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Fertilité & femme10 min de lecture

Pomme cannelle sauvage, fertilité : feuille oui, racine non

Pomme cannelle sauvage (dougor, sounsoun) et fertilité au Sénégal : les feuilles dominent l'usage traditionnel, la racine a une activité anti-fertilité.

Fatou Ndiaye
Spécialiste en santé féminine & phytothérapie gynécologique1,801 mots
Fruit et feuilles de pomme cannelle sauvage (Annona senegalensis), plante liée à la fertilité au Sénégal

La pomme cannelle sauvage — dougor, mandé sounsoun au Sénégal — sert traditionnellement à réguler le cycle, presque toujours en feuilles : une enquête ethnobotanique conduite dans quatre régions du pays chiffre cet usage à 70,7 %. La racine, elle, montre une activité anti-fertilité documentée chez la rate. Feuille et racine ne sont pas interchangeables.

Révisé médicalement par : Fatou Ndiaye, Spécialiste en santé féminine & phytothérapie gynécologique

Dernière mise à jour : 27 juillet 2026

Temps de lecture : 10 min

⚕️ Avis médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Il ne remplace pas un avis médical professionnel. Consultez un médecin, une sage-femme ou un pharmacien avant d'utiliser un remède à base de plantes, surtout si vous êtes enceinte, allaitez ou prenez un traitement.

La pomme cannelle sauvage aide-t-elle vraiment la fertilité ?

La réponse honnête tient en une distinction que presque aucun contenu en ligne ne fait : tout dépend de la partie utilisée. Les feuilles et la racine d'Annona senegalensis n'ont ni la même composition, ni le même effet rapporté, ni le même profil de risque.

Côté tradition, l'usage porte sur la régulation du cycle, les stérilités dites fonctionnelles et la convalescence — pas directement sur la conception. La nuance compte : réguler un cycle irrégulier peut rendre l'ovulation plus repérable, ce qui n'est pas la même chose que « faire tomber enceinte ».

Côté recherche, un travail publié dans l'African Journal of Pharmacy and Pharmacology (2012) a testé un extrait aqueux d'écorce de racine d'Annona senegalensis associé à Asparagus africanus chez des rates Sprague Dawley. Les auteurs y rapportent une activité anti-fertilité, c'est-à-dire l'effet inverse de celui recherché.

Aucun essai clinique humain n'existe. Ce qu'on peut affirmer se limite donc à ceci : la plante a une place réelle dans la pharmacopée sénégalaise du cycle féminin, et la racine mérite une prudence particulière quand le projet est une grossesse.

Que dit l'étude sénégalaise sur les usages de cette plante ?

Une enquête ethnobotanique publiée en 2022 a recensé les usages thérapeutiques et alimentaires d'Annona senegalensis dans quatre régions du Sénégal. Le résultat le plus net : les feuilles concentrent 70,7 % des parties recherchées par les usagers.

Ce chiffre n'est pas anecdotique. Il dit que la pratique sénégalaise s'est spontanément orientée vers la partie la moins chargée en acétogénines — les composés qui portent l'essentiel des signaux de toxicité de la famille des Annonacées.

Une évaluation menée à l'échelle nationale au Bénin, publiée dans le Journal of Ethnobiology and Ethnomedicine (2022), confirme cette place centrale de la plante dans les usages alimentaires et médicinaux d'Afrique de l'Ouest, tout en montrant un écart entre le savoir théorique déclaré et les usages réellement pratiqués.

Autrement dit, la tradition a déjà fait un tri que le contenu en ligne défait. Beaucoup d'articles recommandent indistinctement « la racine ou l'écorce », alors que les usagers sénégalais, eux, prennent surtout les feuilles.

Comment appelle-t-on la pomme cannelle sauvage au Sénégal ?

Deux noms sont attestés au Sénégal : dougor et mandé sounsoun. Le second circule aussi au Mali, sous la forme sounsoun, ce qui reflète la continuité de l'aire mandingue.

La plante change de nom à chaque frontière : barkudga et sunsun en mooré au Burkina Faso, klobou en Côte d'Ivoire, glissè au Bénin, anyiglo au Togo. En français, on la trouve sous « pomme cannelle sauvage », « pomme sauvage d'Afrique » ou « pomme à confiture ».

Cette profusion de noms est un piège pratique. Sur les marchés, demander « du sounsoun » ne garantit pas d'obtenir la bonne espèce ni la bonne partie. Le réflexe utile est de préciser la partie voulue — feuille, écorce ou racine — autant que le nom. Notre fiche botanique de la pomme cannelle sauvage détaille les critères de reconnaissance.

Quelle partie utiliser, et comment la préparer ?

