En arabe algérien, l'artemisia la plus vendue est l'armoise blanche, le chih (الشيح), dite izri en amazigh. L'absinthe s'appelle souvent chajret Meriem (شجرة مريم), et chiba (شيبة) au Maroc. Ne pas confondre compte : au Maroc, 10,6 % des adultes sont diabétiques (STEPS Maroc 2017-18), et ces plantes n'ont pas les mêmes risques.
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À Oran, à Tlemcen ou à Oujda, personne ne demande « artemisia » chez l'herboriste. On demande du chih, ou un brin de chiba pour le thé d'hiver. Les deux sont des armoises, mais ce ne sont pas les mêmes plantes, et leurs risques diffèrent. Ce guide donne les noms algériens, puis explique comment ne pas se tromper au comptoir de l'attar (عطّار).
Pour le panorama complet des appellations marocaines, voyez notre page sur l'armoise en arabe et ses noms au Maghreb. Ici, on se concentre sur l'Algérie et sur la manière dont les noms passent d'un côté à l'autre de la frontière.
Comment dit-on artemisia en arabe algérien ?
Le mot latin Artemisia désigne un genre entier, riche de nombreuses espèces aux compositions chimiques très différentes (Bora et Sharma, 2011, Pharmaceutical Biology) [6]. En arabe algérien, il n'existe donc pas un mot unique pour « artemisia » : le nom dépend de l'espèce que vous avez en main.
L'espèce la plus courante en Algérie est l'armoise blanche (chih, الشيح), Artemisia herba-alba. C'est la plante grise et odorante des Hauts-Plateaux et des steppes. Dans les parlers amazighs, on entend izri ou wazri. Au marché, « chih » suffit presque toujours. Les recherches en ligne écrivent parfois « chir » : c'est en général une transcription approximative du même mot.
Les usages traditionnels se ressemblent des deux côtés de la frontière : digestion, régulation du cycle, glycémie. Au Maroc, le chih figure parmi les plantes antidiabétiques citées dans les enquêtes de terrain de Fès-Boulemane (Jouad et al., 2001, Journal of Ethnopharmacology) [2], du Tafilalet (Eddouks et al., 2002, Journal of Ethnopharmacology) [3] et de la province d'Errachidia (Tahraoui et al., 2007, Journal of Ethnopharmacology) [4].
Quel est le nom de l'absinthe en arabe algérien ?
La grande absinthe, Artemisia absinthium, porte plusieurs noms. En arabe standard, c'est afsantine (أفسنتين). Au Maroc, on dit chiba (شيبة) : c'est elle qu'on glisse dans l'atay en hiver. En Algérie, on l'appelle souvent chajret Meriem (شجرة مريم), « l'arbre de Marie ».
Attention, l'usage de chajret Meriem varie selon les régions. Dans certaines familles, le même nom désigne une autre armoise. Aucune règle nationale ne tranche, et c'est là que naissent les erreurs. Quand on vous parle d'« absinthe en arabe », demandez toujours à voir la plante.
Pourquoi le même nom change-t-il entre Oran et Oujda ?
L'Oriental marocain et l'Ouest algérien partagent les mêmes plantes, des familles liées et des recettes proches. Les conseils circulent par WhatsApp, entre cousins, avec le nom tel qu'on le prononce à la maison. Un nom voyage vite. La bonne plante, pas toujours.
Une mère d'Oujda qui réclame de la chiba pense à l'absinthe. Une tante d'Oran qui parle de chajret Meriem peut viser la même plante, ou une autre selon sa région. Le chih, lui, garde le même nom des deux côtés : c'est le plus fiable des trois.
Chez l'attar, ces plantes se vendent en vrac, sans nom latin, sans notice ni numéro de lot. Le nom prononcé au comptoir reste le seul identifiant. Respecter le savoir des aînés n'empêche pas de vérifier l'espèce.
Comment reconnaître le chih et l'absinthe chez l'attar ?
| Critère | Armoise blanche | Grande absinthe | Armoise annuelle |
|---|---|---|---|
| Nom latin | Artemisia herba-alba | Artemisia absinthium | Artemisia annua |
| En Algérie | chih (الشيح), izri, wazri | chajret Meriem (شجرة مريم), selon les régions | peu présente |
| Au Maroc | chih (الشيح) | chiba (شيبة) | rare |
| Aspect | petit buisson gris-blanc, feuilles très fines et laineuses | feuilles plus larges, découpées, gris argenté | feuilles vertes finement découpées |
| Goût | aromatique, légèrement amer | très amer | odeur douce |
| Risque principal | grossesse, hypoglycémie sous traitement | thuyone neurotoxique | confusion avec le chih |
Règle simple : si la plante est franchement amère en bouche, c'est probablement de l'absinthe. Le chih sent le camphre et reste beaucoup plus doux. En cas de doute, n'achetez pas.

