L'absinthe se dit chiba (شيبة) en darija marocaine et afsantine (أفسنتين) en arabe standard ; certaines régions d'Algérie disent chajret Meriem. Chez l'attar, le même nom couvre parfois une autre armoise. Selon STEPS Maroc 2017-18, 10,6 % des adultes marocains sont diabétiques : vérifier l'espèce avant toute tisane compte vraiment.
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Vous cherchez le nom arabe de l'absinthe pour la demander au souk, ou pour comprendre ce que votre mère met dans l'atay en janvier ? La réponse tient en trois mots. Mais derrière ces trois mots se cachent au moins trois plantes différentes, et c'est là que les choses se compliquent.
Comment dit-on absinthe en arabe ?
La grande absinthe, Artemisia absinthium, porte plusieurs noms selon le registre et la région. Le tableau ci-dessous reprend ceux que vous entendrez le plus souvent au Maroc et chez nos voisins.
| Nom | Écriture arabe | Registre | Où on l'entend |
|---|---|---|---|
| Afsantine (afsantin, absinthine) | أفسنتين | Arabe standard, livres, pharmacie | Tout le monde arabophone |
| Chiba (chiba, sheeba, chibah) | شيبة | Darija | Maroc, souks et attarine |
| Chajret Meriem (chajrat Maryam) | شجرة مريم | Dialectal | Certaines régions d'Algérie |
Afsantine vient du grec apsinthion, passé par le latin absinthium. C'est le mot savant. Chiba, lui, évoque en arabe les cheveux blancs (الشيب, ach-chayb), allusion au feuillage argenté de la plante. Car ses feuilles sont couvertes d'un fin duvet gris qui lui donne l'air d'avoir blanchi.
Pour le panorama complet des armoises et de leurs noms régionaux, notre page sur l'armoise en arabe et ses noms au Maghreb (chih, chiba, wazri) fait le tour de la question. Ici, on reste sur l'absinthe.
Comment prononcer et écrire chiba, afsantine et chajret Meriem ?
La translittération change d'un site à l'autre, et c'est normal. L'arabe n'a pas de lettre « é », et le son « ch » s'écrit sh en anglais. Personne n'écrit faux.
- شيبة : « chî-ba », accent sur la première syllabe. Variantes : chiba, shiba, cheeba.
- أفسنتين : « af-san-tîne ». Variantes : afsantin, afsinthine.
- شجرة مريم : « chaj-rat Mar-yam », « l'arbre de Marie ». Variantes : chajret Meriem, shajarat Maryam.
Dans le Haut Atlas, les communautés tachelhitophones emploient aussi leurs propres noms de plantes, différents des noms arabes (Teixidor-Toneu et al., 2016) [10]. Si votre attar est amazighophone, le mot qu'il emploiera ne figurera peut-être dans aucun de ces trois registres.
Pourquoi la chiba de l'attar n'est-elle pas toujours de l'absinthe ?
Parce que le nom prononcé au comptoir est le seul identifiant. Les plantes se vendent en vrac, sans étiquette ni nom latin. Et le genre Artemisia compte plusieurs centaines d'espèces, dont beaucoup se ressemblent (Bora et Sharma, 2011) [9].
Au Maroc, l'armoise arborescente (Artemisia arborescens), une armoise argentée du littoral, se vend souvent elle aussi sous le nom de chiba pour le thé d'hiver. Elle est plus douce, ses feuilles sont plus fines. Le chih (الشيح), l'armoise blanche, est une troisième plante, que l'on confond à son tour avec les deux autres.
Notre avis : demandez toujours « chiba, Artemisia absinthium ? ». Un bon attar connaît la différence et vous le dira. S'il hésite, goûtez une feuille. La vraie absinthe est d'une amertume franche, presque brutale, qui reste longtemps en bouche.
En quoi l'absinthe diffère-t-elle du chih pour la glycémie ?