Le tableau ci-dessous résume ce que documentent les enquêtes ethnobotaniques et ce qu'impose la prudence toxicologique.

PartieUsage traditionnelPréparationCharge en acétogéninesProjet de grossesse
Fruit mûrAliment sauvageConsommé fraisNégligeableSans problème connu
FeuillesCycle, convalescenceDécoction 1 poignée / 1 L, 10 minFaibleÀ arrêter dès le test positif
ÉcorceFièvres, troubles digestifsDécoction 10-15 g / 500 ml, 20 minMoyenneÀ éviter
RacinePost-partum, usages encadrésMacération sur prescriptionÉlevéeÀ éviter — activité anti-fertilité rapportée
Feuilles fraîchesPlaies, douleurs articulairesCataplasme localVoie externeUsage externe seulement

La préparation la plus courante reste la décoction de feuilles : une poignée de feuilles fraîches dans un litre d'eau, bouillie dix minutes, une tasse deux fois par jour, en cure de dix à quatorze jours au maximum.

La macération de racine en post-partum appartient à un usage encadré par le tradipraticien, avec une indication et une durée précises. Elle ne se transpose pas en automédication à partir d'un message reçu dans un groupe.

Combien de temps dure une cure, et à quel moment du cycle ?

La question du timing revient plus souvent que celle de la dose, et elle est rarement traitée. Dans l'usage rapporté au Sénégal, la décoction de feuilles s'inscrit dans une logique de cure courte, pas de consommation quotidienne au long cours.

Le cadre traditionnel place la prise en dehors des règles, sur une dizaine de jours, avec une pause au cycle suivant. Cette alternance n'est pas décorative : elle limite l'exposition cumulée aux acétogénines, qui est le vrai facteur de risque des Annonacées.

Un point pratique change tout au Sénégal : si vous avez des rapports non protégés, la deuxième moitié du cycle peut correspondre à une grossesse débutante que rien ne signale encore. C'est la raison pour laquelle la prise se limite à la phase post-menstruelle, et s'arrête net au moindre retard.

Pendant le Ramadan, la préparation se déplace naturellement au repas du soir. La décoction amère à jeun est mal tolérée, et rien n'impose de la prendre le matin.

Enfin, la cure n'a d'intérêt que si elle est observée. Notez la date de début, la date de fin et ce que fait le cycle sur les deux mois suivants. Sans ce suivi, impossible de distinguer un effet réel d'une variation spontanée — et les cycles varient beaucoup d'eux-mêmes.

Pourquoi la prudence sur les Annonacées est-elle justifiée ?

Le signal vient des Antilles, pas d'Afrique, et il concerne toute la famille botanique. Les travaux de Caparros-Lefebvre et de Lannuzel ont mis en évidence une corrélation entre la consommation chronique d'Annonacées et des syndromes parkinsoniens atypiques, notamment la paralysie supranucléaire progressive.

La molécule en cause est l'annonacine, une acétogénine que l'on retrouve dans le corossol comme dans Annona senegalensis. Les données spécifiques à l'espèce sénégalaise restent en cours d'évaluation — c'est précisément pour cela que le principe de précaution s'applique.

Trois règles en découlent. Ne jamais dépasser deux à trois semaines consécutives de cure. Ne jamais cumuler plusieurs Annonacées — corossol, atta, asiminier — dans la même période. Éviter tout usage médicinal en cas d'antécédent neurologique.

Un travail publié sur le profil de sécurité des écorces de racine (2021) rappelle par ailleurs que la tolérance observée sur des doses uniques ne préjuge pas de l'innocuité d'une exposition répétée. C'est la durée, plus que la dose ponctuelle, qui fait le risque ici.

Que faire au Sénégal si le cycle est irrégulier ?

Selon l'OMS, environ une personne sur six dans le monde est concernée par l'infertilité au cours de sa vie. Au Sénégal, la pression sociale sur les femmes rend ce sujet difficile à porter, et pousse vers des solutions rapides trouvées en groupe WhatsApp.

Le premier réflexe utile n'est pas une plante : c'est de repérer son cycle. Noter les dates de règles sur trois mois donne au personnel de santé une information plus exploitable que n'importe quelle décoction. C'est gratuit, et cela transforme la consultation.

Un retard isolé a de nombreuses causes bénignes — stress, perte de poids, changement de rythme, période de jeûne. Notre dossier sur le retard des règles au Sénégal détaille les 17 questions les plus posées à ce sujet.

Si le projet est une grossesse, la démarche complète est décrite dans notre guide pour améliorer sa fertilité naturellement. Pour d'autres plantes de la région travaillant sur le cycle, voyez le fagara, le cycle et l'ovulation et Goron Tula (Azanza garckeana).

