Au Maroc, « artemisia » se traduit d'abord par chih (الشيح), l'armoise blanche vendue chez tout attar. L'absinthe, plus amère, s'appelle chiba (شيبة) en darija. Alors que 10,6 % des adultes marocains sont diabétiques selon l'enquête STEPS Maroc 2017-18, bien nommer la plante achetée évite des confusions qui peuvent coûter cher à la santé.
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Vous cherchez la traduction d'« artemisia » pour la demander à l'attar (عطّار) de votre quartier ? La réponse courte tient en un mot : chih. Mais le mot latin couvre tout un genre botanique, et au souk de Fès comme à Marrakech, deux plantes amères et argentées se partagent les étals.
Les confondre n'a pas les mêmes conséquences selon que vous préparez une infusion pour la digestion ou un thé d'hiver. Voici les mots exacts, leur graphie arabe et ce qu'ils désignent vraiment.
Comment dit-on artemisia en arabe marocain ?
En darija, on dit chih (الشيح) pour l'armoise blanche (Artemisia herba-alba). C'est la plante que la plupart des Marocains ont en tête quand ils lisent « artemisia » sur un sachet ou un forum. Le mot est le même en arabe standard, ce qui simplifie les choses : un vendeur de Tanger et un herboriste d'Errachidia vous comprendront.
La deuxième plante, l'absinthe (Artemisia absinthium), se dit chiba (شيبة) en darija. Dans les livres et les notices en arabe standard, elle apparaît plutôt sous le nom d'afsantin (أفسنتين). Pour un tour d'horizon des noms de l'armoise en arabe dans tout le Maghreb, wazri compris, notre page dédiée détaille chaque variante. La version algérienne, proche mais pas identique, est traitée dans notre article sur l'artemisia en arabe algérien.
Pourquoi le mot « artemisia » désigne-t-il plusieurs plantes ?
Artemisia n'est pas le nom d'une plante mais celui d'un genre qui regroupe plusieurs centaines d'espèces aromatiques, souvent riches en huiles essentielles et en composés amers (Bora et Sharma, 2011) [1]. Trois d'entre elles reviennent dans les questions des lecteurs marocains.
| Nom français | Nom latin | Darija / arabe | Usage au Maroc | Vigilance |
|---|---|---|---|---|
| Armoise blanche | Artemisia herba-alba | chih, الشيح | Infusion traditionnelle (digestion, règles, glycémie) | Données cliniques limitées |
| Absinthe | Artemisia absinthium | chiba, شيبة ; afsantin, أفسنتين | Quelques feuilles dans l'atay en hiver | Contient de la thuyone ; contre-indiquée en cas d'allergie aux Astéracées ou de maladie du foie, déconseillée pendant la grossesse |
| Armoise annuelle | Artemisia annua | Pas de nom marocain usuel | Aucun usage traditionnel courant | Source de l'artémisinine, un antipaludique |
L'armoise annuelle mérite une mention à part. C'est d'elle qu'a été tirée l'artémisinine, découverte récompensée par le prix Nobel de médecine 2015 (Assemblée Nobel, 2015) [2]. On ne la trouve pas chez l'attar marocain, et l'OMS déconseille ses formes non pharmaceutiques, comme la tisane, pour prévenir ou traiter le paludisme (OMS, 2019) [3].
Si vous lisez « artemisia » dans un article sur le paludisme ou dans un guide congolais sur l'Artemisia annua et le diabète, il ne s'agit donc pas du chih de votre herboriste.
Comment prononcer et écrire chih et chiba ?
Le chih s'écrit avec trois lettres arabes : chin (ش), ya (ي) et ha (ح). Le « ch » se prononce comme dans « chat », le i est long, et le h final est un souffle venu de la gorge, plus appuyé que le h français. Ce son absent du français explique les graphies multiples : chih, chieh, shih, et même « chir » quand le mot a été mal entendu.
La chiba (شيبة) se prononce « chi-ba », avec le même ch et un i long. Beaucoup rapprochent le mot de chib (شيب), les cheveux blancs, une image qui colle aux feuilles argentées. Sur les réseaux sociaux, chih et chiba sont parfois mélangés dans le même message : fiez-vous à la graphie arabe plutôt qu'à la translittération.
