« Chir » en arabe est presque toujours une graphie phonétique de chih (الشيح), l'armoise blanche vendue chez l'attar. La lettre finale ح, un h soufflé, devient souvent r au clavier. Ne la confondez ni avec la chiba, l'absinthe, ni avec le chaïr, l'orge. Au Maroc, 10,6 % des adultes sont diabétiques (STEPS Maroc 2017-18).
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Vous avez entendu « chir » au souk, chez une tante ou dans un message vocal sur WhatsApp, et vous cherchez le mot exact. Dans la grande majorité des cas, il s'agit du chih, l'armoise blanche des steppes, l'une des plantes que les familles marocaines associent le plus au sucre dans le sang.
Ce guide répond à trois questions : quel mot arabe se cache derrière « chir », comment l'écrire, et avec quoi ne pas le confondre. Pour le panorama complet des appellations (chih, chiba, wazri, chajret Meriem), consultez notre page sur l'armoise en arabe et ses noms au Maghreb.
Que veut dire « chir » en arabe ?
« Chir » n'est pas un nom de plante à part entière. C'est la façon dont beaucoup de lecteurs tapent الشيح (ach-chih), le nom arabe et darija de l'armoise blanche, Artemisia herba-alba. Cette petite plante grise et très odorante pousse dans les steppes de l'Oriental, du Tafilalet et des Hauts Plateaux algériens.
Les enquêtes de terrain menées au Maroc la citent parmi les plantes employées contre le diabète : dans la région du Tafilalet (Eddouks et al., 2002) [1], dans la province d'Errachidia (Tahraoui et al., 2007) [2] et dans la région de Fès-Boulemane (Jouad et al., 2001) [3]. Quand quelqu'un vous parle de « chir pour le sucre », c'est donc presque toujours d'elle qu'il s'agit.
Comment écrire et prononcer الشيح ?
Le mot se compose de l'article ال (al, « le ») suivi de trois lettres : ش (chine, le son « ch »), ي (ya, un « i » long) et ح (ha, un h soufflé du fond de la gorge). On prononce « ach-chiih », l'article se fondant dans le ch. Sans article, on écrit شيح et on dit simplement « chiih ».
Le son ح n'existe pas en français. C'est un h expiré, plus appuyé que celui de « hop », un peu comme le souffle qu'on pousse sur une vitre avant de l'essuyer. Les parlers amazighs, eux, utilisent d'autres noms pour la même plante : izri ou wazri selon les régions.
Pourquoi le clavier transforme-t-il « chih » en « chir » ?
Aucune lettre latine ne correspond à ح. Sur un clavier français, chacun improvise : chih, chieh, shih, chiih, chi7 dans l'arabizi des SMS (où le chiffre 7 remplace ح), et parfois chir. Le r vient de l'oreille : à l'oral rapide, ce souffle de gorge peut évoquer un r grasseyé pour une oreille francophone.
Aucune de ces graphies n'est une faute. Elles décrivent toutes le même mot. La seule écriture qui ne prête jamais à confusion reste l'arabe, الشيح, à montrer telle quelle à l'attar sur l'écran de votre téléphone.
Quelles plantes peut-on confondre avec le chir chez l'attar ?
Trois mots proches circulent au comptoir. Le premier risque est botanique, le deuxième surtout phonétique, le troisième tient au mot « armoise » lui-même.
| Ce que vous entendez | Écriture arabe | Plante | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| chih, chir, shih | الشيح | Armoise blanche (Artemisia herba-alba) | Infusion légère seulement, à proscrire pendant la grossesse |
| chiba | شيبة | Grande absinthe (Artemisia absinthium) | Contient de la thuyone, jamais en cure |
| chaïr, chʿir | شعير | Orge (Hordeum vulgare) | Une céréale de cuisine, pas une plante amère |
| armoise annuelle | pas de nom courant au Maroc | Artemisia annua | Peu présente au Maghreb, autre composition |

La confusion la plus sérieuse est celle avec la chiba. Les deux armoises se ressemblent une fois séchées et vendues en vrac. Or l'absinthe contient de la thuyone, une molécule qui bloque le récepteur GABA-A, un frein naturel du cerveau, et peut provoquer des convulsions à forte dose (Höld et al., 2000) [6]. Une revue la décrit comme une plante à la fois neurotoxique et étudiée pour d'autres effets (Lachenmeier, 2010) [7].
