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Diabète & glycémie8 min de lecture

L'absinthe en arabe : chiba, afsantine et chajret Meriem

L'absinthe en arabe se dit chiba (شيبة) au Maroc et afsantine (أفسنتين) en arabe standard. Prononciation, confusion avec le chih et risques de la thuyone.

Kofi Mensah
Rédacteur santé — diabète & plantes hypoglycémiantes1,575 mots
Plant de grande absinthe au feuillage argenté, la chiba ou afsantine de l'absinthe en arabe
Table des matières (7)
  1. Comment dit-on absinthe en arabe ?
  2. Comment prononcer et écrire chiba, afsantine et chajret Meriem ?
  3. Pourquoi la chiba de l'attar n'est-elle pas toujours de l'absinthe ?
  4. En quoi l'absinthe diffère-t-elle du chih pour la glycémie ?
  5. Pourquoi la thuyone limite-t-elle l'usage de l'absinthe ?
  6. Comment utiliser la chiba dans l'atay sans risque ?
  7. Qui doit éviter l'absinthe ?

L'absinthe se dit chiba (شيبة) en darija marocaine et afsantine (أفسنتين) en arabe standard ; certaines régions d'Algérie disent chajret Meriem. Chez l'attar, le même nom couvre parfois une autre armoise. Selon STEPS Maroc 2017-18, 10,6 % des adultes marocains sont diabétiques : vérifier l'espèce avant toute tisane compte vraiment.

Rédigé et relu en interne par la rédaction SantéSource. Ce contenu n'a pas été revu par un professionnel de santé et ne remplace pas un avis médical.

⚕️ Avis médical : Article informatif. Consultez un professionnel avant tout protocole, surtout en cas de grossesse, allaitement ou traitement (antidiabétiques, anticoagulants). Détails en fin d'article.

Vous cherchez le nom arabe de l'absinthe pour la demander au souk, ou pour comprendre ce que votre mère met dans l'atay en janvier ? La réponse tient en trois mots. Mais derrière ces trois mots se cachent au moins trois plantes différentes, et c'est là que les choses se compliquent.

Comment dit-on absinthe en arabe ?

La grande absinthe, Artemisia absinthium, porte plusieurs noms selon le registre et la région. Le tableau ci-dessous reprend ceux que vous entendrez le plus souvent au Maroc et chez nos voisins.

NomÉcriture arabeRegistreOù on l'entend
Afsantine (afsantin, absinthine)أفسنتينArabe standard, livres, pharmacieTout le monde arabophone
Chiba (chiba, sheeba, chibah)شيبةDarijaMaroc, souks et attarine
Chajret Meriem (chajrat Maryam)شجرة مريمDialectalCertaines régions d'Algérie

Afsantine vient du grec apsinthion, passé par le latin absinthium. C'est le mot savant. Chiba, lui, évoque en arabe les cheveux blancs (الشيب, ach-chayb), allusion au feuillage argenté de la plante. Car ses feuilles sont couvertes d'un fin duvet gris qui lui donne l'air d'avoir blanchi.

Pour le panorama complet des armoises et de leurs noms régionaux, notre page sur l'armoise en arabe et ses noms au Maghreb (chih, chiba, wazri) fait le tour de la question. Ici, on reste sur l'absinthe.

Comment prononcer et écrire chiba, afsantine et chajret Meriem ?

La translittération change d'un site à l'autre, et c'est normal. L'arabe n'a pas de lettre « é », et le son « ch » s'écrit sh en anglais. Personne n'écrit faux.

  • شيبة : « chî-ba », accent sur la première syllabe. Variantes : chiba, shiba, cheeba.
  • أفسنتين : « af-san-tîne ». Variantes : afsantin, afsinthine.
  • شجرة مريم : « chaj-rat Mar-yam », « l'arbre de Marie ». Variantes : chajret Meriem, shajarat Maryam.

Dans le Haut Atlas, les communautés tachelhitophones emploient aussi leurs propres noms de plantes, différents des noms arabes (Teixidor-Toneu et al., 2016) [10]. Si votre attar est amazighophone, le mot qu'il emploiera ne figurera peut-être dans aucun de ces trois registres.

Pourquoi la chiba de l'attar n'est-elle pas toujours de l'absinthe ?

Parce que le nom prononcé au comptoir est le seul identifiant. Les plantes se vendent en vrac, sans étiquette ni nom latin. Et le genre Artemisia compte plusieurs centaines d'espèces, dont beaucoup se ressemblent (Bora et Sharma, 2011) [9].

Au Maroc, l'armoise arborescente (Artemisia arborescens), une armoise argentée du littoral, se vend souvent elle aussi sous le nom de chiba pour le thé d'hiver. Elle est plus douce, ses feuilles sont plus fines. Le chih (الشيح), l'armoise blanche, est une troisième plante, que l'on confond à son tour avec les deux autres.