Que demander chez l'attar au Maroc ?
Le chih figure dans les enquêtes ethnobotaniques marocaines consacrées au diabète, du Tafilalet (Eddouks et al., 2002) [4] à la région de Fès-Boulemane (Jouad et al., 2001) [5] et à la province d'Errachidia (Tahraoui et al., 2007) [6]. Ces enquêtes notent le nom employé par les habitants, car c'est lui qui permet de retrouver la plante sur le terrain.
Dans les régions amazighophones, d'autres noms circulent. Une enquête auprès d'une communauté tachelhitophone du Haut Atlas montre à quel point le vocabulaire des plantes varie d'une vallée à l'autre (Teixidor-Toneu et al., 2016) [7]. Si votre grand-mère emploie un autre mot, montrez la plante séchée plutôt que de traduire.
Concrètement, demandez « chih » pour l'armoise blanche : petites feuilles grises et laineuses, odeur camphrée forte, tiges courtes et ligneuses. Demandez « chiba » pour l'absinthe : feuilles plus grandes et découpées, vert argenté, d'une amertume franche.
Les plantes vendues en vrac n'ont aucune garantie d'identification botanique ni de dosage. Faites confirmer l'espèce et, au moindre doute, n'achetez pas. Le même réflexe vaut pour les autres plantes du souk, comme la helba, nom marocain du fenugrec.
Quel lien entre le chih et la glycémie ?
Le diabète est fréquent au Maroc : 10,6 % des adultes sont diabétiques et 10,4 % prédiabétiques selon l'enquête STEPS Maroc 2017-18 [8]. Le chih s'est fait une place dans les placards de nombreuses familles touchées, et la même question revient : fait-il baisser le sucre ?
Les données humaines restent minces. Une étude préliminaire ancienne a observé une baisse de la glycémie chez des diabétiques prenant un extrait aqueux de la plante, sans la méthode des essais actuels (Al-Waili, 1986) [9]. Les autres travaux portent surtout sur l'animal (Al-Shamaony et al., 1994) [10]. Aucun effet antidiabétique n'est établi chez l'humain.
Pour la préparation, les interactions possibles avec la metformine ou l'insuline et la surveillance à prévoir, lisez notre article sur le chih et la glycémie au Maroc. Ne remplacez jamais un traitement prescrit par une infusion.
Pourquoi l'absinthe (chiba) demande-t-elle plus de prudence ?
La chiba contient de la thuyone, une molécule qui agit sur un récepteur du cerveau (GABA-A) et peut provoquer des convulsions à forte dose (Höld et al., 2000) [11]. Une revue consacrée à l'absinthe rappelle que ses effets neurotoxiques dépendent de la quantité absorbée (Lachenmeier, 2010) [12]. Une autre analyse examine la thuyone apportée par la sauge et l'absinthe dans les aliments et les remèdes (Lachenmeier et Uebelacker, 2010) [13].
La monographie européenne de l'absinthe limite son usage traditionnel à la perte d'appétit et aux troubles digestifs légers (EMA, 2020) [14]. Elle la contre-indique en cas d'allergie à l'absinthe ou à une autre plante de la famille des Astéracées (camomille, armoise, pâquerette), d'obstruction des voies biliaires, de cholangite ou de maladie du foie. En cas de calculs ou de troubles biliaires, demandez l'avis d'un médecin avant tout usage.
La même monographie déconseille la chiba pendant la grossesse, l'allaitement et chez les enfants et adolescents de moins de 18 ans, faute de données suffisantes. Au Maroc, des plantes sont aussi utilisées autour de la grossesse et de l'accouchement, comme le documente une enquête dans le sud du pays (Kamel et al., 2022) [15]. C'est justement la période où il faut s'abstenir de chiba.
Quelques feuilles dans l'atay d'hiver font partie des habitudes familiales. Le risque vient surtout des infusions concentrées, répétées, ou des huiles essentielles. Si les troubles digestifs persistent plus de 2 semaines ou s'aggravent, consultez un médecin ou un professionnel de santé qualifié. Par précaution liée à la thuyone, les personnes épileptiques éviteront aussi la chiba, même si la monographie ne cite pas l'épilepsie.
