guinée (kani), utéro-actives toutes les deux. Le kani se réserve au post-partum.

Comment répondre à la famille sans vexer le tradipraticien ?

Le message qui circule sur WhatsApp part rarement d'une mauvaise intention. Une tante, une belle-mère, un guérisseur respecté proposent ce qui a soulagé la famille pendant trente ans.

La phrase qui fonctionne est celle-ci : « Je sais que le kuka est fort, et c'est justement parce qu'il est fort que la sage-femme me l'a interdit pendant la grossesse. » Vous ne contestez pas le savoir des anciens, vous en tirez la conclusion logique. Un remède capable de faire bouger un utérus n'est pas un remède de femme enceinte. Le basilic africain suit une logique voisine en Côte d'Ivoire : la feuille dans la sauce, oui ; la décoction concentrée, non.

Et si la personne insiste, proposez de garder l'écorce pour après le sevrage. Elle ne perd pas la face, vous ne perdez pas votre grossesse.

Sources

  1. Effect of Aqueous Stem Bark Extract of Khaya senegalensis on Some Biochemical, Haematological, and Histopathological Parameters of RatsUmar IA, Wuro-Chekke AU, Gidado A et al. · ISRN Pharmacology · 2013
  2. Phytochemistry, Antimicrobial, Analgesic, Antibiofilm, Diuretic Activities, and Acute Toxicity of Bark Extracts From Three Plants (Khaya senegalensis, Ocimum americanum, Cassytha filiformis) Collected in BeninAssouma FF et al. · The Scientific World Journal · 2026
  3. Evaluation of antimalarial activity and cytotoxicity of Khaya species (Meliaceae)Bickii J, Njifutie N, Foyere JA et al. · Journal of Ethnopharmacology · 2000
  4. The Effect of Khaya senegalensis on the Endometrial and Vaginal Epithelium: A Histological and Morphometrical StudyÉtude histologique et morphométrique · International Journal of Ayurvedic Medicine, 13(2), 406-411 · 2022
  5. Hypoglycaemic effect of Khaya senegalensis stem bark extract in diabetic modelsKolawole OT et al. · Asian Journal of Medical Sciences · 2011
  6. Médecine traditionnelle et pharmacopée : contribution aux études ethnobotaniques et floristiques en Afrique de l'Ouest (Khaya senegalensis)Adjanohoun E et al. · IRD / Agence de coopération culturelle et technique · 1989
  7. Khaya senegalensis — The IUCN Red List of Threatened Species (Vulnerable)UICN · Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) · 2021
  8. WHO Guidelines for malaria — prévention et prise en charge du paludisme pendant la grossesse (TPIp-SP, MILDA)OMS · Organisation mondiale de la santé (OMS) · 2024
  9. The effect of late pregnancy consumption of date fruit on labour and deliveryAl-Kuran O, Al-Mehaisen L, Bawadi H et al. · Journal of Obstetrics and Gynaecology · 2011
  10. Annuaire statistique — morbidité et consultations dans les formations sanitaires (part du paludisme)Direction générale des études et des statistiques sectorielles · Ministère de la Santé du Burkina Faso · 2023
  11. Liste nationale des médicaments essentiels du Burkina Faso — phytomédicaments antipaludiques N'Dribala (Cochlospermum planchonii) et SayeIRSS-CNRST · Ministère de la Santé du Burkina Faso / IRSS-CNRST · 2021

Questions fréquentes

Peut-on boire du caïlcédrat enceinte ?

Non, à aucun stade de la grossesse. L'écorce de Khaya senegalensis contient des limonoïdes à action utérotonique et une hépatotoxicité dose-dépendante observée chez l'animal (Umar et coll., 2013). Aucune dose sûre n'a été établie chez la femme enceinte, et le risque documenté va du saignement à l'accouchement prématuré.

Comment dit-on caïlcédrat en mooré et en dioula ?

Le caïlcédrat (Khaya senegalensis) se dit kuka en mooré et jala, parfois dyala, en dioula. Le français le nomme aussi acajou du Sénégal. C'est le grand arbre à palabre des cours et des places de village, dont l'écorce amère se vend en vrac sur les marchés burkinabè.

Le caïlcédrat abîme-t-il le foie ?

À forte dose, oui. Chez le rat, un extrait aqueux d'écorce a élevé les transaminases et provoqué des lésions hépatiques proportionnelles à la dose (Umar et coll., ISRN Pharmacology, 2013). Chez la femme enceinte, dont le foie travaille déjà pour deux, cette marge de sécurité disparaît.

Que prendre contre la fièvre pendant la grossesse au Burkina ?

Faites un test de diagnostic rapide du paludisme au CSPS ou au dispensaire le jour même, plutôt qu'une décoction d'écorce. L'OMS recommande le traitement préventif intermittent par sulfadoxine-pyriméthamine dès le deuxième trimestre, à chaque consultation prénatale, avec une moustiquaire imprégnée chaque nuit. Les antipaludiques validés en grossesse existent.