Notre avis : demandez toujours « chiba, Artemisia absinthium ? ». Un bon attar connaît la différence et vous le dira. S'il hésite, goûtez une feuille. La vraie absinthe est d'une amertume franche, presque brutale, qui reste longtemps en bouche.

En quoi l'absinthe diffère-t-elle du chih pour la glycémie ?

C'est la confusion qui pèse le plus lourd pour les lecteurs diabétiques. Les grandes enquêtes ethnobotaniques marocaines sur le diabète, menées au Tafilalet (Eddouks et al., 2002) [1], dans la province d'Errachidia (Tahraoui et al., 2007) [2] et dans la région de Fès-Boulemane (Jouad et al., 2001) [3], mettent surtout en avant le chih, et non la chiba.

Côté données humaines, le chih dispose d'une étude préliminaire ancienne chez des patients diabétiques (Al-Waili, 1986) [4]. C'est peu. Pour la grande absinthe, nous n'avons trouvé aucun essai publié sur la glycémie chez l'humain. Son seul essai clinique notable porte sur la maladie de Crohn : 40 patients, 3 × 500 mg par jour d'un mélange à base d'absinthe pendant 10 semaines (Omer et al., 2007) [8].

Si c'est la glycémie qui vous intéresse, lisez plutôt notre point sur le chih (armoise blanche) et le diabète au Maroc, ou sur le fenugrec en arabe, la helba (الحلبة), mieux documentée. Mais aucune de ces plantes ne remplace un traitement prescrit.

Pourquoi la thuyone limite-t-elle l'usage de l'absinthe ?

La grande absinthe contient de la thuyone, surtout dans son huile essentielle. L'alpha-thuyone bloque un récepteur du cerveau qui sert normalement de frein à l'activité nerveuse, le récepteur GABA-A (Höld et al., 2000) [5]. À forte dose, cela peut provoquer des convulsions.

Le risque dépend surtout de la dose et de la répétition. Une revue souligne que la plante est à la fois neurotoxique à haute dose et étudiée pour d'autres effets (Lachenmeier, 2010) [7]. Une évaluation du risque lié à la sauge et à l'absinthe plaide même pour revoir les règles sur la thuyone (Lachenmeier et Uebelacker, 2010) [6].

En Europe, les boissons alcoolisées à base d'Artemisia ne doivent pas dépasser 35 mg de thuyone par kilo (Règlement (CE) n° 1334/2008) [12]. Le Maroc n'a pas de règle équivalente pour la chiba vendue en vrac.

Comment utiliser la chiba dans l'atay sans risque ?

L'usage marocain le plus courant reste le brin de chiba glissé dans le thé à la menthe en hiver, vendu en bottes fraîches au souk à côté de la naânaâ. Voici les règles que nous appliquons :

  1. Un seul brin, pas une poignée, par théière.
  2. Usage ponctuel : quelques fois par saison, pas tous les jours.
  3. Jamais d'huile essentielle d'absinthe, ni de macération concentrée.
  4. Arrêt et avis médical si les troubles digestifs durent plus de deux semaines.

Ce dernier point vient de la monographie européenne, qui retient un usage traditionnel de la plante pour la perte d'appétit passagère et les troubles digestifs légers, chez l'adulte uniquement (EMA/HMPC, 2020) [11]. Elle exclut les personnes atteintes d'une maladie du foie ou d'une obstruction des voies biliaires.

Qui doit éviter l'absinthe ?

Certaines personnes ne devraient pas toucher à la chiba, même un brin. La monographie européenne la contre-indique dans trois situations (EMA/HMPC, 2020) [11] :

  • une allergie aux plantes de la famille des Astéracées (camomille, armoises, souci) ;
  • une obstruction des voies biliaires ou une cholangite ;
  • une maladie du foie.

La même monographie déconseille l'absinthe, faute de données suffisantes, chez les enfants et adolescents de moins de 18 ans, pendant la grossesse et pendant l'allaitement. Ce n'est pas une contre-indication formelle, mais rien ne permet de dire qu'elle est sûre dans ces situations. Évitez-la donc.

Notre précaution à nous, qui ne figure pas dans la monographie : nous la déconseillons aussi aux personnes épileptiques ou ayant déjà fait une convulsion. La raison tient à la thuyone, qui agit sur le récepteur GABA-A et peut provoquer des convulsions à forte dose (Höld et al., 2000) [5].

Et si vous êtes diabétique sous traitement, signalez toute tisane amère à votre médecin. Le même conseil vaut pour le marrube blanc (mriwt), autre plante amère de l'attar souvent prise pour la glycémie.