Quand faut-il consulter plutôt que persister ?

Trois situations imposent un avis médical sans délai, quelle que soit la plante employée. Une absence de règles au-delà de trois mois hors grossesse. Des saignements abondants ou entre les cycles. Des douleurs pelviennes qui s'installent.

S'ajoute le cas des rapports réguliers sans conception depuis douze mois — six mois après 35 ans. C'est le seuil retenu par l'OMS pour parler d'infertilité et engager un bilan, qui concerne le couple et non la seule femme.

Arrêtez immédiatement toute préparation médicinale dès qu'un test de grossesse est positif. La contre-indication de la pomme cannelle sauvage pendant la grossesse est formelle, en raison de l'action utérotonique de ses acétogénines et alcaloïdes.

Ce qu'il faut retenir

La règle tient en quatre mots : feuille oui, racine non. C'est le tri qu'a fait la pratique sénégalaise elle-même, et que la littérature toxicologique confirme.

La pomme cannelle sauvage a une place légitime dans l'accompagnement d'un cycle irrégulier, en cure courte et en feuilles. Elle n'a aucune place documentée comme aide à la conception, et sa racine va possiblement dans le sens contraire.

Sources

  1. Étude ethnobotanique d'Annona senegalensis (Annonaceae) dans quatre régions du SénégalEnquête ethnobotanique, quatre régions du Sénégal · Étude ethnobotanique, Sénégal · 2022
  2. Anti-fertility activity of aqueous root bark extracts of Asparagus africanus Lam and Annona senegalensis Pers combination on female Sprague Dawley ratsÉtude anti-fertilité sur rates Sprague Dawley · African Journal of Pharmacy and Pharmacology · 2012
  3. Food and medicinal uses of Annona senegalensis Pers.: a country-wide assessment of traditional theoretical knowledge and actual uses in Benin, West AfricaAssessment pays-entier, Bénin · Journal of Ethnobiology and Ethnomedicine · 2022
  4. Safety Profile, In Vitro Anti-Inflammatory Activity, and In Vivo Antiulcerogenic Potential of Root Barks from Annona senegalensis Pers. (Annonaceae)Profil de sécurité, écorces de racine · Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine · 2021
  5. Atypical parkinsonism in the Caribbean and consumption of Annonaceae — annonacin neurotoxicityCaparros-Lefebvre D., Lannuzel A. · Travaux Caparros-Lefebvre / Lannuzel, Antilles · 2007
  6. Infertility: fact sheetOMS · Organisation mondiale de la santé (OMS) · 2023
  7. WHO Traditional Medicine Strategy — recours à la médecine traditionnelle en AfriqueOMS · Organisation mondiale de la santé (OMS) · 2023

Questions fréquentes

La pomme cannelle sauvage aide-t-elle à tomber enceinte ?

Aucune étude clinique humaine ne le démontre. L'usage traditionnel sénégalais porte sur la régulation du cycle et la convalescence, pas sur la conception elle-même. Un travail publié montre même une activité anti-fertilité de l'écorce de racine chez la rate. Les feuilles et la racine ne jouent donc pas le même rôle.

Comment appelle-t-on la pomme cannelle sauvage en wolof ?

Au Sénégal, elle porte les noms de dougor et de mandé sounsoun. Au Mali on dit sounsoun, au Burkina Faso barkudga en mooré, en Côte d'Ivoire klobou, au Bénin glissè et au Togo anyiglo. Son nom scientifique est Annona senegalensis, de la famille des Annonacées.

Quelle partie de la plante utiliser pour le cycle ?

Ce sont les feuilles qui dominent largement l'usage traditionnel : une enquête ethnobotanique menée dans quatre régions du Sénégal chiffre leur part à 70,7 % des utilisations recensées. Elles contiennent aussi moins d'acétogénines que la racine et l'écorce, ce qui les rend nettement moins problématiques.

Peut-on manger le fruit de la pomme cannelle sauvage ?

Oui. Le fruit mûr, jaune-orangé et sucré, est un aliment sauvage consommé couramment par les enfants et les bergers dans toute la zone soudano-sahélienne. Sa consommation ponctuelle ne pose pas de problème connu. C'est la préparation médicinale concentrée de feuilles, d'écorce ou de racine qui demande un encadrement.

La pomme cannelle sauvage est-elle dangereuse ?

Elle est formellement déconseillée pendant la grossesse et l'allaitement. Les acétogénines des Annonacées portent par ailleurs un signal de neurotoxicité identifié aux Antilles en consommation chronique. Les cures doivent rester inférieures à trois semaines et ne jamais se cumuler avec du corossol ou une autre Annonacée.