La confusion avec le chaïr (شعير, l'orge) est surtout une affaire de prononciation. Chaïr se dit avec un ʿayn (ع), un autre son de gorge que l'écrit latin rend aussi mal que le ح. Si votre recherche concernait la tchicha ou la belboula, c'est l'orge que vous cherchiez.
Enfin, l'armoise annuelle, connue pour l'artémisinine, n'est pas le chih du souk. Le genre Artemisia réunit un très grand nombre d'espèces aux compositions différentes (Bora et Sharma, 2011) [8], et le mot « armoise » seul ne suffit jamais. Pour cette espèce, voyez notre article sur Artemisia annua et le diabète au Kivu.
Que disent les études sur le chih et la glycémie ?
Les données humaines restent minces. Une étude préliminaire ancienne a testé un extrait aqueux de chih chez des personnes diabétiques et rapporté une baisse de la glycémie (Al-Waili, 1986) [4]. Elle portait sur peu de participants et n'a pas été suivie d'un grand essai contrôlé. Les autres travaux ont surtout été menés chez l'animal diabétique (Al-Shamaony et al., 1994) [5].
Ces résultats valent pour le chih seul : la composition varie fortement d'une armoise à l'autre (Bora et Sharma, 2011) [8].
L'enjeu dépasse la curiosité de vocabulaire : au Maroc, 10,6 % des adultes sont diabétiques et 10,4 % prédiabétiques (STEPS Maroc 2017-18) [9]. Une plante ne remplace donc pas un traitement. Pour le détail des études et les précautions d'emploi, lisez notre dossier chih et glycémie au Maroc.
Comment demander le bon chih au souk sans se tromper ?
Au Maroc, les armoises se vendent en vrac, sans nom latin, sans lot ni notice. Le nom prononcé au comptoir est souvent le seul repère. Quelques gestes simples limitent le risque d'erreur :
- Montrez le mot écrit الشيح sur votre téléphone plutôt que de le prononcer.
- Demandez du chih, et refusez la réponse « chih ou chiba, c'est pareil ».
- Faites-vous montrer les deux plantes côte à côte : le chih a de petites feuilles grises et laineuses, l'absinthe des feuilles plus grandes, découpées, vert argenté.
- Achetez une petite quantité, en sachet fermé, et notez la date d'achat.
À la maison, le chih se prend surtout en infusion légère le matin, ou en brin glissé dans l'atay, le thé à la menthe. Cet usage familial ne dit rien d'une dose sûre en prise quotidienne : parlez-en à votre médecin avant d'en boire chaque jour. Pour une autre plante de l'attar liée au sucre, voyez aussi le fenugrec en arabe, la helba.
Qui doit éviter le chih ?
Le chih est traditionnellement réputé stimuler l'utérus, et il est à proscrire pendant la grossesse. Évitez-le aussi pendant l'allaitement et chez l'enfant.
Le chih est une Astéracée, comme la camomille. Si vous êtes allergique aux Astéracées (Composées : camomille, armoises, arnica, ambroisie), ne le buvez pas. Aucune monographie officielle n'existe pour l'armoise blanche ; nous suivons ici la position de l'Agence européenne du médicament pour sa cousine la grande absinthe, qui contre-indique cette allergie (EMA/HMPC, 2020) [11].
Sous antidiabétique oral ou insuline, son effet possible s'ajoute au traitement : contrôlez votre glycémie et prévenez votre médecin. La chiba demande encore plus de prudence, sa thuyone étant jugée à risque en usage répété (Lachenmeier et Uebelacker, 2010) [10].
Malaise, sueurs, tremblements ou confusion après une infusion peuvent signaler une hypoglycémie. Urgence vitale au Maroc : SAMU 141, Protection civile 15.