L'armoise annuelle, rare au Maghreb, sert surtout de tisane en Afrique centrale. Notre article sur Artemisia annua et le diabète au Kivu détaille ce cas, très différent du chih vendu à Oran ou à Oujda.
Que disent les études sur l'armoise blanche et la glycémie ?
Les données humaines restent minces. Une étude préliminaire ancienne a testé un extrait aqueux d'Artemisia herba-alba chez des patients diabétiques et rapporte une baisse de la glycémie (Al-Waili, 1986, Clinical and Experimental Pharmacology and Physiology) [5]. Petit effectif, méthode datée : ce résultat ne fixe ni dose ni durée.
Chez l'animal diabétique, un extrait de la plante a aussi modifié plusieurs paramètres sanguins (Al-Shamaony et al., 1994, Journal of Ethnopharmacology) [11]. Ce sont des pistes, pas une base de traitement. L'intérêt se comprend : au Maroc, 10,6 % des adultes sont diabétiques et 10,4 % prédiabétiques (STEPS Maroc 2017-18) [1].
Pour la préparation prudente de l'infusion, lisez notre dossier chih et glycémie au Maroc. Côté algérien, une autre plante des steppes, la chendgoura, a son propre guide sur Ajuga iva et le diabète.
Quels sont les dangers de l'absinthe et de sa thuyone ?
L'absinthe contient de la thuyone. Cette molécule agit sur les récepteurs GABA-A du cerveau, ce qui explique son potentiel convulsivant (Höld et al., 2000, Proceedings of the National Academy of Sciences) [7]. Une revue décrit le double visage de la plante, neurotoxique mais aussi étudiée pour d'autres effets (Lachenmeier, 2010, Journal of Ethnopharmacology) [8].
Une évaluation du risque lié à la thuyone dans les aliments et les plantes plaide pour mieux encadrer les expositions répétées (Lachenmeier et Uebelacker, 2010, Regulatory Toxicology and Pharmacology) [9]. Concrètement, un brin occasionnel dans le thé d'hiver n'a rien d'une cure quotidienne. Pas d'infusion concentrée, pas de teinture, jamais d'huile essentielle par voie interne.
La monographie européenne de la grande absinthe réserve son usage à l'adulte et l'exclut en cas d'hypersensibilité aux astéracées, d'obstruction biliaire, de cholangite ou de maladie du foie (EMA/HMPC, 2020) [10].
Qui doit éviter le chih et l'absinthe ?
- Femmes enceintes ou qui allaitent : faute de données suffisantes, l'usage de la grande absinthe n'est pas recommandé pendant la grossesse et l'allaitement (EMA/HMPC, 2020) [10]. Évitez aussi le chih, sans données de sécurité. À Guelmim, il figure parmi les plantes les plus prises par les femmes enceintes, dans une enquête où déclencher l'accouchement est un motif fréquent (Kamel et al., 2022, Healthcare) [12].
- Personnes épileptiques ou sous anticonvulsivant : par prudence, évitez l'absinthe. La thuyone agit sur les récepteurs GABA-A et peut abaisser le seuil des convulsions (Höld et al., 2000, Proceedings of the National Academy of Sciences) [7]. C'est une précaution liée à la thuyone, pas une contre-indication de la monographie européenne.
- Personnes sous antidiabétiques (metformine, sulfamides, insuline) : l'effet possible du chih peut s'ajouter au traitement et provoquer une hypoglycémie, un effet suggéré par l'étude préliminaire chez des patients diabétiques (Al-Waili, 1986) [5].
- Personnes allergiques aux astéracées, ou atteintes d'une maladie du foie, d'une cholangite ou d'une obstruction des voies biliaires : la grande absinthe est contre-indiquée (EMA/HMPC, 2020) [10].
- Enfants et adolescents : l'usage de la grande absinthe n'est pas recommandé avant 18 ans (EMA/HMPC, 2020) [10], et le chih est à éviter chez l'enfant faute de données.
N'arrêtez jamais un traitement prescrit pour le remplacer par une plante. Sueurs, tremblements, confusion : prenez du sucre, mesurez votre glycémie et consultez. En cas de convulsions ou de malaise grave, appelez le SAMU au 141 ou la Protection civile au 15.