C'est la confusion qui pèse le plus lourd pour les lecteurs diabétiques. Les grandes enquêtes ethnobotaniques marocaines sur le diabète, menées au Tafilalet (Eddouks et al., 2002) [1], dans la province d'Errachidia (Tahraoui et al., 2007) [2] et dans la région de Fès-Boulemane (Jouad et al., 2001) [3], mettent surtout en avant le chih, et non la chiba.
Côté données humaines, le chih dispose d'une étude préliminaire ancienne chez des patients diabétiques (Al-Waili, 1986) [4]. C'est peu. Pour la grande absinthe, nous n'avons trouvé aucun essai publié sur la glycémie chez l'humain. Son seul essai clinique notable porte sur la maladie de Crohn : 40 patients, 3 × 500 mg par jour d'un mélange à base d'absinthe pendant 10 semaines (Omer et al., 2007) [8].
Si c'est la glycémie qui vous intéresse, lisez plutôt notre point sur le chih (armoise blanche) et le diabète au Maroc, ou sur le fenugrec en arabe, la helba (الحلبة), mieux documentée. Mais aucune de ces plantes ne remplace un traitement prescrit.
Pourquoi la thuyone limite-t-elle l'usage de l'absinthe ?
La grande absinthe contient de la thuyone, surtout dans son huile essentielle. L'alpha-thuyone bloque un récepteur du cerveau qui sert normalement de frein à l'activité nerveuse, le récepteur GABA-A (Höld et al., 2000) [5]. À forte dose, cela peut provoquer des convulsions.
Le risque dépend surtout de la dose et de la répétition. Une revue souligne que la plante est à la fois neurotoxique à haute dose et étudiée pour d'autres effets (Lachenmeier, 2010) [7]. Une évaluation du risque lié à la sauge et à l'absinthe plaide même pour revoir les règles sur la thuyone (Lachenmeier et Uebelacker, 2010) [6].
En Europe, les boissons alcoolisées à base d'Artemisia ne doivent pas dépasser 35 mg de thuyone par kilo (Règlement (CE) n° 1334/2008) [12]. Le Maroc n'a pas de règle équivalente pour la chiba vendue en vrac.
Comment utiliser la chiba dans l'atay sans risque ?
L'usage marocain le plus courant reste le brin de chiba glissé dans le thé à la menthe en hiver, vendu en bottes fraîches au souk à côté de la naânaâ. Voici les règles que nous appliquons :
- Un seul brin, pas une poignée, par théière.
- Usage ponctuel : quelques fois par saison, pas tous les jours.
- Jamais d'huile essentielle d'absinthe, ni de macération concentrée.
- Arrêt et avis médical si les troubles digestifs durent plus de deux semaines.
Ce dernier point vient de la monographie européenne, qui retient un usage traditionnel de la plante pour la perte d'appétit passagère et les troubles digestifs légers, chez l'adulte uniquement (EMA/HMPC, 2020) [11]. Elle exclut les personnes atteintes d'une maladie du foie ou d'une obstruction des voies biliaires.
Qui doit éviter l'absinthe ?
Certaines personnes ne devraient pas toucher à la chiba, même un brin. La monographie européenne la contre-indique dans trois situations (EMA/HMPC, 2020) [11] :
- une allergie aux plantes de la famille des Astéracées (camomille, armoises, souci) ;
- une obstruction des voies biliaires ou une cholangite ;
- une maladie du foie.
La même monographie déconseille l'absinthe, faute de données suffisantes, chez les enfants et adolescents de moins de 18 ans, pendant la grossesse et pendant l'allaitement. Ce n'est pas une contre-indication formelle, mais rien ne permet de dire qu'elle est sûre dans ces situations. Évitez-la donc.
Notre précaution à nous, qui ne figure pas dans la monographie : nous la déconseillons aussi aux personnes épileptiques ou ayant déjà fait une convulsion. La raison tient à la thuyone, qui agit sur le récepteur GABA-A et peut provoquer des convulsions à forte dose (Höld et al., 2000) [5].
Et si vous êtes diabétique sous traitement, signalez toute tisane amère à votre médecin. Le même conseil vaut pour le marrube blanc (mriwt), autre plante amère de l'attar souvent prise pour la glycémie.