Sources

  1. Ethnopharmacological survey of medicinal plants used for the treatment of diabetes mellitus, hypertension and cardiac diseases in the south-east region of Morocco (Tafilalet)— Eddouks M, Maghrani M, Lemhadri A, Ouahidi ML, Jouad H · Journal of Ethnopharmacology · 2002
  2. Ethnopharmacological survey of plants used in the traditional treatment of hypertension and diabetes in south-eastern Morocco (Errachidia province)— Tahraoui A, El-Hilaly J, Israili ZH, Lyoussi B · Journal of Ethnopharmacology · 2007
  3. Ethnobotanical survey of medicinal plants used for the treatment of diabetes, cardiac and renal diseases in the North centre region of Morocco (Fez-Boulemane)— Jouad H, Haloui M, Rhiouani H, El Hilaly J, Eddouks M · Journal of Ethnopharmacology · 2001
  4. Treatment of diabetes mellitus by Artemisia herba-alba extract: preliminary study— Al-Waili NS · Clinical and Experimental Pharmacology and Physiology · 1986
  5. Alpha-thujone (the active component of absinthe): gamma-aminobutyric acid type A receptor modulation and metabolic detoxification— Höld KM, Sirisoma NS, Ikeda T, Narahashi T, Casida JE · Proceedings of the National Academy of Sciences · 2000
  6. Risk assessment of thujone in foods and medicines containing sage and wormwood--evidence for a need of regulatory changes?— Lachenmeier DW, Uebelacker M · Regulatory Toxicology and Pharmacology · 2010
  7. Wormwood (Artemisia absinthium L.)--a curious plant with both neurotoxic and neuroprotective properties?— Lachenmeier DW · Journal of Ethnopharmacology · 2010
  8. Steroid-sparing effect of wormwood (Artemisia absinthium) in Crohn's disease: a double-blind placebo-controlled study— Omer B, Krebs S, Omer H, Noor TO · Phytomedicine · 2007
  9. The genus Artemisia: a comprehensive review— Bora KS, Sharma A · Pharmaceutical Biology · 2011
  10. An ethnomedicinal survey of a Tashelhit-speaking community in the High Atlas, Morocco— Teixidor-Toneu I, Martin GJ, Ouhammou A, Puri RK, Hawkins JA · Journal of Ethnopharmacology · 2016
  11. European Union herbal monograph on Artemisia absinthium L., herba (EMA/HMPC/751490/2016 Corr. 1)— EMA/HMPC · European Medicines Agency (EMA), Committee on Herbal Medicinal Products (HMPC) · 2020
  12. Règlement (CE) n° 1334/2008 relatif aux arômes et à certains ingrédients alimentaires possédant des propriétés aromatisantes— Parlement européen et Conseil de l'Union européenne · Journal officiel de l'Union européenne · 2008
  13. Enquête nationale sur les facteurs de risque communs des maladies non transmissibles 2017-2018 : rapport (STEPS Maroc 2017-18)— Ministère de la Santé du Maroc · Ministère de la Santé du Maroc / Organisation mondiale de la Santé · 2018

Questions fréquentes

Comment dit-on absinthe en arabe marocain ?

Au Maroc, on dit surtout chiba (شيبة), prononcé « chi-ba ». En arabe standard, le terme écrit est afsantine (أفسنتين), proche du grec apsinthion. Certaines régions d'Algérie disent chajret Meriem (شجرة مريم). Ces noms ne désignent pas toujours la même espèce : demandez à l'attar s'il s'agit bien d'Artemisia absinthium.

La chiba fait-elle baisser la glycémie ?

Aucun essai publié chez des personnes diabétiques ne permet de l'affirmer pour la grande absinthe. Les enquêtes marocaines sur les plantes antidiabétiques citent surtout le chih, une autre armoise. Si vous prenez un traitement contre le diabète, ne remplacez rien par la chiba et parlez de toute tisane à votre médecin.

Peut-on boire du thé à la chiba tous les jours ?

Non, mieux vaut s'en tenir à un usage ponctuel. La grande absinthe contient de la thuyone, une molécule qui agit sur le système nerveux quand elle s'accumule. Un brin dans la théière de temps en temps, l'hiver, n'a rien à voir avec une cure quotidienne de plusieurs semaines, déconseillée par prudence.

Quelle différence entre chiba et chih chez l'attar ?

Le chih (الشيح) est l'armoise blanche, Artemisia herba-alba, aux petites feuilles grises des steppes. La chiba est en principe la grande absinthe, aux feuilles plus larges et découpées, très amère. Mais l'armoise arborescente se vend aussi sous le nom de chiba. Sentez, goûtez une feuille, et demandez le nom latin.